Multimédia : Six logiciels gratuits à tester

Ouest-France 1er septembre 2014 – Jasmine Saunier

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Rappel après erreur de date – Ce soir mardi à 22 h 40 – L’Urgence de ralentir : Arte se penche sur le diktat du temps et de l’argent

Prenons le temps de visionner ce remarquable documentaire, manifeste politique  pour un monde où  l’humain  retrouverait enfin sa place et son rythme. ( Le Monde 31/08/01/09/2014 )
Arte
Le 2 septembre prochain, en plein pendant le rush de la rentrée scolaire, Arte diffusera un documentaire de Philippe Borrel sur la course au temps et à l’argent, dans notre monde où tout à tendance à s’accélérer L’urgence de ralentir.
« Qu’avons-nous fait du temps ? » C’est par cette question relativement simple qu’Arte ouvre la bande-annonce d’un documentaire qui sera diffusé mardi 2 septembre à 22h40. Il s’agit d’une question purement rhétorique, mais qui prend tout son sens alors que tout s’accélère autour de nous, de l’information à la communication. Une « colonisation du temps humain par le temps économique » selon une intervenante.
 L’urgence de ralentir est réalisé par Philippe Borrel, à qui nous devons déjà d’autres reportages comme Les Insurgés de la terre ainsi qu’Alerte dans nos assiettes. Il a travaillé avec Noël Mamère, député Europe Écologie Les Verts, que l’on retrouve d’ailleurs à la fin du programme. Le pitch est le suivant :
 « "Course suicidaire et inconsciente", selon Edgar Morin, l’accélération financière et technologique, déconnectée du rythme de l’homme, mène notre système à l’épuisement et vers des catastrophes tout à la fois écologiques, économiques et sociales. Mais alors que des algorithmes accentuent de manière exponentielle la spéculation financière hors de tout contrôle, aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.
 En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, Philippe Borrel (Un monde sans humains ?) est allé à la découverte de ces initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. »  Bande annonce Arte
Le Monde extrait 31/08/01/09/2014
Face à cette accélération, partout dans le monde, des citoyens se rebellent, s’organisent pour vivre à " contre-temps " et sortir d’un modèle de croissance qui persiste à épuiser les ressources limitées de notre planète. Tel ce -militant du mouvement NO  TAV, farouche opposant à la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse Turin-Lyon. Un projet de 26  milliards d’euros qui, selon lui, est " uniquement justifié par la spéculation financière ". Ou ces habitants des villes de Romans-sur-Isère (Drôme) et de  Bristol (Angleterre) qui mettent en place des monnaies locales pour résister à l’emprise des banques.
Alors, prenons le temps de visionner ce remarquable documentaire, manifeste politique  pour un monde où  l’humain  retrouverait enfin sa place et son rythme.
Bruno Lantéri © Le Monde
Philippe Borrel (France, 2014, 85 min).

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Vie quotidienne au paradis des CDD de France-Télévision

Le Canard Enchaîné du 27 août 2014 – Christophe Nobili
Devinette : Ils sont plus d’un millier, payés à la journée depuis des années, avec des contrats à durée déterminée de deux jours par-ci, d’une semaine par-là, de un mois ou trois mois dans le meilleur des cas. Ils ne coûtent pas cher, sont malléables à souhait, corvéables à merci… Qui sont-ils ? Des forçats de fast-foods ? Non, des journalistes et des techniciens des télés du service public, France 2 et France 3.
contrat_job_eteAu départ, ces CDD assurent les remplacements. A l’aarivée, ils deviennent des "CDD permanents" A France Télés, leur emploi est devenu un système, qui prend de joyeuses libertés avec le Code du travail. Dans une bouleversante interview ("Le JDD" 20/4/13), la ministre sortante Aurélie Filipetti avait invité le pédégé, Rémy Pfimlin, à "requalifier en CDI" ces "CDD éternellement renouvelés". Seulement, voilà : priée aussi de se serrer la ceinture et de dégraisser, l’entreprise publique s’est surtout attelée à tailler dans sa masse de CDD! "Le Canard" s’est fait raconter par les intéressés (la plupart sous un faux prénom) leur fabuleux destin à la télé…
Jean-Stéphane, 44 piges, ne détient pas le record, mais il commence à se dstinguer : douze ans de maison, plus de 560 CDD, 40 demandes de titularisation. Caméra à l’épaule, ce JRI (journaliste reporteur d’images) a couru le tour de France pendant dix ans : Le jour, à la rédaction; le soir, seul à l’hôtel ou dans un foyer de jeunes travailleurs, faute de moyens, les week-ends de repos, dans le train. 
"Ma famille a éclaté, je ne voyais plus mes potes, et, quand j’étais libre, c’est France 2 qui m’appelait", raconte ce journaliste nomade, qui, essoré, a croisé Pfimlin en mai 2013, lors d’une visite à Lille. "Vous faites partie des gens à régulariser vite", lui a dit le pédégé, les yeux dans les yeux. En septembre, après un nouveau CDD de six mois, il s’est enfin décidé à saisir les prud’hommes. "Mon téléphone s’est arrêté de sonné" Le rebelle est sur liste noire.
Christine  est aussi voltigeuse à la Trois. Le mois type de cette journaliste arrivée il y a quatre ans : "Un coup de fil quelques jours avant (parfois la veille), et je pars de Lorraine. Sept heures de train, deux correspondances, avec tout mon attirail et ma grosse valise, j’arrive en Auvergne. Cinq jours de CDD à faire le jité local, puis le reçois un SMS : départ le lendemain pour la Corse, qui me propose quatre jours ! Et ainsi de suite : la Bourgogne, Rhône-Alpes, le Centre… Neuf heures de train par-ci, du bus parfois, de l’avion. Je pars pour une semaine et je rentre deux mois plus tard chez moi."
Sur place, c’est le système D, France Télés verse royalement un forfait de 70,80 euros pour dormir et manger. "Je trouve des piaules sur Internet. Je négocie, sinon je pers de l’argent. Çà me fait des nuits entre 35 et 50 euros. Le midi je mange un sandwich et le soir une salade de supermarché." Le salaire de Christine : 118 euros par jour. Son meilleur mois : 2 500 euros. Le pire : 900 euros. Dans ces cas là, elle compense avec un petit boulot : animatrice de grande surface. Sympa, journaliste télé !
FLEXISECURITE-frap-ab224Basée à Strasbourg, Odile est un bouche-trou depuis quatre ans. Une semaine de CDD à la locale de Strasbourg pour France 3, une autre au jité de France 2. Pour la Deux, elle assure parfois les permanences 24 heures sur 24. Tarif de la prime de nuit : 24 euros. Avant cela, elle avait passé trois ans sur les routes du pays : "Pas de Noël, pas de Nouvel an, pas de vacances, et les week-ends en famille annulés la veille." Le tout pour du journalisme de rêve : " je démarrais à 7 heures du matin dans des villes que je ne connaissais pas, pour faire des sujets sur des gens et des situations que je ne connaissais pas. Vive l’info !"
En guise remerciements, la direction lui a bien fait comprendre que c’était bientôt fini. Plus de CDD : cette remplaçante va être remplacée… par un ancien CDD qui a été titularisé après un jugement des prud’hommes. Maigre lueur d’espoir : l’Inspection du travail vient de lancer une procédure pour abus de CDD contre France 3…
Adèle, deux ans de CDD est déjà noyée. "Plus de 70 contrats et fiches de paie par an, trop de factures de train, tout le monde s’y perd." Elle a connu les erreurs de compta de France 3 et les quatre jours de boulot payés 100 euros, les 1 000 euros de notes de frais de 2013 remboursés en 2014, les heures sup’ rémunérées 30 euros ! Comme si cela ne suffisait pas, depuis janvier, France Télés lui ampute son salaire de 30 euros par jour. Soit 600 euros de moins par mois. 
Renseignements pris, tous les CDD sont touchés ! Motif avancé par Paris : un bug lié à l’installation d’un nouveau logiciel de paye. "On nous a promis des rappels de salaire pour mars, puis avril, puis fin mai et fin juin." Adèle a fini par obtenir, comme d’autres, une régularisation, "mais partielle". Aussitôt suivie… d’une nouvelle ponction pour un prétendu trop-perçu ! Absurde : "Je reçois des fiches de paye à zéro euro, voire en négatif. C’est moi qui devrait de l’argent ! Impossible de vérifier ou d’avoir quelqu’un au téléphone. Je ne récupérerai jamais complètement ces salaires."
Pour finir, voici Djamel. 52 piges, il connaît la gratitude de la maison. Correspondant à Alger de 1998 à 2003, il a été expulsé par les militaires après un reportage qui a déplu. Il s’est retrouvé en France, à errer "de piges en CDD, à faire de la cueillette de la mirabelle et la pêche à la truite" Depuis un an, Djamel réclame donc un CDD devant les prud’hommes. Et, au passage, la reconnaissance de ses années d’ancienneté à Alger…
slide0003_image006Et le fauteuil de Pujadas ? Histoire de redonner du souffle à son jité, Pujadas a exigé et obtenu un changement de décor pour la rentrée. Le petit pape du 20 heures de France 2 s’est installé le 1er septembre, dans son studio flambant neuf, dont le lifting a coûté près de 200 000 euros à France Télés. Pour décrocher ce décor à un tarif défiant toute concurrence, le groupe public a d’abord organisé un semblant d’appel d’offres en France, avant de surtout s’adresser à un constructeur basé au Portugal, Cenycet. Une société connue dans le milieu pour fabriquer des décors d’émissions à bas coût (TF1 ne se prive pas non plus de ses services), en faisant turbiner des ouvriers au tarif portugais (560 euros par mois), autrement dit trois fois moins cher que le smic français.
La meilleure : en janvier 2013, le magazine "Envoyé spécial" de France 2 avait diffusé un reportage indigné, "Les nouveaux forçats de BTP", qui montrait comment certaines boîtes font travailler en France les salariés d’autres pays européens pour une misère…
Lire aussi : Lettre ouverte d’une précaire au président de France Télévisions

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Retour de l’émission "ONPC", invitée Cécile Duflot – Léa Salamé rate sa cible : ce naufrage cathodique sur son rôle de journaliste ne serait se résumer à celui de bruyant roquet de comptoir.

Nouvel Obs le 31-08-2014 Par , Commentateur médias & actu
VIDÉO. "ONPC" sur France 2 : Léa Salamé se paie Cécile Duflot, mais rate sa cible
LE PLUS. Ce samedi 31 août a été diffusée la première émission de la neuvième saison d'"On n’est pas couché". Au programme, la grande rentrée de Léa Salamé, attendue comme le messie après le départ de Natacha Polony, face à l’ex-ministre Cécile Duflot et son livre polémique. Que penser de cette première prestation ? On fait le point avec Clément Avargues-Charrieras.
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Léa Salamé et Cécile Duflot, lors de la première d’ONPC, le 31 août 2014 (Capture).
Après que tous les médias ont traité du départ de Natacha Polony de "On n’est pas couché" pour le "Grand Journal", puis de l’identité de sa remplaçante en tant que polémiste, Léa Salamé était attendue au tournant.
 Le renouveau d’Aymeric Caron
  Présentée comme une intervieweuse indépendante et incisive, la nouvelle recrue des samedi soir de France 2 est t-elle réellement au niveau de ces prédécesseurs ? On fait le point ici.
 Cécile Duflot était la première invitée politique, et venait présenter "De l’intérieur : voyage aux pays de la désillusion". Frédéric Beigbeder avec son nouveau roman "Oona & Salinger" et Véronique Poulain avec "Les mots qu’on ne me dit pas" venaient compléter la partie consacrée à la littérature.
 Reda Kateb et Vincent Lacoste à l’affiche du film "Hippocrate", puis Michel Aumont et Claude Brasseur sur les planches avec "La colère du tigre" furent aussi à l’honneur. Le changement de décor a fait réagir en premier les téléspectateurs. Le nouveau studio, plus bas de plafond et amputé de ses grandes marches en verres en a déçu quelques uns. L’apparition d’une image HD et d’un habillage lifté faisait elle partie des bonnes surprises.
 À l’opposé des nombreuses critiques dont il a fait l’objet la saison passée, Aymeric Caron a fait preuve de pertinence, avec des questions documentées et des opinions marquées. Son recours à la vidéo reprenant les engagements passés de Cécile Duglot a pu faire songer au personnage principal de la série américaine "The Newsroom", où Will McAvoy (Jeff Daniels) reste très attaché à la dénonciation des mensonges électoraux par le biais d’informations sourcées et vérifiées. Comme son double fictif, Aymeric Caron ne fait pas l’unanimité chez les téléspectateurs, souvent accusé d’incompétence et de partialité.
Salamé se paie maladroitement
alea-salame-entouree-de-nicolas-580x0-3Léa Salamé, qui arbitrait la saison dernière sur I>télé le débat Zemmour et Domenach dans "Ça se dispute", et celles de ses invités quotidiens dans "On ne va pas se mentir" a donc été préférée à Nathalie Lévy, Apolline de Malherbe, Anna Cabana ou Anne Fulda pour succéder à Natacha Polony.
 Le jeudi 28 août, lors de l’enregistrement de l’émission, le mythique studio Gabriel a été le témoin de ce qui ressemble à une rude erreur de casting.
 Souvent agressive, parfois pertinente et à grands renforts d’effets, Léa Salamé cherche sa cible. Il faut marquer les esprit pour succéder au respecté Michel Polac, aux sulfureux Zemmour & Naulleau ou encore à Audrey Pulvar, spécialiste ès polémiques, et ce n’est pas son illégitimité en matière de culture qui lui portera secours.
 Alors avec un peu d’arrogance et beaucoup de mépris, Cécile Duflot sera sa première victime. Les règles de politesse sont bien sûr exclues ("Elle ne veut pas parler logement !", "Bah pourquoi avoir écrit un livre ?"). La première invitée, qui n’est pas un animal politique de premier plan, répond avec honnêteté aux questions, mêmes les plus franches. Elle se rend bien vite compte que son interview aura pour seul objectif de faire les gros titres du lendemain, l’écologie passera en second plan.
Alors qu’elle évoque les attaques injustes et souvent sexistes dont elle a été victime, notamment à cause de ses vêtements, et après avoir abordé l’affaire Cahuzac ("On ne m’a pas cru lorsque j’ai déclaré mon patrimoine, ou on disait que je n’étais pas compétente parce que je n’avais pas réussi à avoir beaucoup d’argent"), Léa Salamé voit une brèche.
 Une première ligne jaune
 L’ancienne ministre, dont la loi principale vient d’être en partie abrogée, évoque des attaques personnelles. C’est donc le moment de poser une question agressive et de conclure par un cinglant "Répondez". Cécile Dufflot commence en bafouillant, sauvée in extremis par Laurent Ruquier qui recadre sa chroniqueuse.
 C’est à partir de ce moment que le bât blesse. Alors que visiblement l’affrontement était l’objectif de Léa Salamé, la situation s’est retournée contre elle. Pousser l’ex-ministre dans ses retranchements a lamentablement échoué. Sans affaires de corruption ou de détournement, sans contradiction majeure, avec une loi sur le logement largement votée et soutenue par la gauche et une personnalité proche des français, difficile d’être attaquée.
 Dans sa course au bruit, voire au "buzz", Léa Salamé a oublié qu’une interview vérité peut se faire avec respect et pondération. Le fait d’être nouvelle dans l’émission ne peut pas tout excuser. On ne peut pas prendre une cadre politique pour une abrutie en s’adressant à elle avec mépris. Léa Salamé ne s’adressait pas à une mutli-corrompue, habituée des tribunaux et des scandales. En revanche, elle a vu une faiblesse dans l’absence de poids politique des écologistes aujourd’hui… Ce qui a fait de l’ex-ministre une cible presque facile.
 Taper pour taper ?
 Après cette première interview, je pense que Léa Salamé devrait se remettre un minimum en question, parce que c’est ce même mépris qui a ruiné la carrière d’Eric Naulleau, l’un de ses prédécesseurs, depuis abonné aux affrontements stériles et aux émissions sans audience.
 "On n’est pas couché" revient après huit saisons saluées par les médias et les téléspectateurs. Un nouveau plateau, une nouvelle rubrique assez réussie signée Florian Gazan ("La revue de presse") et surtout un nouveau duo Caron/Salamé sont les essentielles modifications apportées.
 Alors que Laurent Ruquier reste un maître du genre et qu’Aymeric Caron assume cette année davantage son engagement pour les vérifications par les faits, Léa Salamé devrait se poser davantage de question à la suite de ce naufrage cathodique sur son rôle de journaliste qui ne serait se résumer à celui de bruyant roquet de comptoir.
 Édité par Henri Rouillier
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Pertes et profits / Fataliste, responsable et coupable – vol de données personnelles : fléau du XXIe siècle.

Le Monde , 27/08/2014

 Cyber-fatalisme coupable d’Orange sur les données personnelles

Le vol de données personnelles sur les réseaux numériques est un fléau du XXIe siècle. Personne, ni entreprise, ni association, ni administration, ni particulier n’est à l’abri de cette délinquance sans visage.
ale mondeOrange-222x300Ce n’est pas une raison pour subir le phénomène avec fatalisme. C’est pour cela que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a décidé de mettre Orange au pilori au moyen d’un « avertissement public ».
En mars, l’opérateur télécoms s’était fait voler les données personnelles (nom, prénom, date de naissance, adresse électronique et numéros de téléphone fixe ou mobile) de 1,34 million de clients en France. Dans une décision du 7 août, rendue publique lundi 25 août, la CNIL juge qu’Orange « a manqué à son obligation (…) de mettre en œuvre des moyens propres à assurer la sécurité des données de ses clients ».
C’est la première fois qu’une société du CAC 40 se fait ainsi publiquement étriller par la CNIL pour une question de sécurité. Il faut dire que seuls les opérateurs de télécommunications ont l’obligation d’alerter cette autorité indépendante en cas de vol de données des clients.
Chaîne de sous-traitance
Le gendarme considère que les défaillances de l’opérateur étaient graves, même si celles-ci ont été rapidement corrigées depuis et que tous les clients ont été alertés.
Chaîne de sous-traitance : Dans les faits, rapportés dans le compte rendu de la délibération de la CNIL, le vol de données est intervenu chez le sous-traitant d’un sous-traitant d’Orange. L’opérateur avait bien verrouillé les questions de sécurité avec son premier prestataire, mais pas avec celui de second rang. Au point que ce dernier recevait des fichiers de mise à jour de données de clients par simple courriel… sans aucune mesure de sécurité ni clause de confidentialité.
L’ex-France Télécom explique que « la faille de sécurité serait liée aux risques inhérents à une chaîne de sous-traitance », peut-on lire dans la délibération. C’est bien le problème !
Toutes les grandes entreprises recourent à des armadas de sous-traitants dans de multiples domaines. Mais dans le BTP, comme dans l’énergie ou les télécommunications, le risque est le même : celui d’une dilution de la responsabilité.
Amertume
Aussi cette décision est-elle salutaire en ce qu’elle affirme qu’Orange « ne saurait minimiser sa responsabilité par le recours à plusieurs prestataires ». Le rappel à l’ordre est sévère puisque la CNIL souligne que l’insuffisance des mesures prises par le numéro un français des télécommunications pour la sécurité des données de ses clients  a « contribué à la réalisation du risque ».
Le groupe dirigé par Stéphane Richard a décidé de ne pas faire appel de cette décision. Son porte-parole rappelle que c’est parce qu’il a informé la CNIL du vol de données qu’il se retrouve aujourd’hui sanctionné. On comprend son amertume, mais on n’excusera pas la faute.
jacquin@lemonde.fr
 À propos de Jean-Baptiste Jacquin
le monde j-b Jacquin-1403-photo-mondomaton_de9a82576d4c41da85343684344f2167Je suis arrivé au Monde en 2011 où j’ai fait partie pendant deux ans de la rédaction en chef emmenée par Erik Izraelewicz. Je suis désormais chroniqueur économique.
Cela fait 25 ans que je suis la vie des entreprises en tant que journaliste. Je suis passé par Les Echos, L’Expansion et La Tribune.
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Langue française – La francophonie, potentiel économique

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Plus de 220 millions de personnes parlent la langue française. Ce chiffre pourrait atteindre 700 millions en 2050, notamment en Afrique.

A la demande du président de la République, le groupe de travail présidé par Jacques Attali précise dans un rapport les moyens d’exploiter le potentiel économique de la francophonie à travers la promotion de la langue et de la culture françaises.

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Royaume-Uni – Face à l’Etat islamique, Cameron se pose en leader inflexible

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Oublié le temps des discours policés et des faux-fuyants. Devant la menace terroriste incarnée par les extrémistes sunnites de l’Etat islamique (EI) "la plus grave" à laquelle le Royaume-Uni ait été confronté à ce jour –, le premier ministre britannique, David Cameron, s’est résolu à agir.
"Choqué et écœuré" par le meurtre du journaliste américain James Foley, apparemment perpétré par un ressortissant britannique, il a relevé vendredi le niveau d’alerte sécuritaire sur le sol national. Celui-ci est passé de "substantiel" à "grave" (quatrième échelon sur cinq), preuve, note la BBC, que les services de renseignement s’activent en coulisse.
D’autres mesures ad hoc, juridiquement délicates, doivent être annoncées ce lundi à la Chambre des communes, afin de "combler les failles dans l’armure". Il est notamment prévu de faciliter la saisie des passeports des apprentis djihadistes souhaitant se rendre en zone de guerre ou en revenir.
De fait,  Scotland Yard estime qu’au moins 500 citoyens britanniques sont partis se battre en Irak et en Syrie, et que plus de la moitié sont rentrés au pays. Que faire face aux sicaires de l’EI ? Si Simon Jenkins, du Guardian, rejette toute action militaire en Irak, The Economist, lui, l’encourage.
Dans une tribune à The Independent, le chef de l’opposition, Ed Miliband, appelle à combattre les djihadistes "avec clarté et détermination". Pragmatisme et implacabilité, c’est aussi la ligne défendue, avec des accents churchilliens.
Pour le New York Post, David Cameron, en affichant son intransigeance, montre la voie. Tout le contraire de Barack Obama. Lequel, par sa rhétorique amphibologique, "est incapable d’esquisser une stratégie cohérente face à la crise qui grandit rapidement au Moyen-Orient".
Le Monde 01/09/2014
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Vidéo – Vue du ciel : l’Islande

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– Igor Byrko a filmé l’Islande à l’aide d’une caméra fixée à un drone.

Le résultat offre une vue inédite des magnifiques paysages du pays
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Ce soir à 22 h 40 – L’Urgence de ralentir : Arte se penche sur le diktat du temps et de l’argent

Prenons le temps de visionner ce remarquable -documentaire, manifeste politique  pour un monde où  l’humain  retrouverait enfin sa place et son rythme. ( Le Monde 31/08/01/09/2014 )
Arte
Le 2 septembre prochain, en plein pendant le rush de la rentrée scolaire, Arte diffusera un documentaire de Philippe Borrel sur la course au temps et à l’argent, dans notre monde où tout à tendance à s’accélérer L’urgence de ralentir.
« Qu’avons-nous fait du temps ? » C’est par cette question relativement simple qu’Arte ouvre la bande-annonce d’un documentaire qui sera diffusé mardi 2 septembre à 22h40. Il s’agit d’une question purement rhétorique, mais qui prend tout son sens alors que tout s’accélère autour de nous, de l’information à la communication. Une « colonisation du temps humain par le temps économique » selon une intervenante.
 L’urgence de ralentir est réalisé par Philippe Borrel, à qui nous devons déjà d’autres reportages comme Les Insurgés de la terre ainsi qu’Alerte dans nos assiettes. Il a travaillé avec Noël Mamère, député Europe Écologie Les Verts, que l’on retrouve d’ailleurs à la fin du programme. Le pitch est le suivant :
 « "Course suicidaire et inconsciente", selon Edgar Morin, l’accélération financière et technologique, déconnectée du rythme de l’homme, mène notre système à l’épuisement et vers des catastrophes tout à la fois écologiques, économiques et sociales. Mais alors que des algorithmes accentuent de manière exponentielle la spéculation financière hors de tout contrôle, aux quatre coins de la planète des citoyens refusent de se soumettre aux diktats de l’urgence et de l’immédiateté, pour redonner sens au temps.
 En Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine ou encore en Inde, Philippe Borrel (Un monde sans humains ?) est allé à la découverte de ces initiatives, individuelles et collectives, qui proposent des alternatives basées sur d’autres paradigmes. »  Bande annonce Arte
Le Monde extrait 31/08/01/09/2014
Face à cette accélération, partout dans le monde, des -citoyens se rebellent, s’organisent pour vivre à " contre-temps " et sortir d’un modèle de croissance qui persiste à épuiser les ressources limitées de notre planète. Tel ce -militant du mouvement NO  TAV, farouche opposant à la construction de la ligne ferroviaire à grande vitesse Turin-Lyon. Un projet de 26  milliards d’euros qui, selon lui, est " uniquement justifié par la spéculation financière ". Ou ces habitants des villes de Romans-sur-Isère (Drôme) et de  Bristol (Angleterre) qui mettent en place des monnaies locales pour résister à l’emprise des banques.
Alors, prenons le temps de visionner ce remarquable -documentaire, manifeste politique  pour un monde où  l’humain  retrouverait enfin sa place et son rythme.
Bruno Lantéri © Le Monde
Philippe Borrel (France, 2014, 85 min). 

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Russie – Comment Poutine redessine (brutalement) les frontières en Europe

 Rue89 30/08/201 Pierre Haski | Cofondateur

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Depuis l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, la carte de l’Europe de l’Est se modifie à coups de guerres (déclarées ou pas), de morts, de destructions et de nettoyage ethnique.
Depuis l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, la carte de l’Europe de l’Est se modifie à coups de guerres (déclarées ou pas), de morts, de destructions et de nettoyage ethnique.
« La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », disait fort justement le géographe Yves Lacoste dans un livre paru en 1976. Dans l’Est de l’Europe, aux confins de la Russie, cette maxime se vérifie chaque jour, armes à la main.
C’est par un échange aigre-doux de cartes échangées via Twitter que les délégations canadienne et russe auprès de l’Otan ont polémiqué cette semaine. Les Canadiens ont tiré les premiers, surfant avec humour sur les soldats russes « égarés » en territoire ukrainien : leur carte montre d’un côté « la Russie », et de l’autre côté « Pas la Russie », une frontière que les soldats russes auraient tendance à oublier…
Réponse du tac au tac des Russes, qui se proposent d’aider leurs « collègues canadiens à se mettre à jour sur la géographie contemporaine », c’est-à-dire, en tenant compte de l’annexion de la Crimée par la Russie (non reconnue par l’Ukraine et par le reste du monde).

apoutine russie

Helping our Canadian colleagues to catch up with contemporary geography of @CanadaNATO20:02 – 28 Août 2014
Mais la géographie de cette partie de l’Europe ne se modifie pas à coups de tweets, mais de guerres, déclarées ou pas, de morts, de destructions, de nettoyage ethnique.
Retour sur ces confettis de l’empire russe de ce remodelage des cartes européennes qui se produit, de fait, depuis l’éclatement de l’Union soviétique en 1991, et se poursuit actuellement dans l’Est de l’Ukraine, provoquant une crise internationale.
1 La Transnistrie
27 août 1991, la Moldavie ex-soviétique proclame son indépendance, aussitôt reconnue par la communauté internationale, avec Chisinau comme capitale.
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Carte de la Transnistrie, enclave entre la Moldavie et l’Ukraine (Via Wikipédia)
Quatre mois plus tard, en décembre, la « République moldave du Dniestr », ou Transnistrie », région aux confins de l’Ukraine, proclame unilatéralement son indépendance par rapport à Chișinau. Un coup de force mené par 500 « cosaques » russophones, épaulés par la quatorzième armée russe stationnée à Tiraspol, proclamée capitale de la « République ». Ils parviennent à repousser les tentatives de reconquête moldaves, au prix de dizaines de nombreuses victimes.
24 ans plus tard, les troupes russes sont toujours présentes, sous le nom de « groupe opérationnel des forces russes en Moldavie », et la Transnistrie est soutenue économiquement à bout de bras par Moscou.
« La Moldavie a fait l’objet d’une véritable colonisation »
Dans leur « Atlas des peuples d’Europe centrale » (éd. La Découverte), paru justement en 1991, André et Jean Sellier notent : « La Moldavie a fait l’objet, depuis la Seconde Guerre mondiale, d’une véritable colonisation : afflux d’Ukrainiens et de Russes, surtout concentrés dans la région de Tiraspol et Bendary. »
A la veille de l’éclatement de l’URSS, la Moldavie comptait 4,3 millions d’habitants, dont 555 000 Russes. Aujourd’hui, la Transnistrie revendique environ un demi-million d’habitants, sur un territoire de la taille d’un département français, tout étiré le long du fleuve Dniestr.
La Transnistrie « indépendante » n’est reconnue par aucun Etat membre des Nations Unies, pas même par la Russie. Seulement par les autres républiques russophones rebelles.
Elle s’est néanmoins dotée d’institutions classiques d’un Etat – un Président, un Parlement (en fait un Soviet suprême), une monnaie, un drapeau, un hymne national… –, mais aux attributs très soviétiques, jusqu’au parti unique qui perdure et une absence de liberté de la presse.
En 2006, les habitants ont voté à près de 100% pour le rattachement à la Russie, souhait réaffirmé par le Président de Transnistrie, Evgueni Chevtchouk, au lendemain du rattachement de la Crimée à la Russie en mars dernier. Un vœu resté pieux jusqu’ici, et qui est rendu plus difficile par l’enclavement et le voisinage de l’Ukraine, en guerre ouverte avec Moscou.

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Panneau à Tiraspol, capitale de la Transnistrie : « Nous ne sommes pas Moldaves » (Via BBC)
Toutes les tentatives, depuis des années, pour réintégrer la Transnistrie au sein de la Moldavie, dotée d’une vaste autonomie et de garanties internationales, ont échoué. L’avenir de la Transnistrie, comme des autres confettis russes, dépendra de l’évolution régionale. En attendant, les cosaques de Tiraspol s’accrochent, avec l’aide déterminante de Moscou.
2 Abkhazie et Ossétie du Sud

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Une femme pleure un mort après un raid aérien russe sur la ville géorgienne de Gori, en 2008 (GEORGE ABDALADZE/AP/SIPA)
Même scénario dans le cas de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, deux régions de Géorgie qui ont fait sécession après l’éclatement de l’Union soviétique en 1991.
Dans les mois qui ont suivi la proclamation de l’indépendance de la Géorgie, portée par une vague nationaliste, le pouvoir russe voisin a encouragé les velléités sécessionnistes des minorités. Abkhazes et Ossètes, ainsi que la minorité russe du pays, s’organisent dans leur région, et proclament en 1992 leur indépendance.

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La carte du Quai d’Orsay qui « déconseille formellement » d’aller en Abkhazie et en Ossétie du sud (MAE)
Cette rupture est l’aboutissement d’une longue histoire : n’oublions pas que Staline et son chef de la sécurité Béria étaient Géorgiens, et avaient mené une politique de « Georgisation » forcée qui avait provoqué plusieurs révoltes, écrasées dans la répression féroce de cette époque.
En 1992 et 1993, les tentatives de reconquête de l’armée géorgienne se heurtent à une résistance renforcée par l’arrivée de milliers de volontaires venus de Russie et d’ailleurs, et aidés en sous-main par l’armée russe.
Le président géorgien, Edouard Cheverdnadze, l’ancien ministre des Affaires étrangères soviétique de l’ère Gorbatchev, échappe même de peu à la mort et ne doit son salut qu’à une évacuation par bateau… russe, même s’il met en cause un double jeu de Moscou.
Le conflit rebondit en 2008, lorsqu’un nouveau Président, Mikhail Saakashvili, fort de sa légitimité démocratique, fait le pari risqué de se lancer dans la reconquête de la souveraineté sur les zones insurgées d’Ossétie du Sud. Il se heurte à l’armée russe qui contre attaque et pénètre en Géorgie par l’Abkhazie.
Sarkozy en scène
apoutine sarkozyOn se souvient de la médiation de Nicolas Sarkozy, alors Président en exercice de l’Union européenne, qui a eu pour effet pervers de geler la situation dans les deux provinces séparatistes, renforcées par la présence permanente de troupes russes en contradiction avec l’accord de cessez-le-feu. La « purification ethnique » est également entérinée, avec le déracinement de dizaines de milliers de familles.
Dans ses « Itinéraires géopolitique » (éd. Tallandier et Arte éditions, 2011), Jean-Christophe Victor donne deux raisons au maintien des troupes russes dans les deux « républiques ». « La première est d’ordre politico-militaire et répond à la demande d’adhésion à l’OTAN formulée par la Géorgie en 2006. Moscou, qui inscrit cette candidature dans une stratégie d’encerclement de la Russie par l’OTAN, entend ainsi contrecarrer un tel projet.
La deuxième raison est d’ordre énergétique et a trait à la position géographique de la Géorgie. Avec son ouverture maritime sur la mer Noire et sa position entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, la Géorgie occupe une position stratégique pour le transit des hydrocarbures de la Caspienne vers l’Europe [...]. La Russie entend donc contrer toute nouvelle infrastructure énergétique ne passant pas par son territoire et maintenir ainsi sous sa dépendance en hydrocarbures les Etats européens et ceux de la région souhaitant éviter le territoire russe pour exporter leurs ressources, à l’image de l’Azerbaïdjan. »
L’Adjarie rentre dans le rang
Contrairement à la Transnistrie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud ont été reconnues comme Etat souverain par la Russie après la guerre de 2008, ainsi que par une poignée d’Etats : le Venezuela, le Nicaragua, le Nauru, les Tuvalu et le Vanuatu, ces deux derniers changeant ensuite d’avis ! Les deux territoires dépendent majoritairement des subsides russes pour leur survie, et restent très pauvres.
Une troisième région de Géorgie, l’Adjarie, située au bord de la mer Noire et comptant 300 000 habitants en majorité musulmans, avait fait sécession, elle aussi, après l’indépendance de la Géorgie. Une histoire mouvementée qui s’achève en 2004, après des élections contestées, et la fuite à Moscou du dirigeant Adjare, Aslan Abachidzé, en 2004. L’Adjarie a repris sa place dans la République de Géorgie.
3 La Crimée

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Tweet de février 2014 à l’apparition de « mystérieux » soldats en Crimée : « qui sont-ils ? » s’interroge cette journaliste britannique (Via Twitter)
Sur la carte linguistique de l’Ukraine indépendante (voir plus bas), la péninsule de Crimée était la seule à avoir une majorité russophone (après, il est vrai, expulsion des Tatars de Crimée par Staline après la Seconde Guerre mondiale).
Il faut dire que cette région idéalement située sur la Mer noire, enjeu de nombreuses batailles dans l’histoire, et russe depuis 1783, a été « offerte » par le numéro un soviétique d’alors Nikita Khrouchtchev à l’Ukraine en 1954, à une époque où les frontières internes à l’URSS étaient purement administratives. Personne, alors, ne pouvait imaginer un jour l’URSS éclater, et encore moins l’Ukraine accéder à une indépendance dont l’histoire l’a plusieurs fois privée.
Ce jour est néanmoins arrivé, en 1991, et la Crimée s’est donc retrouvée ukrainienne. Moscou a même dû signer un accord avec l’Ukraine pour permettre à la flotte russe de conserver sa base à Sebastopol, et donc son accès aux « mers chaudes », enjeu stratégique s’il en est pour la Russie.
Après les événements de Maïdan, à Kiev, et le changement de pouvoir en Ukraine, Vladimir Poutine a agi à vitesse accélérée. En quelques jours, fin février, de « mystérieux » hommes armés, très professionnels, ont pris le contrôle de la Crimée, les Russes de Crimée ont hissé le drapeau russe, et un référendum sur le rattachement à la Russie a été organisé – et remporté par les partisans de Moscou.
Les protestations de Kiev, et celles de la Communauté internationale, n’y ont rien fait. Poutine est resté droit dans ses bottes, misant, à juste titre, sur le sentiment prévalant en Occident que le retour de la Crimée à la mère patrie russe n’était pas illogique, même si la méthode est totalement illégale vis-à-vis du droit international, et quelque peu cavalière…
L’espoir secret des Occidentaux était que Poutine se contenterait de cette prise de choix, et se calmerait dans l’Est de l’Ukraine. La suite leur a donné tort.
4 La Nouvelle Russie

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Russophones d’Ukraine dans les frontières d’avant l’annexion de la Crimée et les combats de l’Est (Atlas des peuples d’Europe centrale », de J. Sellier et A. Sellier, éd. La Découverte, 2002)
En 1991, l’Atlas des peuples d’Europe centrale notait : « Les Ukrainiens de l’Ouest et du Centre n’en sont pas à leur première expression d’un désir d’indépendance même si, dans le passé, ce ne fut jamais qu’une entreprise éphémère.
Ceux de l’Est et du Sud, en revanche, aussi authentiquement ukrainiens soient-ils, ont toujours vécu (et vivent encore) en étroite symbiose avec les Russes. Mis au pied du mur, il n’est pas sûr qu’ils veuillent rompre avec Moscou. »
Cette brève description décrit parfaitement ce qui se passe en Ukraine aujourd’hui, en y ajoutant que Moscou non plus ne veut pas rompre avec ces Ukrainiens plus tournés historiquement vers la Russie que vers l’ouest, ni faire le « cadeau » à l’OTAN d’une Ukraine arrimée au bloc occidental.
Dès les événements de Maïdan, à Kiev, qui ont abouti au départ du Président Viktor Ianoukovytch fin février, l’agitation a commencé dans l’Est de l’Ukraine, qui lui était favorable.

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Résultat de l’élection présidentielle de 2004 : l’Est a voté Ianoukovytch (Via Wikipédia)
En quelques semaines, cette agitation s’est transformée en soulèvement armé, prise de contrôle de bâtiments publics par des hommes cagoulés munis d’armes légères, soutenus par une population russophone persuadée que les « fascistes » avaient pris le pouvoir à Kiev.
Une véritable guerre
L’histoire s’accélère depuis quelques semaines, surtout depuis que l’avion la Malaysian Airlines MH17 a été abattu au-dessus de l’Est de l’Ukraine en juillet, un drame dont les responsables n’ont toujours pas été identifiés, même si Kiev accuse les séparatistes pro-russes.
C’est une véritable guerre qui se mène désormais dans cette partie de l’Ukraine, faisant plus de 2 500 morts, et d’importantes destructions, principalement autour de Donetsk, ville d’un million d’habitants, capitale du Donbass, la région la plus industrielle d’Ukraine.
Les habitants de cette ville ont voté, le 11 mai 2014, pour instaurer une « République populaire de Donetsk », que tente de reconquérir le pouvoir central ukrainien. Celle-ci pourrait se fondre dans une « Nouvelle Russie » dont parlent désormais les dirigeants russes, une référence historique à la « Novorossia » qui était une subdivision territoriale de l’Empire russe…

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Au centre, Alexander Borodai, Premier ministre autoproclamé de la République de Donestk, près du crash de l’avion malaisien, juillet 2014 (Dominique Faget/AFP)
Invasion russe ou soldats égarés ?
Depuis quelques jours, l’accusation est lancée de manière plus précise, par le gouvernement ukrainien, et par les pays de l’Otan, contre les infiltrations – parfois qualifiées d’« invasion » – de troupes russes en appui aux insurgés de Donetsk et de l’Est. Même Carl Bildt, le ministre des Affaires étrangères de la Suède, pays neutre et non membre de l’Otan, écrivait vendredi sur son compte Twitter : « Appelons un chat un chat, c’est la deuxième invasion russe de l’Ukraine en un an. »
Les estimations vont de 1 000 à 4 000 hommes, un important matériel mis à la disposition des insurgés ou manœuvré directement par les Russes. Lorsque des soldats ont été pris sur le fait, Moscou a affirmé qu’ils s’étaient « perdus »…
L’affaire prend désormais l’allure d’une véritable crise internationale, larvée depuis des semaines, les Occidentaux soutenant autant que possible le gouvernement ukrainien et infligeant des sanctions croissantes à la Russie, sans pour autant infléchir le rapport de forces.
L’Occident sans stratégie
Face à ce qu’ils considèrent comme une ingérence indéniable de la Russie en Ukraine, les Occidentaux sont face à un sérieux dilemme. Les réunions se multiplient – Union européenne ce weekend, et sommet de l’Otan jeudi prochain –, sans stratégie évidente.
Ni les Etats-Unis, ni les Européens, ne veulent s’impliquer militairement dans ce conflit, mais ils ne veulent pas non plus permettre à Vladimir Poutine de récidiver dans l’Est de l’Ukraine sa stratégie du grignotage qui lui a si bien réussi jusqu’ici. L’enjeu ukrainien est d’une autre taille que l’Abkhazie ou la Transnistrie.
Les experts occidentaux parlaient ces derniers jours d’invasion « furtive » à propos de la stratégie russe. Furtif, comme l’avion du même nom invisible sur les écrans radars. Stratégie habile car elle met moins les Occidentaux au pied du mur comme le ferait une invasion par une colonne de chars et des milliers d’hommes, et permet de peser efficacement sur une situation locale, comme dans la région de Donetsk en ce moment, centre de gravité du conflit, et potentielle capitale de cette « Nouvelle Russie » satellite de Moscou qui pourrait émerger d’un dépeçage de l’Ukraine.
Cette stratégie a permis de faire bouger les frontières en Europe orientale, avec quelques centaines d’hommes armés et un soutien actif de l’armée russe. En Ukraine, c’est l’escalade : jusqu’où ?
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De l’absolue nécessité d’un revenu universel

Le Monolecte –  • 12 août 2014 •  
Comme dirait Coluche : il parait qu’il y a cinq-millions de personnes qui veulent du travail. C’est pas vrai, de l’argent leur suffirait!
Fin de manif'Je crois bien, mais je ne suis pas sure, que nous n’avons jamais été aussi riches qu’en ce moment. Collectivement riches. Nous n’avons jamais autant produit de richesses qu’en ce moment. Et elles sont de plus en plus mal réparties. Il y a deux nouvelles qui tombent comme la pluie sur nos têtes, cet été : le fait qu’il y a de plus en plus de riches, ici et ailleurs, et celui qu’il y a aussi de plus en plus de chômeurs. Comme une marabunta de désintégration sociale. Et il y a de plus en plus de chômeurs parce qu’il y a de moins en moins de travail.
Ce qui devrait être une foutue bonne nouvelle, non ?
Que l’on puisse satisfaire de plus en plus de besoins en mobilisant de moins en moins d’efforts, c’est quand même une très bonne nouvelle, non ? N’est-ce pas ce après quoi notre espèce court depuis le premier gars qui a inventé la roue pour transporter plus en se fatiguant moins ?
« En RFA, le volume annuel du travail a diminué de 30 % depuis 1955. En France, il a baissé de 15 % en trente ans, de 10 % en six ans. Les conséquences de ces gains de productivité sont ainsi résumées par M. Jacques Delors : en 1946, un salarié âgé de vingt ans devait s’attendre à passer au travail un tiers de sa vie éveillée ; en 1975, un quart seulement ; aujourd’hui, moins d’un cinquième. Et encore ce dernier chiffre n’intègre-t-il pas les gains de productivité à venir et ne prend-il en considération que les salariés employés à plein temps, toute l’année durant. Toujours selon M. Delors, les Français âgés aujourd’hui de plus de quinze ans passeront moins de temps au travail qu’ils n’en passent à regarder la télévision. » André Gorz dans Le Monde Diplomatique, juin 1990
Mais en fait ce n’est pas tant le travail qui manque que l’emploi. Du travail, il en reste encore pas mal, mais ce n’est pas forcément ce qui permet d’accéder à un salaire et donc des moyens de subsistance suffisants. Et dans notre société, beaucoup de gens prennent grand soin de ne pas distinguer les deux, du fait qu’il y a encore beaucoup de travail créé par des besoins non solvables ou abattu par des personnes dont on estime naturel qu’elles le fassent gratuitement, des personnes comme… les femmes, au hasard.
Dans le monde, les femmes effectuent les 2/3 du nombre d’heures de travail et produisent plus de la moitié des aliments, mais elles ne gagnent que 10 % du revenu total, possèdent moins de 2 % des terres, reçoivent moins de 5 % des prêts bancaires. Dans les régions les plus pauvres et de forte émigration, jusqu’à 70 % des femmes travaillent dans l’agriculture.
Les femmes effectuent la majeure partie du travail domestique et de soins non comptabilisé dans l’économie. En Afrique subsaharienne, elles passent 40 milliards d’heures par an à l’approvisionnement en eau de la famille, ce qui équivaut à une année entière de travail de toute la population active de la France.
Lors des 30 dernières années 552 millions de femmes sont entrées sur le marché du travail et 4 travailleurs sur 10 sont des femmes mais elles gagnent en moyenne 80 centimes contre 1 euros pour les hommes (Rapport Banque mondiale 2012).
218 millions d’enfants travaillent dans le monde, parmi eux, plus de 100 millions de fillettes. Parmi les enfants de moins de 12 ans qui travaillent, les filles (54 millions, dont 20 millions affectées à des tâches dangereuses) sont plus nombreuses que les garçons (OIT). La situation est en aggravation dans le contexte de la crise économique actuelle.
Les femmes constituent 70 % des 1,2 milliard de personnes vivant avec moins de 1 dollar/jour. L’égalité salariale n’existe dans aucun pays. Ainsi, dans l’Union européenne, les femmes gagnent en moyenne 17 % de moins que les hommes. Partout le chômage, la précarité, le travail non qualifié et à temps partiel touchent en premier lieu les femmes. Dans le secteur formel, en moyenne 1 homme sur 8 occupe un poste de haute direction, pour une femme sur 40.
Donc, nous avons toujours beaucoup de travail disponible, mais de moins en moins d’emplois pour répartir le revenu. Nous n’avons donc pas tant un problème de chômage qu’un problème de revenu. Et l’automatisation grandissante de la plupart des postes de travail devrait amplifier le problème.
Jusqu’alors, les entreprises supprimaient des emplois ici pour en créer d’autres, nettement moins bien payés, ailleurs. Maintenant, les délocalisations sont à destination de… machines.
Je suis allée récemment à côté de l’usine Renault de Tanger. Pas d’hommes en vue. Ça n’a même pas créé d’emplois au Maroc, c’est tout automatisé (ou presque). Et entouré de barrières avec barbelés.
Au sujet de la crise de l’industrie automobile, discussion sur Seenthis
Remplacer les gens par des robots n’est pas un problème en soi. Ce n’est pas grave que l’on passe d’une société du travail à une société du temps libéré. Le problème, c’est comment gérer des droits de tirage sur les richesses créées par les machines, comment redistribuer le revenu, puisque la condition de sa production passe de moins en moins par la contrainte du travail ?
Et là, curieusement, nous manquons cruellement d’imagination!
La création des imaginaires
« Les usines silencieuses et sans déchets fabriquaient tout ce dont les hommes avaient besoin. La clé était la base du système de distribution.
13011109333295471Chaque vivant de Gondawa recevait chaque année une partie égale de crédit, calculée d’après la production totale des usines silencieuses. Ce crédit était inscrit à son compte géré par l’ordinateur central. Il était largement suffisant pour lui permettre de vivre et de profiter de tout ce que la société pouvait lui offrir. Chaque fois qu’un Gonda désirait quelque chose de nouveau, des vêtements, un voyage, des objets, il payait avec sa clé. Il pliait le majeur, enfonçait sa clé dans un emplacement prévu à cet effet et son compte, à l’ordinateur central, était aussitôt diminué de la valeur de la marchandise ou du service demandés. Certains citoyens, d’une qualité exceptionnelle, tel Coban, directeur de l’Université, recevaient un crédit supplémentaire. Mais il ne leur servait pratiquement à rien, un très petit nombre de Gondas parvenant à épuiser leur crédit annuel. Pour éviter l’accumulation des possibilités de paiement entre les mêmes mains, ce qui restait des crédits était automatiquement annulé à la fin de chaque année. Il n’y avait pas de pauvres, il n’y avait pas de riches, il n’y avait que des citoyens qui pouvaient obtenir tous les biens qu’ils désiraient. Le système de la clé permettait de distribuer la richesse nationale en respectant à la fois l’égalité des droits des Gondas, et l’inégalité de leurs natures, chacun dépensant son crédit selon ses goûts et ses besoins. »
« Une fois construites et mises en marche, les usines fonctionnaient sans main-d’œuvre et avec leur propre cerveau. Elles ne dispensaient pas les hommes de tout travail, car si elles assuraient la production, il restait à accomplir les tâches de la main et de l’intelligence. Chaque Gonda devait au travail la moitié d’une journée tous les cinq jours, ce temps pouvant être réparti par fragments. Il pouvait, s’il le désirait, travailler davantage. Il pouvait, s’il voulait, travailler moins ou pas du tout. Le travail n’était pas rétribué. Celui qui choisissait de moins travailler voyait son crédit diminué d’autant. A celui qui choisissait de ne pas travailler du tout, il restait de quoi subsister et s’offrir un minimum de superflu. » La nuit des temps, René Barjavel.
J’ai lu La nuit des temps alors que je n’étais guère plus vieille que ma fille aujourd’hui et j’ai été marquée profondément par ce roman. Il y avait bien sûr la dimension romantique de cet amour perdu dans les glaces, ce parfum d’éternité, l’appel, déjà, de la science-fiction qui stimule encore et toujours mon imaginaire, mais il avait surtout ces deux paragraphes que j’ai retrouvés sans difficulté dès qu’on m’a demandé de réfléchir à la question du revenu de base.
Il y a là la description d’une société éminemment désirable, aux antipodes de la nôtre. Il y a là un rêve anarchiste dans le sens plein du terme. Il y a là une utopie qui a durablement changé mon regard sur le monde et ma définition du possible.
En deux petits paragraphes pondus en 1968, en des temps où l’on pouvait espérer changer le monde dans le sens d’une perpétuelle amélioration, Barjavel décrit le fonctionnement du revenu de base, il le rend palpable et presque concret, il en fait une évidence indépassable pour ses personnages, mais aussi pour ses lecteurs.
Bien sûr, on peut noter qu’il évacue habillement la question de la limitation (de plus en plus forte pour nous) des ressources par l’invention d’une source d’énergie renouvelable à l’infini, alors que notre société carbodépendante s’use et s’asphyxie à vouloir exploiter jusqu’à la dernière goutte une ressource dont nous savons depuis le début qu’elle n’existe qu’en quantité hautement finie. On note aussi qu’il ne s’affranchit pas totalement des vieilles hiérarchies, puisqu’il pense quand même que certains hommes sont légèrement plus méritants que d’autres. Mais pour l’essentiel, il décrit un monde affranchi de la nécessité de la survie et donc des rapports de domination qui en découlent, entre ceux qui doivent travailler pour survivre et ceux qui jouissent de l’accumulation des générations précédentes pour conserver, augmenter et transmettre leur pouvoir.
Nous ne pouvons d’ailleurs qu’apprécier la manière radicale avec laquelle Barjavel se propose d’en finir avec l’essence du capitalisme, en rendant l’accumulation impossible par un revenu universel en monnaie fondante.
L’abolition de la nécessité
Dans un monde marchandisé comme le nôtre, il n’existe pas de possibilité de seulement survivre sans argent. Aucun de nos besoins fondamentaux n’est aujourd’hui accessible sans argent : un abri, de la nourriture ou même de l’eau.
Devenu leader sur le marché de l’eau minérale, Nestlé a vu son chiffre d’affaires dépasser les 80 milliards d’euros. Et, tandis que 900 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, le géant suisse possède aujourd’hui au moins une usine d’embouteillage dans chaque pays.
Interrogé à cette époque, M. Brabeck-Letmathe estimait que la question de la privatisation de l’eau pouvait être abordée de deux manières : « L’une est extrémiste, défendue par quelques ONG qui considèrent que l’eau est un bien public. » Balayant cette thèse, il insiste : « L’eau est une denrée alimentaire comme les autres et doit avoir une valeur marchande. » Empruntée au documentaire We Feed the World, cette profession de foi trouve une place centrale dans l’enquête réalisée par Urs Schnell et Res Gehriger.
Nestlé et le business de l’eau en bouteille, cité sur Seenthis
Pour une écrasante majorité de personnes, l’accès à l’argent passe forcément par un emploi : un travail dont on peut espérer tirer un revenu. Or, nous vivons actuellement une révolution industrielle qui détruit l’emploi et le rend inaccessible à des centaines de millions de personnes dans le monde. Quel modèle politique proposons-nous concrètement dans un monde où de plus en plus de gens sont considérés comme surnuméraires ? Comment peut-on penser l’idéal démocratique quand nous soumettons de plus en plus de personnes au stress de la survie immédiate ?
Était-il plus honorable de crever de faim que de voler ? Beaucoup de gens le disaient, mais rarement ceux qui savaient vraiment ce que c’était que d’avoir le ventre creux, ou de voir un enfant gémir de faim. Était-il plus honorable de mourir de faim que de voler quand d’autres avaient les moyens de vous nourrir mais décidaient de ne pas le faire, à moins d’être payés avec de l’argent que vous n’aviez pas ? Pour sa part, il pensait que non. En choisissant de mourir de faim, on devenait son propre oppresseur, on s’obligeait à rester dans le rang, on se punissait soi-même d’avoir la témérité d’être pauvre, alors que normalement ça devrait être le boulot d’un policier. Dès qu’on faisait preuve d’un peu d’initiative ou d’imagination, on se faisait aussitôt traiter de paresseux, de combinard, de coquin, d’incorrigible. Il avait donc laissé de côté toutes ces histoires d’honneur qui n’étaient bonnes qu’à permettre aux riches de se sentir mieux et aux pauvres de se sentir encore plus mal.
(…)Une fois libéré de la peur, quand on n’avait plus à se demander comment se procurer son prochain repas ou combien de bouches on aura à nourrir l’an prochain, et si on va se faire virer par son employeur ou flanquer en prison pour une peccadille, on était effectivement libre de faire un choix. On pouvait choisir une vie paisible, douillette, confortable, banale, et mourir en chemise de nuit pendant que votre famille s’agitait impatiemment autour de vous… Ou on pouvait se retrouver à faire quelque chose comme en ce moment, et même si votre corps tremblait de tous ses membres, votre cerveau savourait plutôt l’expérience.
Trames, Iain M. Banks

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Si l’on admet qu’il n’est plus possible de vivre dans notre société sans argent, on peut plaider pour la suppression de la monnaie… ou sa redistribution égale et suffisante. Pour nous affranchir de la peur et nous rendre la liberté de choix du citoyen.
Et c’est là que nous devons faire travailler nos imaginaires : construire par la pensée un monde libéré du manque pour le rendre possible, tout simplement. Se projeter, chacun, dans les choix qu’un revenu de base nous ouvrirait et la manière dont il transformerait l’ensemble du corps social.
Combien d’entre nous continuerait à se tuer la santé dans des boulots non gratifiants et mal payés ? Combien continueraient à trimer comme des fous pour payer la voiture… qui leur permet d’aller trimer ? Combien de prostituées continueraient à vendre leur corps, libérées de la nécessité ? Combien de femmes supporteraient encore les coups d’un conjoint violent si elles étaient certaines de pouvoir continuer à nourrir leurs enfants étant seules ? Combien de patrons maltraitants, de vies brisées, d’exploitants cyniques, de frustrations mortifères pourrions-nous nous épargner ?
Demain peut commencer maintenant — de manière bien plus efficace que les voitures volantes — si l’on décide tout simplement de croire que c’est possible.
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La Blague de Sauveterre de Béarn – Question pertinente !

Sud-Ouest

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Europe – Donald Tusk, nouveau président du Conseil européen

Rue89 31/08/2014 Signalé par Pascal Riché
Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, réunis ce samedi soir à Bruxelles, se sont mis d’accord sur les deux personnalités qui vont succeder à Herman Van Rompuy (président du conseil européen) et Catherine Ashton (chef de la diplomatie : il s’agit du Polonais Donald Tusk et de l’Italienne Federica Mogherini.
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Le Monde |   31.08.2014  | Par Piotr Smolar

 Le Polonais Donald Tusk, nouveau président du Conseil européen

Donald Tusk va quitter une Pologne émancipée et dynamique pour prendre ses quartiers à Bruxelles. Le premier ministre polonais, âgé de 57 ans, a réussi à faire l’unanimité samedi 30 août parmi les principaux dirigeants de l’UE pour occuper le poste de président du Conseil européen.
Il ne parle pas français, très mal anglais, parfaitement allemand, notamment parce qu’il est originaire d’une région frontalière. Cela donne une idée assez précise de ses penchants géopolitiques : proximité avec Berlin, plus grand réalisme vis-à-vis des Etats-Unis, et distance polie avec la France.
Un premier ministre usé dans son pays peut-il devenir un président dynamique du Conseil ? Tel est le défi qui se pose à Donald Tusk, à l’heure de prendre la succession d’Herman van Rompuy, dont le manque de charisme et de poids politique a illustré la volonté des capitales de garder la main sur le devenir de l’UE.
Le leader du parti Plateforme civique (PO, centre droit) dirige le gouvernement polonais depuis 2007, après avoir essuyé une défaite à l’élection présidentielle deux ans plus tôt. Pragmatique, opportuniste, rompu à la communication politique, il a résumé son approche des affaires publiques en une expression : son ambition est d’assurer « l’eau chaude dans le robinet ». Pas de quoi soulever l’enthousiasme des nouvelles générations, qui n’ont jamais connu les privations de l’époque communiste, ni celui de la Pologne la plus conservatrice, focalisée sur les questions identitaires.
UN ALLIÉ DU MILIEU DES AFFAIRES
Né à Gdansk, membre du syndicat Solidarité dans les années 1980, Donald Tusk a aussi connu une expérience entrepreneuriale, avec une société de peinture. Il est généralement vu comme un allié du milieu des affaires. M. Tusk croit dans les vertus du libéralisme et de la concurrence, qui ont transformé son pays, sans pour autant se priver des moyens étatiques lorsqu’il s’agit de s’attirer les grâces d’une catégorie particulière.
Il n’a jamais brillé par la sophistication de sa vision européenne, mais c’est sous son autorité que la Varsovie a acquis un poids inédit dans l’UE. Alliant un conservatisme ferme sur le plan religieux et social à un libéralisme décomplexé sur le plan économique, Donald Tusk peut s’enorgueillir d’avoir conduit la Pologne pendant les années les plus spectaculaires de sa mutation. Son pays est le seul à n’avoir jamais connu de véritable ralentissement ni de récession depuis la crise de 2008.
La désignation de M. Tusk comme président du Conseil européen a un double sens historique. Vingt-cinq ans après les premières élections libres dans son pays, elle est une extraordinaire reconnaissance des nouveaux équilibres au sein de l’UE et de l’avènement de la Pologne comme pivot de l’Europe orientale. Il s’agit d’un « énorme succès » pour le pays, a estimé le président Bronislaw Komorowski.
UNE EXFILTRATION
Cette désignation intervient aussi dans un moment dramatique, alors que les métastases de la guerre se développent dans l’est de l’Ukraine. Depuis six mois, Donald Tusk a été en pointe sur ce dossier, avec ses homologues baltes, sans pour autant basculer dans des positions anti-russes primaires, lui qui a tenté d’initier une réconciliation historiographique entre les deux pays. Alors qu’Angela Merkel et François Hollande n’ont cessé de tergiverser face à Vladimir Poutine, dans l’espoir vain d’une baisse de température au Kremlin, le premier ministre polonais a tout de suite pris la mesure des nouveaux défis posés par l’annexion de la Crimée, puis la guerre dans l’Est.
Avocat d’une véritable politique énergétique européenne, Donald Tusk a aussi critiqué les membres de l’OTAN timorés sur le plan budgétaire, qui attendent trop, par habitude, l’ouverture du parapluie américain pour les protéger.
Mais le paradoxe de cette promotion est qu’elle représente aussi une exfiltration, le sauvant d’une tourmente politique intérieure redoutable, à un an des élections législatives. Donald Tusk s’était lancé le défi de conduire sa formation vers un troisième succès de rang, contre son adversaire de longue date, le leader de Droit et justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, chantre d’un populisme nationaliste à la Viktor Orban.
RAPPROCHEMENT HISTORIQUE AVEC L’ALLEMAGNE
Au fil des ans, le premier ministre a réussi méthodiquement à écarter tout rival sérieux à l’intérieur de son parti. Mais l’usure du pouvoir et les scandales à répétition – tel celui de mystérieuses écoutes, en juin, concernant certains ministres – pèsent lourd dans l’opinion.
Ils expliquent l’écart dans les sondages en faveur du PiS. Faute d’une alternative crédible au sein de la PO, le départ vers Bruxelles de Donald Tusk pourrait avoir des conséquences dramatiques pour son camp, qui se prépare à la défaite. Or, une alternance pourrait porter atteinte à l’image de la Pologne, élève vertueux des réformes. Il serait assez inouï d’imaginer Jaroslaw Kaczynski, foncièrement antiallemand et antieuropéen, devenir premier ministre, tandis que M. Tusk présiderait le Conseil. Les retrouvailles à Bruxelles seraient glaçantes.
Donald Tusk avait pris l’engagement de conduire la Pologne dans la zone euro. Mais la crise a ralenti les ardeurs de son gouvernement, qui a cessé d’avancer un calendrier précis. En revanche, M. Tusk a beaucoup misé sur les fonds structurels européens : dans le dernier budget quinquennal, la Pologne en était le premier bénéficiaire. Ils lui ont permis de conduire de grands travaux et de moderniser ses infrastructures.
Autre réussite de ses mandats : le rapprochement historique avec l’Allemagne. Au-delà de l’estime personnelle qu’il partage avec Angela Merkel, Donald Tusk a réussi à développer des relations apaisées, amicales, constructives avec Berlin. A l’échelle de l’histoire, il s’agit d’une vraie révolution diplomatique.
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Carte d’identité : Le document n’est plus valable dix ans, mais quinze. Problème : ce n’est pas marqué dessus.

 Le choc de complexification

Virginie G., son mari et leurs deux enfants vont souvent en vacances en Turquie, munis de simples cartes d’identité. Cette année, comme ces documents allaient expirer, ils se sont rendus à la mairie de leur commune, Widensolen (Haut-Rhin), dès le mois de mars, pour les renouveler.
alemonde CI_mi-juillet-le-ministere-des-affaires_1ba4733cbb850a64cf5dc121120a1526La secrétaire de mairie leur a dit que c’était inutile : « Depuis le 1er janvier, les cartes d’identité sont valides quinze ans, et non plus dix. » M. et Mme G. ont observé, non sans inquiétude, que « ce n’est pas marqué dessus », et se sont demandé comment les autorités turques pourraient le savoir. Par sécurité, ils ont quand même réclamé de nouvelles cartes. « Impossible : la préfecture refuse de renouveler des cartes non périmées », a répondu la secrétaire de mairie.
Le 27 juillet, lorsqu’ils se présentent à l’aéroport de Stuttgart, l’hôtesse chargée de l’embarquement les refoule, au motif que leurs papiers sont périmés depuis le 26 mai. « On a eu beau lui dire que c’était faux, et de le vérifier sur le site du ministère de l’intérieur, elle n’a rien voulu savoir », proteste Virginie.
PRÉFECTURE IMPUISSANTE
Paniqués à l’idée d’être privés du séjour pour lequel ils ont déboursé 4 500 euros, ils joignent la maire de leur petite commune, Josiane Bigel, qui se dit consternée. Dès le lendemain, elle appelle la préfecture de Colmar pour demander des passeports provisoires. «La préfecture m’a répondu qu’il y a désormais trop de cas de ce genre pour qu’elle puisse faire quelque chose», indique Mme Bigel. Virginie a alors contacté le Centre européen de la consommation (CEC) France-Allemagne.
Dès le mois de mai, alerté par quelques voyageurs interdits d’embarquement, le CEC a prévenu le ministère de l’intérieur de la catastrophe qui s’annonçait : pendant les vacances, des milliers de Français se déplaceraient à l’étranger dans les pays qui acceptent ce document de voyage (espace Schengen, Union européenne, Tunisie, Albanie…).
En dehors des frontières, les administrations ne sauraient pas nécessairement que les cartes françaises périmées étaient encore valides. L’origine du problème, expliquait le CEC, vient d’un décret du 18 décembre 2013, pris dans le cadre du « choc de simplification », lancé par François Hollande. Ce texte prolonge la durée de validité de la carte d’identité, sans que ce soit indiqué dessus.
« C’EST SIMPLE, IL SUFFIT DE NE PAS BOUGER »
Lorsque nous avons relayé cette information, sur notre blog Sosconso, certains internautes ont commenté : « C’est simple, il suffit pendant les cinq ans supplémentaires de ne pas bouger. » D’autres ont conseillé de prétendre que leur carte était perdue, pour obtenir son renouvellement, bien que cela coûte alors 25 euros. D’autres encore ont dit avoir été victimes, déjà, de refus d’embarquement. Frédérique a ainsi été bloquée à l’aéroport de Bodrum, en Turquie : « On nous a fait attendre dans un bureau, avant de nous faire rependre le premier avion. »
Les témoignages de passagers ayant été refoulés par des compagnies aériennes, des croisiéristes ou des autorités douanières se sont multipliés pendant l’été. Mi-juillet, le ministère des affaires étrangères a indiqué sur son site que huit pays seulement acceptaient la carte d’identité périmée, que trois (Malte, Serbie, Turquie) la refusaient et que les autres ne se prononçaient pas.
Le CEC indique recevoir trois plaintes par semaine. « Question simplification, c’est réussi ! », ironisent ses juristes. Désormais, les expatriés aussi sont inquiets : « Ils se demandent comment ils pourront ouvrir un compte ou louer une voiture, avec des documents périmés. »
« DIFFICULTÉS RÉCURRENTES »
Alerté par le CEC, le Défenseur des droits a aussitôt saisi le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, afin, notamment, qu’il envoie aux mairies et aux préfectures une circulaire leur demandant d’autoriser le renouvellement des cartes d’identité, même non périmées. « Rien, en effet, dans le décret du 22 octobre 1955 instituant la carte d’identité, ne l’interdit », font valoir ses services. En outre, à l’heure où le gouvernement entend préserver le pouvoir d’achat des Français, il lui paraît peu judicieux de les inciter à demander des passeports, qui coûtent 86 euros.
Le 22 juillet, André Vallini, secrétaire d’Etat chargé de la réforme territoriale, a répondu à Hélène Conway-Mouret, sénatrice (PS) des Français de l’étranger, que le renouvellement anticipé des titres « est autorisé » pour les citoyens voulant voyager « vers les pays où se posent des difficultés récurrentes ».
 « LA RESPONSABILITÉ DE L’ETAT PEUT ÊTRE MISE EN CAUSE »
Le CEC aimerait savoir quels sont ces pays, et s’il faut prouver que l’on s’y rend pour avoir le titre. Il dénonce « une situation ubuesque qui a restreint la liberté de circulation des Français au sein de l’Union européenne ».
Dimitri Pincent, avocat au barreau de Paris, estime que « la responsabilité de l’Etat peut être mise en cause, car il existe un lien de causalité direct entre l’information officielle défectueuse (carte prolongée sans que cela soit indiqué dessus), et les refus subis par les passagers ».
Les voyageurs qui, comme les G., ont perdu des milliers d’euros « peuvent donc faire un recours indemnitaire », juge-t-il. Il faut pour cela écrire au ministère de l’intérieur, en expliquant en quoi l’Etat est fautif et en précisant le montant du préjudice subi. Il faut ensuite attendre deux mois une éventuelle réponse, et attaquer devant le tribunal administratif de Paris.
Il existe peut-être une autre solution : écrire au Défenseur des droits, Jacques Toubon, nommé le 9 juillet. Ses services indiquent qu’ils «examineront la recevabilité» des dossiers qui leur seront envoyés.
LE MONDE | 29.08.2014 par Rafaële Rivais Journaliste au Monde
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Europe – L’Italienne Federica Mogherini prend la tête de la diplomatie européenne

Le Monde | 30.08.2014 |

AUSTRIA-EU-BALKANS-POLITICS

La ténacité de Matteo Renzi à vouloir imposer Federica Mogherini, 41 ans, au poste de haute représentante aux affaires étrangères de l’Union européenne vient d’être récompensée : l’actuelle ministre des affaires étrangères italienne a été désigné chef de la diplomatie européenne samedi 30 août.
Réunis à Paris autour de François Hollande, les dirigeants sociaux-démocrates de pays européens avaient confirmé leur soutien : « Parce que c’est une bonne candidate, pas seulement parce qu’elle est sociale-démocrate », a précisé le président français. Ce dernier a également balayé l’obstacle de la jeunesse de celle qui succèdera à Catherine Ashton à partir du mois de novembre : « Elle est jeune mais elle a déjà de l’expérience ». La décision définitive sera prise dans la soirée.
Il est vrai qu’en deux mois, l’impétrante a mis les bouchées doubles pour faire oublier les soupçons qui pesaient sur elle : un curriculum vitae un peu mince pour un tel poste et des positions diplomatiques très prudentes. Au travers de ces critiques, « c’est l’Italie qui est visée », s’est-elle défendue. En matière de politique étrangère, la Péninsule se distingue par son alignement sur les Etats-Unis et sa mansuétude vis-à-vis de la Russie dont elle dépend énergétiquement en grande partie.
Ainsi, les anciens pays de l’Est la jugeaient trop proche de la Russie dans la crise ukrainienne, lui reprochant une visite à Moscou aux premiers jours de juillet et la publication sur son blog d’une photo où elle pose aux côtés de Vladimir Poutine. Mme Mogherini a eu beau préciser que cette étape à Moscou suivait celle qu’elle avait faite à Kiev, sa réputation était faite. Doutant de l’efficacité des sanctions financières contre Moscou, elle écrivait, semblant ainsi donner raison aux deux camps : « La crise ukrainienne se prête à diverses lectures. Chacune a son fondement de vérité ».
Depuis, la position de Mme Mogherini et de l’Italie s’est durcie. Matteo Renzi a appelé jeudi 28 août Vladimir Poutine, pour dénoncer l’entrée des troupes russes en Ukraine, qualifiée « d’escalade intolérable dont les conséquences seraient très graves ». Dans le même temps, Mme Mogherini haussait le ton avec son homologue russe. Profitant à plein de son rôle de « président » de l’Union européenne, le premier ministre a saisi chaque occasion pour faire exister l’Italie sur la scène internationale et crédibiliser la candidature de sa ministre à la tête de la diplomatie européenne. Le 20 août, il s’est rendu pour une brève visite à Bagdad et dans la ville kurde d’Erbil, au nord de l’Irak. Pendant ce temps, Mme Mogherini exposait devant le Parlement, à Rome, le choix du gouvernement de livrer des armes aux Kurdes.
L’ITALIE BIEN SERVIE DANS LA DISTRIBUTION DES POSTES
alemonde_federica-mogherini-chef-de-la-diplomatie_8105301f86a38cf4ab8063b057f50f08Reste le reproche de « l’inexpérience » et du « carriérisme ». L’essentiel de sa carrière diplomatique, avant qu’elle ne devienne ministre, se résumait à sa responsabilité de « chargée des relations internationales » au sein des différents partis de gauche qui ont conduit à la création du Parti démocrate (PD) en 2007. Diplômée en sciences politiques à l’université la Sapienza de Rome après un passage comme étudiante Erasmus à Aix-en-Provence où elle travaille à son mémoire sur les rapports entre religion et politique dans les pays islamiques, cette fille d’un décorateur et costumier de cinéma est rapidement devenue une professionnelle de la politique.
Entrée en 1996 au mouvement des Jeunes communistes (FGCI) puis au Démocrates de gauche (DS), elle a été proche de tous les chefs successifs du centre gauche de Piero Fassino, son premier mentor, à Pierluigi Bersani en passant par Walter Veltroni qui lui ouvre les portes d’une candidature à la députation en 2008. « Elle était assise à côté de moi sur les bancs des députés, se souvient ce dernier dans le Corriere della Sera du 30 août. Je l’ai toujours vue étudier ses dossier à fond. » Elle a été l’un des moteurs de l’adhésion du PD au groupe des sociaux-démocrates européens (S & E).
Curieusement, c’est avec Matteo Renzi que ses relations seront les moins idylliques. « Il est en dessous de la moyenne en matière de politique étrangère », a-t-elle dit de lui lorsque le futur président du conseil disputait à M. Bersani le rôle de chef de file de la gauche aux élections législatives de février 2013. Mais le Florentin qui, un an plus tard, constitue son gouvernement, saura oublier cette attaque. Voulant des visages neufs à chaque poste, il impose Mme Mogherini à la Farnesina, le Quai d’Orsay italien, en remplacement de l’expérimentée Emma Bonino, 66 ans, qui avait la faveur du président de la République.
Lorsque les tractations commencent à Bruxelles pour constituer le futur exécutif de l’Union, M. Renzi « ressort » la carte Federica Mogherini. Sa ténacité à vouloir un Italien à ce poste se fonde sur l’arithmétique. Fort de son score de 40,8 % des voix aux européennes de mai, le PD est devenu, avec 31 députés à Strasbourg, la composante la plus importante du groupe S & D. A ce titre, estime-t-il, la Péninsule doit être bien servie dans la distribution des postes, quand bien même la charge de haut représentant aux affaires étrangères offre peu de marges de manœuvre. « Il est aussi vice-président de la Commission, analysait à la mi-juillet Sandro Gozi, secrétaire d’Etat aux affaires européennes. A ce titre, il coordonne les activités des commissaires qui ont à voir avec l’énergie et l’immigration. » Deux sujets qui regardent l’Italie de très près.
Philippe Ridet (Rome, correspondant) Journaliste au Monde
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