Gaz de schiste – Dordogne : La menace fantôme

 Sud-Ouest Mercredi 12 octobre 2011 Par Bastien souperbie
Dordogne : le gaz de schiste menace encore

L’immense projet d’exploration de BNK Petroleum touche le sud du Bergeracois

La levée de boucliers du printemps dernier a bloqué tous les projets. Jusqu’à quand ? archives « so »
 Jusque-là, la problématique posée par l’exploitation des gaz de schiste n’avait eu guère d’échos en Lot-et-Garonne. Au plus proche, les permis accordés en catimini par l’État ne concernent à ce jour que les départements voisins du Lot, de la Dordogne et du Tarn-et-Garonne.
 Cela pourrait ne pas durer. En cause, une demande de permis d’exploration et d’exploitation déposée par le groupe industriel américain BNK Petroleum. Un permis impliquant une zone gigantesque d’une superficie de 10 400 km² couvrant huit départements à savoir la Dordogne, le Lot, la Haute-Garonne, le Tarn-et-Garonne, l’Ariège, le Gers, les Hautes-Pyrénées et donc, la moitié est du Lot-et-Garonne.
Le secteur visé par le groupe américain s’arrête au nord à Villeréal et Villefranche-du-Périgord, à Lauzun à l’ouest, va au plus à l’Est à Montauban et stoppe au sud à hauteur de Tarbes (qui est exclue de la zone). Au cœur de cette zone : le Fumélois, le Villeneuvois, l’Agenais mais aussi Auch, Moissac, Mauvezin, Fleurance etc.
Une zone de 10 400 km²
Ce permis, dit de Beaumont-de-Lomagne (la ville tarn-et-garonnaise se situe au centre de cette zone gigantesque), a été déposé en fin d’année dernière et sera instruit théoriquement par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Midi-Pyrénées, une fois que la mission d’évaluation des risques environnementaux demandée par le ministère de l’Environnement sera terminée. Son rapport est attendu à la fin de l’année. À mesure que cette date se rapproche, et que les informations filtrent, l’inquiétude grandit. Lors de son dernier conseil municipal, la municipalité de Blanquefort-de-Briolance, interpellée sur le sujet, a projeté d’inscrire la question lors de la prochaine assemblée afin d’adopter une opposition de principe.
Le collectif 47 Non au gaz de schiste, fort de 350 membres, et l’association Au fil des Séounes organisent par ailleurs, samedi soir à Castelculier (à 20 h 30 dans la salle près de l’église de Saint-Amans) une projection débat sur le sujet.
Averti de la nature de ce permis au mois de mai, le collectif lot-et-garonnais a également adressé, samedi dernier, un courrier au préfet du Lot-et-Garonne pour solliciter un rendez-vous, histoire d’obtenir quelques réponses. « Comme la plupart du temps dans ce type de dossier, c’est l’opacité la plus totale. Personne ne dit rien. Il faut donc aller chercher les infos », explique-t-on du côté du Collectif.
 Il y a une quinzaine de jours, le Gadel, une association de défense de l’environnement dans le Lot, a obtenu de la préfecture du Tarn-et-Garonne, la communication des 250 pages du dossier de BNK Petroleum qui, avant de s’intéresser au Sud-Ouest de la France, a déjà projeté d’extraire du gaz de schiste en Europe, du côté de la Pologne, de l’Allemagne et de l’Espagne. « Tout va se jouer l’année prochaine après les présidentielles », estime Jacques Philbert, secrétaire général du Gadel qui craint le lobbying des industriels et de certains députés européens qui « font le forcing » pour voir la France – qui posséderait selon certaines estimations le quart des réserves de gaz de schiste en Europe – franchir le pas de l’exploitation.
Une loi permissive
Au printemps dernier, devant la levée des boucliers dans bon nombre de régions concernées, le gouvernement français en approuvant la loi Jacob a décidé de geler la plupart des permis accordés en 2010. Dans la foulée, le ministère de Nathalie Kosciusko-Morizet a abrogé trois permis, celui de Montélimar (Drôme) sur 4 300 km² pour Total, celui de Villeneuve-de-Berg (Ardèche) sur 930 km² et celui de Nant (Aveyron) sur 4 400 km², pour Schuepbach Energy. Il en reste néanmoins 61. À l’instar du permis de celui de Beaumont-de-Lomagne, rien n’est dit à ce jour sur leur devenir.
Pour les opposants, si la loi Jacob interdit la fracturation hydraulique (injection à très haute pression d’eau – de 10 à 20 millions de litres par fracturation – mélangée à du sable fin et à des produits chimiques à une profondeur variant entre 1 500 et 3 000m2), elle laisse la porte ouverte à l’exploitation des gaz de schiste qu’elle n’interdit pas. En outre, elle ne prohibe pas les forages « scientifiques ».
« Je crains que les foreurs trouvent une astuce pour contourner la loi », prédit Jacques Philbert qui craint que les dégâts environnementaux engendrés par une telle exploitation ne pèsent pas lourd face aux enjeux économiques. Aux États-Unis, les 500 000 puits forés ont permis au pays engagé depuis 10 ans dans l’extraction des gaz de schiste de passer du statut d’importateur de gaz à celui d’exportateur. La Pologne qui s’y lance espère, elle, conquérir son indépendance énergétique. À quel prix ?
Lot-et-Garonne · Dordogne · Bergerac · environnement
 
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