Depuis des mois, la Polynésie française s’enfonce de plus en plus dans la crise

Tahiti-pacifique.com - Magazine n°249, février 2012 – Edito de Alex W. du PREL

Doux rêveurs… ou menteurs  
Depuis des mois, alors que la Polynésie française s’enfonce de plus en plus dans la crise, alors que des milliers de familles , de chefs de famille ont perdu leurs emplois sans aucun parachute social (pas de RMI, pas d’allocation chômage, pas de RSA), que fait donc notre assemblée territoriale (et le CESC) pour relancer l’économie ? Rien qui pourrait au moins offrir un emploi, même un soupçon d’espoir. 
En revanche, nos élus et gouvernants, ne comprenant pas que toute la sphère économique, mercantile ou financière de Tahiti est paralysée par une kyrielle de lois, directives et arrêtés, généralement copiés-collés de textes métropolitains, continuent de pondre des « lois de Pays » plutôt étonnantes, irréalistes voire irréelles. Comme les phosphates de Makatea sont épuisés et que le CEP (la bombe) a fermé boutique, nos dirigeants et élus cherchent une « richesse » qui pourrait apporter une nouvelle rente au « péi » afin de pouvoir continuer à financer ad vitam eternam la Grande Armée de fonctionnaires dans leurs beaux bureaux climatisés de Papeete. 
Nouvelle richesse, ressource à Tahiti ? Pourtant, nos îles hautes ne sont que des sommets de volcans éteints, comme tant d’autres dans le monde, sans minerai précieux ni source d’énergie fossile. Oui, il y a bien les atolls, propices à l’aquaculture et à l’élevage des algues, mais de telles industries sont en concurrence avec des pays “normaux” tels les Philippines ou la Micronésie. 
Alors nos “penseurs” place Tarahoi ont inventé une ressource :  la flore, la faune, même les gestes et potions hérités des tupuna (ancêtres) recèleraient des richesses inestimables. Oubliant que plus des trois quarts de la faune de Tahiti sont des variétés introduites depuis l’arrivée du capitaine Cook, ils ont voté une « loi du Pays » de 12 pages « relative à l’accès aux ressources biologiques et au partage des avantages résultant de leur valorisation », absolument fantasmagorique. Si cette loi  est appliquée, il faudra dorénavant être accompagné d’un avocat juste pour aller se promener en forêt. Ainsi, si au bord d’un chemin tu découvres une étrange plante, il est interdit de la cueillir, sous peine d’être coupable de « biopiratage : action d’accéder frauduleusement à une ressource biologique, c’est-à-dire de collecter et/ou d’utiliser cette ressource en méconnaissance de la réglementation applicable » et passible de poursuites pénales (ce n’est pas une blague, c’est écrit dans la loi !). Comment alors cueillir légalement cette plante, ne serait-ce que la regarder à la loupe ? C’est “simple” : il suffit d’obtenir une « autorisation administrative d’accès », car « tout accès aux ressources biologiques, tel que défini par les articles (…), est soumis à une autorisation préalable accordée par arrêté pris en conseil des ministres, sur proposition du ministre en charge de l’environnement après avis du ministre en charge de la recherche et de tout autre ministre concerné. »
Ce n’est pas tout : la forêt appartient bien à quelqu’un, donc : « L’utilisateur doit obtenir l’accord du ou des propriétaires du site dans lequel se trouve la ressource biologique objet de l’accès, pour pouvoir pénétrer sur ce site et réaliser la collecte de la ressource (…)  « Dans l’hypothèse ou le site  relève du domaine public ou privé de la Polynésie ou de sa zone économique exclusive, l’autorisation de se rendre sur le site est donnée dans l’arrêté d’autorisation d’accès. Il en est de même lorsque la Polynésie française est elle-même détentrice de connaissances traditionnelles associées à la ressource biologique étudiée… » Puis ça se corse encore plus : peut-être une “mamie” du coin utilise-t-elle déjà cette plante pour se faire une tisane, alors « de même, l’utilisateur doit obtenir l’accord du ou des, détenteurs des connaissances traditionnelles associées à la ressource biologique étudiée. A peine d’irrecevabilité de la demande, le ou les détenteurs devront indiquer la source, d’origine autochtone, des connaissances traditionnelles concernées. Cet accord est préalable à toute demande d’accès et est joint à celle-ci. A défaut, l’accès ne peut être autorisé. » 
Une fois ces obstacles franchis (en combien d’années ?), tu peux cueillir la plante. Si elle sent bon et ses feuilles font un bon thé, tu décides d’en faire une plantation pour un bon thé. Oui, mais pour cela il faut que « la demande d’utilisation de la ressource soit examinée au regard des objectifs de protection de l’environnement et d’utilisation durable des ressources, ainsi que des perspectives de développement économique et social de la Polynésie française, notamment selon les critères suivants : l’ampleur du projet ; l’importance du budget de recherche engagé ;  l’intérêt scientifique ; l’état de conservation de la ressource ; la contribution du projet à la conservation et à l’utilisation durable des ressources biologiques ;  les impacts, les risques et dangers du projet relativement à la diversité biologique et à son utilisation durable ; le respect du partage juste et équitable des avantages résultant de la mise en œuvre du projet ; le développement économique et social local ; l’intérêt pour la recherche locale ; la valorisation de la Polynésie française en termes de recherche ; le respect de l’identité des détenteurs de connaissances traditionnelles associées à la ressource prélevée ; la finalité des recherches, autre que celle liée à la composition génétique de la ressource, à peine d’irrecevabilité de la demande », etc. Ouf ! Connaissant la célérité de l’administration de Tahiti, t’en as pour cinq ans au moins. 
La solution alternative ? Tu files aux îles Cook, à Tonga ou à Samoa, îles qui ont la même flore et le même climat, et tu cueilles ta plante sans réveiller une bureaucratie digne de l’ONU.
Une chose est certaine : cette nouvelle “loi de Péï” va assurer que plus aucune recherche biologique ne se fera dans nos îles ! 

L’autre rêve de richesse qui tombe du ciel, en fait la bonne vielle tradition du « cargo culte », est attisée par le sénateur Tuheiava qui s’appuie sur un rapport japonais au sujet des “terres rares”, avec « plus de 78 sites de gisements de terres rares déjà répertoriés entre Hawaï et Tahiti, une manne… Ce qui signifie la présence de 80 à 100 milliards de tonnes de ces métaux dans le Pacifique Sud. » Hélas pour le sénateur, il y a 4 800 km entre Hawaii et Tahiti dont seuls 380 km (200 milles marins) font partie de la Polynésie française, espace que tout ce monde scientifique et industriel évitera avec grand soin pour ne surtout pas déclencher un tsunami bureaucratique et être condamné à nourrir la “caste” de Tahiti…

Bonne lecture, bon courage et merci pour votre fidélité.

A nos lecteurs en France :  ne ratez pas l’émission télé "Archipels" consacrée à Tahiti-Pacifique magazine le samedi 25 février à 20 h 35 sur France O,  TNT canal 19.

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