Sud Ouest 12/08/2012 Par Christian Seguin
Contes sauvages : Zouzou le renard, papa et maman
La nouvelle tombe en mars 2011. Un renard vit en famille avec les poules

Zouzou est-il un renard commun, un Vulpus vulpus, un chiot, une peluche ? Ou un vrai sujet de société ? (Photo Loïc Mazalrey)
Lorsque l’histoire arrive, c’est aussi poignant que « La Petite Fille aux allumettes », le conte le plus noir d’Andersen. Didier Delanes, en avril 2010, découvre au bord de la nationale, à Lamonzie-Saint-Martin, un renardeau de 15 jours collé au cadavre de sa mère. La route a brisé son destin de renard, né pour terroriser les basses-cours, les lombrics et les campagnols.

Zouzou, c’est lui. À partir de cet instant, l’orphelin accède à la civilisation par le biberon et donc à une certaine éducation. Son sauveur l’accueille sur le canapé. Un voyage sans retour. Adieu l’odeur musquée de renard, la frénésie du couple, les terriers, les chasses lointaines. Zouzou sent l’homme. Il ne peut plus habiter dans les sous-bois. Il n’a simplement plus les codes pour survivre, incapable de distinguer un lapin de garenne d’un président d’ACA.

// Désormais, il a son chez-lui. Il jouit du confort moderne. Il se nourrit de croquettes pour chien, fait la grasse matinée, joue avec les enfants, répond à l’appel de son nom, se laisse tripoter et partage sa gamelle avec des poules belles à croquer. Par amitié pour ses hôtes, il ne craque jamais. Au pied, Zouzou ! Même Walt Disney n’y avait pas pensé. Le lama a été domestiqué 3 500 ans avant Jésus-Christ au Pérou, et Zouzou en 2010 en Dordogne.
Il incarne cet Éden introuvable où l’homme bon ouvre la porte à l’animal en détresse. Mais à quel prix ? Car, dans ce monde cruel, nul n’est censé l’ignorer, rôde le glaive de la justice. Découvrant son existence en mars 2011, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage constate surtout l’absence du certificat de capacité nécessaire à l’élevage, et dresse procès-verbal. Pourquoi la famille refuse-t-elle la proposition du procureur d’envoyer Zouzou dans un centre animalier, en attendant d’obtenir ce certificat ? Parce que, « sans caresses, Zouzou va revenir à l’état sauvage ». Ce qui vaut aussi d’ailleurs pour le bûcheron des forêts profondes. Perdre la tendresse peut anéantir l’apprentissage.
Le rut est un souci ? Les Delanes sont prêts à le faire castrer, ce que les vétérinaires refusent en l’absence de… certificat. Zouzou l’ignore, mais ce genre de sauvagerie, inconnue de son milieu d’origine, fait aussi partie de l’humanité.
Le 3 juillet 2011, le tribunal de Bergerac ordonne la confiscation de Zouzou et inflige au couple une amende de 300 euros. Mais, le 8, les gendarmes font chou blanc. L’animal hors du commun s’est envolé.
La famille porte plainte pour vol, donc. Puis la retire. Moins d’un an plus tard, nouveau rebondissement. Une rançon exigée par les ravisseurs ? Non, le sachant en lieu sûr, la famille demande cette fois le droit de reprendre Zouzou en attendant le procès en appel, le 2 octobre à Bordeaux.
Zouzou est-il un renard commun, un Vulpus vulpus comme tant d’autres, un chiot, une peluche, un objet transitionnel, un enfant adopté ? Un vrai sujet de société ? « Redonnons un statut d’animal citoyen, un statut humain et moral au renard », implorent ses défenseurs en août 2011 auprès de Sarkozy, que l’on devine préoccupé par le sujet.
