En Val de Loire, l’étonnant château de Brézé se hisse dans la cour des grands
Quinze ans après son ouverture au public, le château de Brézé (Maine-et-Loire) a su valoriser son étonnant réseau souterrain, "château sous le château", pour doper sa fréquentation et entrer dans la liste des grands sites du Val de Loire avec Chambord ou Chenonceau.

Le château de Brézé, près de Saumur, le 23 juillet 2012 AFP – Alain Jocard
"L’existence d’une première occupation souterraine de Brézé est attestée à partir du 11e siècle, avant même l’édification de la plupart des grands châteaux de Loire", indique Grégory Matheson, le directeur du château privé situé au sud de Saumur, aujourd’hui propriété de Jean de Colbert, un descendant direct du célèbre ministre de Louis XIV.

Entouré des douves sèches les plus profondes d’Europe (18 mètres), le monument, en surface, associe des bâtiments construits en tuffeau sur différentes périodes – Moyen-Age, Renaissance et XIXe siècle – dont une aile est toujours occupée par les actuels propriétaires.

Mais sa singularité principale réside dans l’insolite réseau de cavités et tunnels creusés au fil du temps dans son sous-sol calcaire, pour abriter et protéger hommes, animaux, cuisines, celliers et autres fours à pains.

"Sur les quatre kilomètres que nous connaissons, 1,5 km sont visitables. Mais nous estimons que le réseau s’étend sur huit kilomètres. Nous avons de belles découvertes devant nous", précise Grégory Matheson.

Puits de lumières et d’aération, silos, glacière, écurie, boulangerie, magnanerie (élevage de ver à soie)… Au fil de la visite, se révèle la vie d’une collectivité rompue à l’autarcie et protégée par un système de défense quasi "paranoïaque" selon Nicolas Faucherre, chercheur et universitaire, spécialiste de l’architecture militaire.
Brézé, Maillé-Brézé, Condé, Dreux-Brézé, Colbert: son histoire est intimement liée aux puissantes familles de la noblesse française qui, d’héritages en alliances, s’y sont succédé. Elles ont conforté son architecture défensive tout en embellissant ses appartements, à l’image du très riche cabinet de travail de l’ancien évêque de Moulins, Pierre de Dreux-Brézé.
"Par sa complexité et notamment l’ingéniosité de ses retranchements, Brézé présente une configuration défensive assez extraordinaire et emblématique qui renvoie naturellement à La Fronde et au rôle joué par le Grand Condé" précise l’historien.
