FRANCE – La douce vie des monarques républicains

Courrier International - 10 août 2013 -Frankfurter Allgemeine Zeitung -| Michaela Wiegel
La train de vie de la présidence française vue par des journalistes allemands :
En France, les présidents ont toujours vécu dans le luxe. Les dépenses de l’Élysée n’ont jamais été contrôlées. Aujourd’hui, François Hollande souhaite faire des économies. Du moins, un peu.
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François Hollande faisant un discours à l’Élisée lors d’une rencontre avec des écrivains, le 19 mars 2013 – AFP
Situé à côté du PC Jupiter – le poste de commandement du feu nucléaire installé sous les jardins de l’Élysée – se trouve un des lieux les plus secrets du palais présidentiel : ses caves. Près de 15 000 bouteilles des meilleurs crus français – Châteaux Petrus, Figeac, Ausaune et Yquem – sont entreposées sous ces voûtes.

Depuis 2007, c’est une femme, Virginie Routis, qui choisit quels vins auront l’honneur de la table présidentielle. La chef sommelière de l’Élysée n’est toutefois pas autorisée à faire trop de confidences. Elle dira seulement que tous les vins sont français et qu’ils coûtent moins cher qu’à une certaine époque.

Un budget royal

La Cour des comptes a déjà complimenté le président Hollande pour les six millions d’euros qu’il a permis d’épargner au bout d’un an de mandat en économisant non seulement sur les vins, mais aussi sur les frais de bouche de ses réceptions, les décorations florales, les voyages et autres dépenses. Et pourtant, on ne peut pas dire que le président se soit tellement serré la ceinture. Avec un budget annuel de 102,9 millions d’euros, il peut encore dépenser plus du double que la reine d’Angleterre.

imagesCAXZDKZXDe fait, les présidents français, qui gouvernent depuis le “palais” de l’Élysée, ont longtemps pu régner comme des rois sans couronne. Jusqu’en 2008, les dépenses présidentielles échappaient à tout contrôle. Les diverses majorités au Parlement approuvaient le budget de l’Élysée sans jamais poser trop de questions. Cela ne se faisait tout simplement pas de surveiller les comptes du monarque républicain. Charles de Gaulle jugeait inutile de faire contrôler ses dépenses, et il faut dire que dans son cas, cela n’était pas nécessaire : le général faisait même établir les factures d’électricité de ses appartements privés à l’Élysée et les réglait de sa poche.

Tous ses successeurs n’eurent toutefois pas la même élégance et finirent par céder au cémémonial de cour inspiré par tant de lustres, de colonnes dorées, de pilastres, de damas et de marbres.

Un luxe qui semble plaire à Hollande

Aujourd’hui encore, le président français peut se sentir comme un être élu, constamment devancé par un laquais en livrée, arborant chaîne en or et gants blancs, chargé d’annoncer solennellement : "Monsieur le Président". Les journalistes, dont certains l’avaient traité "d’incapable" en une de leurs journaux, se lèvent désormais respectueusement chaque fois que le président arrive pour une conférence de presse. François Hollande, qui avait promis durant sa campagne d’être un président “normal”, apprécie manifestement toutes ces marques de respect. Alors qu’il s’était engagé, en tant que candidat, à résister aux coulisses monarchiques, le président Hollande s’est bel bien mis en scène, le 14 juillet dernier, devant les allées fraîchement sablées de l’Élysée.

Le président s’accommode dorénavant aussi d’autres privilèges liés à son statut. En 2007, lorsque Nicolas Sarkozy avait investi le pavillon de la Lanterne, non loin du château de Versailles, François Hollande n’avait pas manqué de souligner ses mauvaises manières. Aujourd’hui, il y a lui-même élu domicile après y avoir installé une piscine et un cour de tennis. Et son Premier ministre n’a rien à dire non plus. Cette décision a bien fait tiquer la cour des comptes, mais voilà, il n’y a pas de règles, seulement des coutumes. Et l’une d’elles mettait le pavillon de la Lanterne à la disposition du Premier ministre.

Un vrai contrôle, pour bientôt ?

C’est avec une grande compassion que Bernadette Chirac avait écouté l’ancien chancelier allemand, Gehrard Schröder, expliquer qu’il devait lui-même payer les frais de ses déplacements privés. "C’est monstrueux !", s’était exclamée la première dame à propos de cette “manie du contrôle”. De son côté, son président de mari prophétisait : “Nous aussi, nous en serons là dans quelques années”.

Et effectivement, un député socialiste de Picardie, René Dosière, rêve depuis longtemps de renforcer les contrôles sur les dépenses du plus beau palais de la république. Pour lui, le président ressemble à un “monarque absolu”. Auteur de deux ouvrages sur la question – L’argent caché de l’Élysée (Seuil, 2007) et L’argent de l’État (Points, 2013) -, le député réclame la publication des comptes de l’Élysée. Nicolas Sarkozy avait fini par céder et avait révélé une hausse de 140% de ses propres émoluments.

François Hollande a promis de continuer à réduire les dépenses. Il n’y a que le fromage – rayé de la carte par son prédécesseur – auquel il ne renoncera pas. Une décision qui a réjoui le chef de l’Élysée mais pas sa compagne, Valérie Trierweiler, qui confiait dans un entretien que le président devait faire attention à sa ligne.

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