Le mariage possible de l’islam et de la démocratie

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Les révolutions arabes en cours sont en train d’opérer un tri au sein des mouvances islamistes. Il y a celles qui rejettent catégoriquement la révolution, celles qui s’y adaptent et celles qui l’embrassent dès le départ. De ce point de vue, l’Egypte est un champ d’expérimentation crucial. Car la modernisation du monde arabe sera liée en grande partie à l’émergence ou non de partis démocrates islamiques. Ceux-là devraient être à l’avenir le socle d’une stabilité politique, comme la démocratie chrétienne l’a été pour de nombreux pays européens au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Certains, en Egypte et plus encore hors d’Egypte, craignent l’imposition d’un Etat islamiste au Caire sous l’influence des Frères musulmans. La confrérie, qui a inspiré des courants radicaux par le passé, pourrait en effet être l’un des grands gagnants de l’actuelle redistribution des cartes du jeu politique. Ce risque est réel. Mais rien n’est écrit d’avance. En vérité, il paraît plus probable que le mouvement se recentre ou se scinde sous l’influence d’une jeune génération qui ne veut pas se voir déposséder de sa révolution. Car la révolte arabe contre l’autorité déploie ses effets jusqu’au sein des courants religieux.

Partout, la jeune garde interroge les vieux caciques qui ont trop longtemps collaboré avec les autocrates ou qui ont échoué à les renverser. Elle demande plus de transparence, plus de liberté. Les courants les plus conservateurs, qui avaient jadis le vent en poupe, sont soudain sur la défensive et en partie délégitimés. Il existe plusieurs exemples de démocraties musulmanes: en Turquie, en Indonésie, en Malaisie. Le Coran et la séparation des pouvoirs temporel et religieux ne sont pas forcément incompatibles.

Tout indique qu’en Egypte, comme en Tunisie, une grande partie de la jeunesse musulmane aspire à un islam démocratique plus respectueux des femmes et des lois. Un tel scénario rendrait totalement anachroniques la révolution iranienne ou le rigorisme saoudien. Une telle issue serait également une chance pour l’Europe, où la présence musulmane est désormais une réalité tangible. C’est cette troisième voie, entre la dictature militaire et religieuse, qu’il faut souhaiter voir émerger et soutenir. Pour cela, il faudra en Europe – et en Suisse! – un peu plus de curiosité envers nos voisins musulmans et d’acquisition de connaissances sur leur religion.

 

Frédéric Koller

A propos Frédéric Baylot

MÉDITACTION, BANDE DESTINÉE & POLÉTHIQUE « Fer senzill i lleuger, per més serenitat i alegria. » http://frederic.baylot.org/
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