Estrosi roule carrosse à Paname

Le Canard Enchaîné du 8 mars 2011 – Christophe Nobili
Le député-maire de Nice dispose, à Paris, d’une voiture payée par sa ville et d’un chauffeur qu’il fait venir de la Côte en avion. La classe, non ?
Conseiller municipal de Nice depuis 1983, spécialiste du cumul des mandats , il devra quitter ses fonctions de vice-président à la région PACA en 2002. Elu Maire de Nice en 2007
Mais où est donc passée l’une des deux Citroën C6 du maire UMP de Nice ? Depuis plusieurs semaines, plus personne ne la voit circuler sur la promenade des Anglais. Explication de ce mystère : la confortable berline de fonction de Christian Estrosi, payée par le contribuable niçois pour ses déplacements dans sa bonne ville, se promène … à Paris.
 
« Le Canard » a eu tout loisir de la croiser, ces derniers temps, devant le 101 rue de L’Université, immeuble qui abrite les bureaux des députés, juste derrière l’Assemblée. Comment est-elle arrivée là et qui l’utilise ? C’est une longue histoire qui va encore enrichir l’album de la « République irréprochable » de Sarkozy et de ses amis.
 
Débarqué du ministère de l’Industrie lors de l’avant-dernier remaniement, Estrosi est redevenu, le 14 décembre 2010, simple député des Alpes-Maritimes. Habitué au train de ministre et aux berlines avec chauffeur, le malheureux n’a visiblement pas supporté le choc. Histoire de pouvoir continuer à rouler sa caisse dans la capitale, et pour ne pas emprunter les taxis comme un vulgaire parlementaire, notre frimeur de la Côte a eu une idée de génie : faire venir à Paris sa Citroën C6 municipale. Et la garer sur le parking de l’aéroport d’Orly…
 
Drôle de pistolet
Problème : pas question, pour le pacha de la Riviera, de conduire lui-même sa voiture. Du coup, Estrosi a eu une seconde idée très sarkozyste : « acheminer » un chauffeur de sa mairie de Nice pour qu’il le trimballe dans les rues de Paris les jours de session parlementaire ! Chaque semaine, le dénommé Eric Pistolet, salarié de la ville, se fend donc d’un aller-retour  en avion. Le parcours de ce jeune homme est en général le suivant : départ de l’aéroport de Nice avec la navette Air France, le mardi en fin de matinée, direction Orly. Retour le mercredi en fin de soirée, vers 23 heures, à Nice. Il fallait oser !
 
Le coût hebdomadaire de cette plaisanterie pour la commune de Nice : Plus de 500 euros de billets d’avion, auxquels s’ajoutent les repas du chauffeur et quelque 70 euros pour la nuit d’hôtel (du mardi au mercredi). Le sieur Pistolet a ainsi droit à une piaule réservée dans un petit trois étoiles du XVème arrondissement. Précision : c’est Monique Manfredi, secrétaire particulière d’Estrosi à la mairie, qui se charge d’organiser les séjours parisiens du chauffeur de monsieur.
 
Carnaval de rire
Ultime gag : du côté de Nice, il a bien fallu remplacer la fameuse C6. La municipalité a donc acquis (loué ?), au début de l’année, avec la communauté d’agglomération – dont le président s’appelle Estrosi -, une nouvelle Citroën, modèle « C5 V6 Exclusive ».
Joint par « Le Canard », le cabinet de l’édile a eu quelque peine à expliquer cette drôle d’histoire. Premier coup de rame : il s’agissait de « missions ponctuelles de Christian Estrosi à Paris, avec des rendez-vous en tant que maire de Nice ». Défense de rire, encore, avec cette mission cruciale qui nécessitait une lourde logistique : « la présentation du carnaval de Nice (le 1er février) à l’ambassade d’Italie ». Laquelle se trouve rue de Varenne à dix minutes à pied du bureau d’Estrosi…
 
Second coup de rame : la mairie jure, la main sur le cœur, que la fameuse Citroën C6 ne se trouve plus à Paris aujourd’hui. Seulement voilà : le chauffeur Pistolet, lui, continue bien son aller et retours en zinc ! Pas plus tard que mardi matin (8/3) à l’heure où Le Canard bouclait son numéro, il avait un fauteuil réservé sur le vol Nice- Paris de 11 h 35. Alors, quelle berline conduit-il, désormais, lorsqu’il vient dans la capitale ? Probablement un véhicule loué, toujours aux frais de la mairie de Nice, qui «  ne tient pas à répondre sur ce point .»
Des fois qu’Estrosi se paierait une limousine…
Chers Souvenirs …
En février 2008, « Le Canard » épingle une première fois Estrosi. Pour ne pas louper un cocktail à l’Elysée, l’ex-ministre de l’Outre-Mer retarde un voyage aux Etats-Unis et fait louer un jet privé (138 000 euros) à Dassault Aviation.
Rebelote en mai 2010 : « Le Canard » découvre qu’Estrosi, alors à l’Industrie, occupe deux logements de fonction. L’un à Bercy, l’autre dans le VIIème arrondissement, la fameuse « soupente » où il a  installé sa fifille étudiante. Sans oublier un nid douillet occasionnel à Nice, dans le palais des Rois de Sardaigne, siège de la Préfecture.
Avion privé, triple logement et, maintenant, double voiture de fonction… mais toujours un seul homme, le même.

A propos werdna01

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