Côte-d’Ivoire – A éviter : la contagion autoritaire que comporterait le maintien du président ivoirien sortant.

L’avenir de l’Afrique se joue en Côte d’Ivoire

Laurent Gbagbo n’est pas Francisco Franco, et la Côte d’Ivoire de 2011 n’est pas l’Espagne de 1936. Mais ce qui se joue ces jours-ci à Abidjan, où la guerre civile a déjà commencé, n’est rien de moins que l’avenir de l’idée démocratique en Afrique. Tout comme celle-ci était en cause en Europe lorsque la guerre civile embrasa la jeune République espagnole.
La crise née en décembre 2010 du refus du président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo, de reconnaître la victoire de son adversaire Alassane Ouattara oppose certes deux hommes, mais surtout deux légitimités : celle de la souveraineté populaire s’exerçant par le suffrage universel et celle de la force armée, qui s’est une nouvelle fois exprimée, mardi 8 mars, lorsque M. Gbagbo a fait tirer sur la foule.
Une victoire de la force en Côte d’Ivoire consacrerait le triomphe de la brutalité sur le droit. Elle discréditerait par avance toutes les futures élections en Afrique. A quoi bon aller voter si c’est pour que le vaincu conserve le pouvoir ou s’en empare ?
Or pas moins de dix-huit scrutins présidentiels sont prévus en 2011 sur le continent. C’est dire l’immense risque de déstabilisation et de contagion autoritaire que comporterait le maintien du président ivoirien sortant.
A l’inverse, l’installation de M. Ouattara, président élu, reconnu par l’Union africaine (UA) et les Nations unies, constituerait un avertissement retentissant pour les candidats à la présidence éternelle qui voudraient suivre les brisées de M. Gbagbo.
Affirmer cela ne signifie pas voter à la place des Ivoiriens. Ils se sont exprimés clairement à l’automne 2010. Cela ne suffit pas non plus pour décerner a priori à M. Ouattara un brevet de démocrate. Cela veut dire simplement que la démocratie progressera sur le continent africain lorsque les hommes sauront s’effacer devant les institutions.
Pour autant, il revient aux Africains de conquérir leur démocratie. Un président qui serait imposé par les Occidentaux, ou semblerait l’être, verrait sa légitimité largement compromise. Ce n’est pas le cas de M. Ouattara, qui a été élu à l’issue d’un processus organisé sous l’égide des Nations unies, processus qu’avait accepté M. Gbagbo lui-même au terme de plusieurs années de négociations.
Un demi-siècle après les indépendances africaines, la moindre ingérence des anciens colonisateurs ou des Etats-Unis ne ferait qu’alimenter la rhétorique « anti-impérialiste » dont se pare abusivement M. Gbagbo. L’heure n’est donc pas, comme en 1936 pour l’Espagne, au débat sur une intervention occidentale.
Le processus mis en place par l’UA consistant à charger un « panel » de cinq présidents africains de trouver une sortie de crise pour la Côte d’Ivoire va dans le bon sens. Leurs conclusions, qui doivent être remises, jeudi 10 mars, constituent l’une des – minces – sources d’espoir.
Aider les Africains à résoudre la crise ivoirienne par les Africains est une nécessité et aussi une urgence. Avant que la guerre civile ne provoque l’éclatement de la Côte d’Ivoire, au risque d’embraser ensuite l’Afrique de l’Ouest.
Editorial du Monde Article paru dans l’édition du 11.03.11

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