L\’Allemagne est mûre pour sortir du nucléaire. Pas la France | Rue89

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Des manifestants anti-nucléaire devant la chancellerie à Berlin, le 14 mars 2011 (Tobias Schwartz/Reuters).

Les événements au Japon relancent le débat sur le nucléaire. Plus en Allemagne qu’en France. Outre-Rhin, à lire les éditoriaux dans la presse, les blogs ou à entendre les réactions des auditeurs à la radio, le nucléaire, c’est « nein danke ».

Quand Sarkozy répète qu’il n’est « pas question de sortir du nucléaire », Angela Merkel joue une partie de poker serrée en annonçant pour trois mois un moratoiresur la prolongation de la durée de vie des centrales et la fermeture immédiate des sept réacteurs mis en service en Allemagne « avant la fin 1980 ». Le temps de faire le gros dos face à ce qui pourrait se transformer en orage électoral.

Le 27 mars prochain se dérouleront les élections en Bade-Wurtenberg, deuxième Lander le plus peuplé du pays et fief du parti conservateur d’Angela Merkel (CDU) depuis près de soixante ans. Or, les sondages prédisent un résultat serré. Et le ministre-président sortant, Stefan Mappus, est un fervent partisan du nucléaire.

Sept autres élections régionales vont se tenir en Allemagne en 2011, peut-être huit. Or le Bundesrat, la chambre haute allemande, voit sa composition évoluer en fonction de majorités régionales. La Chancelière y est en minorité depuis l’an passé. Aggraver la situation ne l’aiderait pas à se maintenir en 2013.

L’Allemagne a déjà voté pour la sortie du nucléaire

A la différence de la France, le débat sur la sortie du nucléaire a agité le monde pays à plusieurs reprises rien qu’au cours de la décennie passée. Et se passer de l’énergie nucléaire fait partie du champ des possibles mentaux de nombreux citoyens et hommes politiques allemands.

Il faut dire que là-bas, les 17 réacteurs produisent un quart de l’électricité nationale, contre 80% de notre courant produit par les 58 réacteurs en France.

Il est toujours difficile de tenir des discours sur une autre culture sans verser dans des stéréotypes forcément injustes (pour plus d’info sur les étranges mœurs de nos amis allemands, regardez l’émission « Karambolage » sur Arte). Cependant – et j’assume ma subjectivité –, il me semble que de nombreux Allemands n’aiment pas l’imprévu et l’improvisation. Or, pour de nombreux Allemands, le nucléaire est une source d’insécurité ultime.

Regardons dans le rétro. En 2000, la coalition rouge-verte alors au pouvoir a voté la sortie progressive du nucléaire. En novembre 2010, la coalition libérale-conservatrice emmenée par Angela Merkel était revenue en arrière pour prolonger la durée de vie des centrales allemandes. Jusqu’au drame japonais.

Les énergies renouvelables bien plus développées

Les énergies renouvelables se sont considérablement développées au court des quinze dernières années grâce à un soutien volontariste de l’Etat. Fortement pourvoyeur d’emplois, on estime à 330 000 le nombre de personnes qui travaillent dans ce seul secteur. Au point qu’il est devenu une véritable fierté nationale… et une véritable force de frappe industrielle, notamment à l’exportation.

Par comparaison, 150 000 personnes environ travaillent pour EDF. Les renouvelables produisent aujourd’hui 16% de l’électricité allemande. Trois fois plus qu’en 1997. Les éoliennes, chauffe-eau solaires ou autres panneaux photovoltaïques font partie du paysage.

En Allemagne, la transition vers un modèle énergétique écologiquement responsable n’est pas un fantasme futuriste ou une promesse fumeuse à la Grenelle. Il s’agit d’une réalité quotidienne, visible et tangible – notamment en espèces sonnantes et trébuchantes. La loi allemande permet en effet à de nombreux petits épargnants d’investir leurs économies dans des projets éoliens par exemple.

Très récemment, l’Agence fédérale pour l’environnement a affirmé qu’il était possible et réaliste qu’à technologie équivalente, le pays soit approvisionné à 100% en renouvelable d’ici 2050. Même si ce chiffre a été discuté, il participe d’une petite musique quotidienne qu’entendent beaucoup d’Allemands : un autre concept d’approvisionnement énergétique, celui-ci durable, est possible.

Une opinion bien plus sensible à ces questions

Comme tout les petits Français, j’ai joué dans la cour de mon école, mangé salades et champignons comme si de rien n’était les jours qui ont suivi Tchernobyl, persuadé, comme on me l’expliquait, qu’un providentiel anticyclone nous protégeait des particules radioactives. A la différence de l’Allemagne où des précautions ont été prises. Dans de nombreuses écoles, les enfants ont été privés de bac à sable ou certains aliments ont été interdits à la consommation.

Tchernobyl a été un traumatisme bien plus important en Allemagne qu’il ne l’a été en France. D’autant plus que le mouvement anti-nucléaire était historiquement bien plus vigoureux outre-Rhin.

Ces mouvements ont d’ailleurs connu une seconde jeunesse à la faveur du vote de la prolongation de la durée de vie des centrales en novembre dernier. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Berlin en septembre. Et les blocages de convois de déchets nucléaires connaissent un regain de popularité.

Samedi, 60 000 personnes ont formé une chaîne humaine dans le Bade Wurtenberg. Pas étonnant qu’un récent sondage montre que 70% des Allemands considéreraientqu’un accident comme au Japon est possible en Allemagne. (Voir la vidéo d’Euronews)

A propos Frédéric Baylot

MÉDITACTION, BANDE DESTINÉE & POLÉTHIQUE « Fer senzill i lleuger, per més serenitat i alegria. » http://frederic.baylot.org/
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