Yémen : Ralliement : Le point de non-retour

El Watan  23 mars 2011

 Au pouvoir depuis 1978, le président du Yémen Ali Abdallah Saleh est aujourd’hui lâché par une partie importante de l’armée, sa tribu et des ambassadeurs et cadres.
En effet, des chefs de l’armée yéménite ont annoncé hier leur ralliement à la contestation contre le président Saleh. Selon l’AFP, deux commandants de régions, le général Ali Mohsen Al Ahmar, responsable du nord-est qui comprend la capitale, Sanaa, et le général Mohammed Ali Mohsen, en charge du district militaire oriental, se sont déclarés en faveur des protestataires.                        
Leurs défections sont les premières de cette importance dans les rangs de l’armée. A Sanaa, des dizaines d’officiers ont annoncé leur ralliement au mouvement de contestation populaire. A Aden (sud), deuxième ville du pays, le général Chouaïbi a apporté son soutien à la contestation, en même temps que 60 officiers de la province de Hadramout et de 50 officiers du ministère de l’Intérieur. Et le gouverneur de la province, Ahmad Qaatabi, a présenté sa démission. Le même jour, le plus important chef tribal au Yémen, cheikh   Sadek Al Ahmar, a appelé le président Saleh à «une sortie honorable». «J’annonce, au nom de tous les membres de ma tribu, notre ralliement à la révolution», a déclaré cheikh Al Ahmar, chef de la puissante confédération   tribale des Hached dont fait partie le chef de l’Etat.
Il a demandé au Président «d’éviter l’effusion de sang et d’opter pour une sortie honorable».  Entre-temps, plusieurs diplomates ont fait défection. Ainsi, les ambassadeurs du Yémen en Arabie Saoudite et au Koweït ont annoncé  leur décision de se joindre au mouvement de contestation. «J’annonce mon soutien à la révolution des jeunes et au changement au Yémen», a déclaré l’ambassadeur en Arabie Saoudite, Mohammad Ali Al Ahwal. L’ambassadeur yéménite au Koweït, Khaled Rajeh Cheikh, a déclaré à son tour dans un communiqué qu’en raison «des pratiques sanglantes à l’égard des protestataires», il se joint «à la révolte des jeunes» et soutient leurs revendications. En Europe, des ambassadeurs de plusieurs capitales ont appelé le dictateur de Sanaa pour lui demander de démissionner, a annoncé l’ambassadeur du Yémen en France, Khaled Al Akwaa.
Les diplomates en poste à Paris, Bruxelles, Genève, Berlin et Londres ainsi que le consul à Francfort «ont envoyé un message au président Saleh lui demandant qu’il réponde aux exigences du peuple et démissionne afin d’éviter les effusions de sang», a déclaré Khaled Al Akwaa. L’ambassadeur du Yémen à Cuba s’est aussi joint à ce message, a-t-il   indiqué. «Nous comptons sur la sagesse du Président pour qu’il mette l’intérêt du   pays au-dessus du sien», a-t-il ajouté.  
Même attitude des ambassadeurs du Yémen au Caire et auprès de la Ligue arabe. Ils ont fait défection et «ont rejoint les révolutionnaires», a annoncé un diplomate yéménite dans la capitale égyptienne : Abdel Wali Al Chemiri et Abdel Malek Mansour «ont rejoint les révolutionnaires». Cependant, ils continuent de représenter le peuple yéménite en Egypte et à la Ligue arabe. La contestation a pris de l’ampleur après la mort de 52 personnes lors d’une attaque, vendredi, contre des manifestants à Sanaa. Cette tuerie, attribuée à des partisans du régime, a marqué la journée la plus sanglante depuis le début, fin janvier, de la contestation. Une tuerie condamnée dimanche dernier par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, en visite au Caire. «Le gouvernement yéménite a l’obligation de protéger les civils», a-t-il déclaré, soutenant un «dialogue global». 

 États-Unis. «Ce type de violence est inacceptable» :
       L’Administration américaine a signifié au gouvernement du Yémen que la violence observée ces derniers jours dans la capitale Sanaa est «inacceptable», a indiqué hier la Maison-Blanche, selon l’AFP.
«Notre inquiétude dans l’immédiat est la violence que nous avons vu ces derniers jours», a déclaré le conseiller adjoint du président américain Barack Obama pour la sécurité, Ben Rhodes. «Nous avons signifié au gouvernement du Yémen que ce type de violence est inacceptable», a ajouté Ben Rhodes.
France. «Le départ du président Saleh est incontournable» :
La France a été, hier, le premier pays occidental important à réclamer ouvertement le départ du président Ali Abdallah Saleh. «Il semble aujourd’hui que le départ du président Saleh est   incontournable», a affirmé le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, à l’issue d’une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles.

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