Jean-Paul Delevoy s’alarme de l »usure psychique » au sein de la société française

22 mars 2011 12h07 | Par Alexandra Tauziac, SudOuest.fr
 

La « fatigue alarmante » de la société française selon le Médiateur de la République

[VIDEOS] « Le service public ne porte plus son nom », s’alarme Jean-Paul Delevoye qui relève aussi un clivage entre citoyens et administration. Il craint un « choc des égoïsmes »
 Le médiateur de la République Jean-Paul Delevoy relevait déjà début 2010 une « usure psychique » au sein de la société. Dans son rapport publié ce lundi, il tire un bilan encore plus sombre, parlant cette fois de « burn out » de la société qui perd confiance en l’État.
Avant que sa fonction ne soit englobée dans celle du « défenseur des droits », Jean-Paul Delevoye a voulu alerter une ultime fois, sur RTL notamment. Chargé de régler les litiges entre citoyens et administration, le nombre de dossiers qu’il doit traiter est en constante augmentation. +3,6% depuis 2009. Mais pour lui, plus inquiétant encore, la moitié des quelque 60 réclamations quotidiennes qui lui sont adressées « ne sont pas recevables par le Médiateur » et devraient être « réglées d’un simple coup de fil » auprès « des structures d’aide existantes » ou du « service administratif ad hoc ».
Preuve que « le service public ne porte plus son nom. L’administration a perdu sa capacité à faire du sur-mesure pour les personnes en difficulté ». Un dialogue de sourd entre citoyens et administration qui débouche sur un sentiment grandissant « d’injustice ».
Clivage citoyen/administration
L’abstention record au 1er tour des élections cantonales et la poussée du Front National illustrent ce sentiment. « Je crois que pour beaucoup de citoyens, le débat n’est pas de savoir si le Front national est républicain ou pas, mais de savoir si ceux qui se présentent comme républicains sont efficaces ou pas », explique-t-il. Selon lui « l’expression d’un vote, quel qu’il soit, devrait être portée sur l’intérêt collectif. Or, si nous n’y prenons pas garde on va avoir le choc des égoïsmes ».
Les « restrictions budgétaires », qui se traduisent par « un service dégradé, plus complexe et moins accessible », les « réformes précipitées », « l’empilement législatif »,  les « lois à réaction » et la « jungle normative », accentuent ce phénomène de mécontentement, selon Jean-Paul Delevoye.
Il appuie son rapport sur des exemples concrets, comme des lenteurs dans l’accès au dossier médical des patients, le droit au logement opposable (Dalo) non respecté dans les zones urbaines les plus denses, ou encore des crédits d’impôt trop rapidement remis en cause par l’État.
Il reproche aux hommes d’état de ne pas trouver « de réponse politique à la hauteur » et déplore que face à ce désespoir, « les débats soient minés par les discours de posture et les causes à défendre noyées parmi les calculs électoraux ». Or les citoyens ont « parfaitement compris que les stratégies politiques pour conquérir le pouvoir n’étaient pas très honnêtes ».
Pour remédier à ce clivage de plus en plus profond entre citoyens et administration, il estime que des réformes doivent être envisagées d’urgence. Dans une liste de 22 mesures, il prône avant toute chose de rendre plus lisible, juste, efficace l’attribution des minima sociaux, aujourd’hui déclinés dans un paysage trop complexe de neuf prestations.
L’année 2011, dit-il dans son rapport, « doit être celle de l’éthique, de la transparence pour toutes celles et ceux qui exercent le pouvoir, notamment s’agissant des financements et des conflits d’intérêts ». Car le Défenseur des droits qui lui succèdera ne sera pas un « Zorro » capable de régler tous les problèmes.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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