Front National : Un « siphonnage » qui s’avère coûteux

La Voix Vouzinoise– 10 mars 2011 – Frédéric Courvoisier-Clément 
La France traverse actuellement une des plus graves crises économiques de son histoire.
Plus que jamais, les Français, et surtout les Européens, devraient être unis et solidaires, car il est évident que seule une Europe forte et unie pourra tenir tête et rivaliser face aux mastodontes émergents et à des Etats-Unis qui jouent, apparemment, de plus en plus leur survie économique en spéculant sur la déchéance européenne. Seulement voilà, plutôt que d’affronter courageusement les véritables responsables de ses maux, notre Pays a décidé de cultiver la haine de l’autre et de se trouver des boucs émissaires. Comme le lâche qui en rentrant chez lui après le travail bat ses enfants pour faire passer les humiliations infligées par son chef, la belle et insouciante patrie des Lumières et des Droits de l’Homme s’en prend aux plus modestes des siens. Les cibles sont les pauvres assistés, qui ont l’outrecuidance de profiter de la protection sociale, et bien sûr les hordes d’étrangers, et même de "Français d’origine étrangère" – désignation qui va à l’encontre de tous nos principes républicains – qui viennent manger son pain.
 
 L’UMP et le gouvernement ont tellement fait pour diviser les Français, nourrir les haines, favoriser les discriminations et discréditer l’action politique et le pouvoir, qu’il ne pouvait sérieusement pas en être autrement. Souvenons-nous de la destructrice et populiste campagne électorale de 2007 de Nicolas Sarkozy avec ces clichés sur "ceux qui égorgent les moutons sur les balcons" et "ceux qui ne se lèvent pas le matin". L’UMP pensait avoir, selon sa propre expression, "siphonné les voix du Front National". Aujourd’hui, après avoir tranquillement regardé pendant quatre ans s’enchaîner les affaires politico-financières et les fiascos, Marine Le Pen est venue indiquer aux stratèges de l’Elysée qu’il ne s’agissait en fait pas d’un siphonnage, mais plutôt d’un emprunt dont les intérêts seront indubitablement colossaux. Il faudra rendre à César ce qui appartient à César, et même visiblement un peu plus. 
 
Beaucoup d’autre pays européens sont dans le même cas. Les partis National-populistes d’extrême droite font partout des scores inquiétants, souvent dus, comme en France, aux compromissions et aux stratégies électoralistes des partis de Droite traditionnelle. Il est vrai également que dans l’Histoire de l’humanité, les périodes de crise ont souvent constitué le terreau sur lequel le nationalisme s’est développé. Le repli sur soi et le rejet des autres sont visiblement des réflexes habituels lorsque les temps deviennent difficiles. On sait pourtant comme ces attitudes peuvent être dangereuses. Les Français devraient d’ailleurs mieux que quiconque s’en souvenir, mais ils ne le font pas car ils pensent aujourd’hui pouvoir haïr tranquillement, se croyant, à l’aube de ce 21ème siècle, bien à l’abri des guerres et de leurs atrocités. C’est une erreur ! Ce qui était possible hier, l’est évidemment aujourd’hui. L’accentuation de la crise peut conduire à des tensions internationales qu’une étincelle pourrait transformer en conflits armés. Nous verrions alors, comme l’ont prouvé tous les conflits modernes comme les Balkans, la Tchétchénie, le Rwanda, l’Irak ou l’Afghanistan, qu’en situation de guerre, la barbarie peut s’emparer de soldats et de peuples que l’ont croyait pourtant bien incapables de sombrer dans l’horreur. Nous n’en sommes heureusement pas là, mais il n’est pas inutile de rappeler aujourd’hui que, comme disait François Mitterrand : "le nationalisme, c’est la guerre".
 
Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que si demain nous voulions vraiment combattre les véritables responsables des maux qui nous frappent, nous pourrions aisément le faire. Nous les connaissons tellement bien ! Ce ne sont évidemment pas les quelques centaines ou quelques milliers de Tunisiens, de Libyens ou d’Egyptiens qui, poussés par l’envie de liberté et l’espoir d’avoir une vie meilleure en Europe, débarquent sur les côtes italiennes de Lampedusa. Ce ne sont pas plus les quelques anecdotiques extrémistes religieux qui malheureusement donne une si triste image de l’Islam dans notre Pays. C’est encore moins la poignée d’imbéciles qui profite honteusement des aides sociales et des indemnisations chômage, en faisant oublier et en discréditant les millions de Français qui aimeraient tellement s’en sortir. Non, les vrais responsables de la crise et de toutes ses conséquences ne sont pas ceux-là. Ne nous trompons pas de colère ! Vous trouverez facilement les coupables. Ils s’agitent dans les salles de marchés, s’assoient dans les onctueux fauteuils des conseils d’administration des multinationales, dinent avec les plus grands de ce Monde et arpentent tranquillement les couloirs des ministères et des lieux de pouvoirs en compagnie de nos dirigeants compromis, avant de les inviter à venir passer quelques jours de vacances, à bord d’un jet privé, dans leurs palais ou sur leurs yachts.
 
On nous annonçait récemment une augmentation de plus de 85% des bénéfices des grandes entreprises du CAC40, notamment les banques, les assurances, les sociétés de placements et les compagnies pétrolières. Ceux-là mêmes qui ont mis en danger la stabilité économique du Monde et dont nous avons payé, payons et payerons encore longtemps les dérives, se goinfrent de nouveau copieusement. Ils ont remis en route la machine à spéculer et touchent le gros lot presque chaque jour sur les matières premières et le pétrole, soit, pour être plus clair, sur notre fameux "pouvoir d’achat". Ils sont heureux et "font de l’argent", comme ils disent et comme prévoit également de le faire le Président de la République française, à la fin de son mandat. La planche à fabriquer des milliards d’Euros est remise en route jusqu’à la prochaine crise. Les conséquences ne les inquiètent de toute façon pas, puisqu’ils s’enrichissent presque autant en temps de crise que pendant les périodes de croissance et qu’ils auront toujours le choix de la nationalité la plus intéressante en cas de coup dur.
 
Des chefs d’Etats, dont évidemment le nôtre, avaient pourtant promis de réguler les marchés financiers et de les assainir, pour pouvoir enfin contrôler les spéculateurs. Les G20 et autres sommets internationaux s’enchaînent et pas un pas n’a été fait dans cette direction. Belles promesses devenues de douces plaisanteries … Pendant ce temps, le quotidien de beaucoup de Français, n’est plus que précarité, chômage, problèmes d’accès aux soins et au logement, travailleurs pauvres, sentiment d’abandon et effondrement du pouvoir d’achat. Alors messieurs les responsables politiques de l’UMP et du gouvernement, plutôt que d’organiser des tables rondes sur l’Islam en France ou de travailler des semaines sur les détails de la réforme de l’impôt sur la fortune, occupez-vous donc à résoudre ces problèmes là ! Les Français vous en seront reconnaissants et Marine Le Pen sera alors tout naturellement moins haute dans les sondages.
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