Anna Hazare, nouvelle icône de la lutte anticorruption en Inde | Rue89

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Anna Hazare se repose, devant les micros des journalistes, le 8 avril 2011, à New Delhi (Parivartan Sharma/Reuters).

En partenariat avec Aujourd'hui l'Inde

(De New Delhi) Anna Hazare, un gandhien de 73 ans, a entamé une grève de la faim lundi à New Delhi, pour que le gouvernement adopte une législation plus stricte contre la corruption. Des milliers d’Indiens convergent depuis trois jours vers le centre de la capitale pour le soutenir.

Jantar Mantar était en ébullition pour la troisième journée consécutive mercredi alors qu’Anna Hazare, qui campe sur son « daïs » dans le centre de la capitale indienne depuis mardi, poursuivait sa grève de la faim. Des milliers d’Indiens sont venus soutenir ce militant, devenu le fer de lance de la lutte contre la corruption, tare dont n’arrive pas à se débarrasser le gouvernement indien, qui ne cesse d’accumuler les scandales depuis plusieurs mois.

 

« Il peut y avoir une guerre sociale »

« La corruption est partout, des crèches aux hôpitaux, les gens en ont marre », dénonçait Marvinder Singh Kohli, venu en train de Patiala, au Pendjab, pour participer à la manifestation. Son ami Ashok Kumar, qui a décidé lui aussi de faire le voyage jusqu’à Delhi, met en garde :

« Pour l’instant, c’est un rassemblement pacifique mais je pense qu’il peut y avoir une guerre sociale. »

 

Autour d’eux des manifestants de tous âges agitaient des drapeaux indiens, scandant des slogans contre le gouvernement ou entonnaient le chant patriotique « Vande Mataram ».

Un sosie de Manmohan Singh, qui est parvenu à imiter le premier ministre indien dans les moindres détails, des lunettes carrées au sourire bénin, en passant par le désormais mythique turban bleu ciel du chef du gouvernement, se faisait photographier par des journalistes amusés.

L’estrade où était assis Anna Hazare et devant laquelle une quinzaine de caméramans avaient pris position, était pratiquement inaccessible.

« L’impatience de toute la nation est justifiée »

Héros de tout un peuple depuis l’annonce de sa grève de la faim « jusqu’à la mort » mardi, cet activiste hindou qui réfute toute allégeance politique, exige l’adoption d’une législation anticorruption plus stricte.

Depuis le 5 avril, Anna Hazare demande l’entrée en vigueur du « Jan Lokpal Bill », dont la teneur serait décidée par un comité composé pour moitié de membres du gouvernement et de l’autre de membres de la société civile.

Krishnan Takhar, un étudiant venu de Mumbai pour la manifestation, analyse :

« Ce serait la première fois que des représentants directs du peuple, et non des gens soutenus par les puissants, contribuent à formuler une loi. »

 

Le gouvernement, qui se disait ouvert au dialogue mercredi, a finalement accepté de former un comité « informel » dans les proportions demandées par M. Hazare, avec à sa tête l’actuel ministre des Finances Pranab Mukherjee. Cette proposition a toutefois été rejetée par le militant et ses sympathisants, ces derniers exigeant que leur leader prenne la tête du comité.

Derniers recours, le Satyagraha de Gandhi

Anna Hazare s’en ait pris violemment à différents membres du gouvernement cette semaine, forçant notamment le ministre de l’Agriculture Sharad Pawar – qu’il a accusé d’être corrompu – à démissionner du groupe de ministres (« group of ministers ») chargé de la lutte contre la corruption. Dans une lettre adressée à Manmohan Singh, M. Hazare a exhorté le Premier ministre à « faire preuve de courage et à prendre des mesures sans précédent » :

« Le pays a été témoin de scandales à une échelle jamais vue auparavant. L’impatience de toute la nation est justifiée. »

 

Nouveau symbole de la lutte anti-corruption, Anna Hazare bénéficie d’un soutien grandissant d’Indiens de tous âges et de plusieurs personnalités indiennes comme l’acteur de Bollywood Aamir Khan, l’activiste Swami Agnivesh ou encore l’ancien champion du monde de cricket Kapil Dev.

Mercredi, le militant a expliqué au quotidien The Hindu :

« Le public a recours au Satyagraha [philosophie de résistance pacifique élaborée par Gandhi, ndlr] lorsque toutes les portes sont fermées.

Nos dirigeants, à l’exception de quelques-uns, sont devenus des traîtres. Ils ont oublié les idéaux de nos grands leaders. »

 

Photo : Anna Hazare se repose, devant les micros des journalistes, le 8 avril 2011, à New Delhi (Parivartan Sharma/Reuters).

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A propos Frédéric Baylot

MÉDITACTION, BANDE DESTINÉE & POLÉTHIQUE « Fer senzill i lleuger, per més serenitat i alegria. » http://frederic.baylot.org/
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