La romancière Danièle Sallenave occupera le fauteuil de Maurice Druon à l’Académie française

Danièle Sallenave, la romancière inspirée par Simone de Beauvoir, élue à l’Académie française
Avec Danièle Sallenave, c’est une femme aux talents et aux curiosités multiples que l’Académie française a élue jeudi 7 avril. La romancière a été désignée au premier tour par 18 voix sur 28 votants, contre 5 voix à Jean-Louis Servan-Schreiber, pour succéder à Maurice Druon. Un bulletin était blanc et 4 marqués d’une croix, ce qui signifie qu’on juge le candidat illégitime.
Née à Angers en 1940, Danièle Sallenave est normalienne et agrégée de lettres. Universitaire, elle a longtemps enseigné la littérature. Essayiste, traductrice, romancière, elle a participé à l’aventure de la revue Le Messager européen et a collaboré aux Temps modernes. Elle est l’auteur d’une trentaine de livres et membre du jury Femina.
Parmi ses derniers romans, La Fraga (Gallimard, 2005, prix Jean Giono) a sans doute étonné ses lecteurs fidèles depuis les années 1980, avec La Vie fantôme (POL, 1986) ou Unprintemps froid (POL, 1983). C’est une narration classique, qui commence à Venise à la fin du XIXe siècle et se termine à New York au début des années 1940. En s’éloignant dans l’espace et le temps des thèmes que l’on retrouve souvent dans ses romans – la province française, les ratés de l’existence -, Danièle Sallenave a trouvé un bonheur d’écriture et une liberté nouvelle.
Une liberté que l’on retrouve dans son dernier livre, La Vie éclaircie (Gallimard, 2010). Mi-Mémoires, mi-récit de formation, ce texte est pour partie un retour vers le monde de l’enfance. « Ce que j’ai gardé de ce monde, et qu’il est si difficile de retrouver aujourd’hui, écrit Danièle Sallenave, c’est une certaine lumière et une certaine qualité de silence. (…) Il faut tout faire pourtant pour garder vivant le sentiment de la splendeur du monde sensible.«  Mais c’est aussi une réflexion sur l’existence d’une femme qui a voulu penser sa liberté.
Si une femme, au XXe siècle, a voulu penser sa liberté, c’est bien Simone de Beauvoir, sur laquelle Danièle Sallenave a écrit de nombreux textes, avant de publier en 2008, l’année du centenaire de la naissance de Beauvoir, un passionnant Castor de guerre (Gallimard), un essai biographique, un portrait qui « n’a pas à résoudre énigmes et contradictions ; encore moins à les ramener à l’unité d’une réponse simple, univoque. Les ombres sont essentielles pour lui donner du relief et de la vie. Un portrait se doit de les faire ressortir, non de les résorber. »
Danièle Sallenave a obtenu de nombreux prix, à commencer par le Renaudot en 1980 pour Les Portes de Gubbio (republié chez Gallimard). En 2005, elle a reçu le Grand Prix de littérature de l’Académie française, ce qui la prédisposait peut-être à se présenter, comme elle l’a fait sans succès en 2007.
Passionnée de théâtre
En revanche, se placer dans une certaine filiation avec Simone de Beauvoir ne mène pas nécessairement vers l’Académie française. Et surtout, on peut s’étonner que Danièle Sallenave, si passionnée de théâtre, qui a été proche d’Antoine Vitez, ait brigué le fauteuil de Maurice Druon, dont elle devra faire l’éloge.
Certains se souviennent encore du passage de Maurice Druon au ministère de la culture, en 1973-1974, qui s’appelait alors ministère des affaires culturelles. Après s’être étonné que l’on puisse représenter Les Paravents, de Jean Genet, dans un théâtre public, car « il appartient à l’Etat de faire respecter la liberté d’opinion mais non de financer les adversaires de l’Etat », Maurice Druon avait menacé les directeurs de théâtre « subversifs » de leur couper les subventions, en disant que « les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir ». Ce qui avait provoqué des polémiques, Jean-Louis Barrault parlant même du « clairon de la répression culturelle ». On attend donc avec une grande impatience le discours que fera Danièle Sallenave, dans quelques mois, lors de sa réception.
Josyane Savigneau Article paru dans Le Monde ‘édition du 09.04.11

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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