De la pratique du jardinage biologique

Notre-planète.info – avril 2011 – Gilles
Pour beaucoup, cultiver bio signifie simplement ne pas utiliser de produits chimiques. Pourtant ce n’est pas suffisant, le jardinage biologique implique en réalité une approche et une gestion radicalement différente.
Bio ?
Etymologiquement « bio »  (du grec « bios ») signifie « vie ». Cultiver bio implique donc un respect de toutes les formes de vie en présence : minérales, végétales, microbiennes, animales et humaines. Ce n’est pas là une simple question de principe mais bel et bien une condition de base à un bon équilibre du microenvironnement que constitue un jardin (ou une exploitation agricole).
Les maladies ou autres invasions de « nuisibles » résultent toujours d’un déséquilibre. Ces déséquilibres sont la conséquence directe de la disparition de zones enherbées, des friches, de tas de bois ou de pierres, des mares… Autant de niches écologiques pour des nombreuses espèces animales garantes d’un équilibre naturel.
Ainsi, la Vie, sous toutes ses formes, devrait être au centre des préoccupations de tout jardinier ou agriculteur biologique. Mais qu’en est-il en réalité ?
Le jardinier (même bio) est persuadé qu’un jardin doit être impeccable. Les « mauvaises herbes » (en bio, on préfère le terme « adventices ») ou autres ronciers n’ont pas leur place dans son royaume, les mulots, taupes ou autres serpents sont combattus sans relâche, les mares asséchées car source de moustiques… En faisant cela, le jardiner (bio ou non) pense bien faire et est fier de montrer son jardin parfaitement entretenu. En réalité, il détruit complètement ce fragile équilibre naturel, ce qui engendre inévitablement des maladies et attaques parasitaires. Il se voit donc contraint par la suite d’utiliser des produits de traitements. Bien sûr, ces produits peuvent être naturels et autorisés en bio (et c’est évidemment préférable).
Les conséquences de l’utilisation de certains produits autorisés en bio
Pourtant, même d’origine naturelle, certains produits  ne sont pas sans conséquences pour la vie.
Ainsi, les pyrèthres naturels (extrait de fleurs de pyrèthre, plante du genre Chrysanthème), couramment utilisés comme insecticides en jardinage bio, sont certes inoffensifs pour les animaux à sang chaud mais ils sont toxiques pour les poissons et  tous les insectes, y compris les auxiliaires tels que nos précieuses coccinelles (que l’on réintroduit artificiellement par la suite !).
De même, la roténone (extraites des racines de légumineuses tropicales),  du fait des ces mêmes toxicités, est aujourd’hui exclue du cahier des charges de l’agriculture biologique mais reste dans les rayons des produits bio destinés aux  jardiniers amateurs…
La bouillie bordelaise, fongicide bien connu, également autorisée en agriculture biologique est également sur le point d’être exclue du cahier des charges de l’AB (dès qu’un autre fongicide naturel efficace sera reconnu) du fait de l’accumulation de cuivres constatée dans les sols. Pourtant, inconscients des conséquences de son utilisation sur la terre (et donc sur la santé), les jardiniers amateurs l’utilisent fréquemment et souvent à des doses supérieures aux doses prescrites.
Les bonnes pratiques
A ces produits, nous préférerons préserver des zones « sauvages » dans le jardin et limiter le désherbage (manuel) aux premières phases de développement des cultures à fort développement  (ces plantes se satisfaisant parfaitement d’un certains enherbement à leurs pieds)  assurant ainsi un équilibre propice au bon développement de nos végétaux et limitant les attaques.
Une population quelconque n’est en effet nuisible que si elle se trouve en quantité supérieure à ce qu’elle devrait ; ce qui n’est jamais le cas dans un jardin (ou une exploitation) ou l’on a pris soin de préserver des zones enherbées, des friches, des tas de bois, une mare… Les populations se régulent alors par elles-mêmes, de la façon la plus naturelle qui soit. Par ailleurs, certaines plantes sauvages peuvent attirer des « nuisibles » et préserver ainsi nos cultures.
J’ai par exemple observé l’été dernier la présence de colonies de pucerons sur des chardons volontairement préservés. Mes cultures sensibles telles que concombres ou fèves en était indemnes, alors que celles de mes collègues en étaient infestés. Au bout de quelques jours, ces colonies de pucerons avaient pratiquement disparues.
L »utilisation préventive de préparation à base de plantes est également recommandée. Les purins d’ortie ou de consoude sont aujourd’hui bien connues pour leurs facultés à renforcer la résistance des plantes aux maladies ou autres attaques parasitaires. La prêle est également relativement efficace en préventif contre le mildiou ou autres maladies cryptogamiques.
Des infusions à base de plantes agissent efficacement comme répulsifs. Ces préparations sont trop nombreuses (car spécifiques à tel ou tel autre insecte) pour être détaillée ici. Je conseille à ce sujet « Soigner le Jardin avec les Plantes » de Philippe Delwiche (édité par Nature et Progrès).
Pour conclure
Contrairement à ce que beaucoup pensent aujourd’hui, l’homme ne domine pas la Nature et ne la dominera jamais. Une pratique intelligente du jardinage intègre cette donnée fondamentale et consiste à accompagner plutôt que de vouloir maîtriser.
Observez et laissez faire la nature, vous serez surpris des résultats.
Sources

A propos werdna01

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