OFDT – Jean-Michel Costes, l’un des meilleurs spécialistes des questions de toxicomanies ne sera pas reconduit à son poste …

Le directeur de l’Observatoire des drogues et des toxicomanies est remercié.
Le gouvernement s’apprête à mettre fin aux fonctions d’un des meilleurs spécialistes des questions de toxicomanies. Selon nos informations, le directeur et fondateur de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), Jean-Michel Costes, ne sera pas reconduit à son poste, vendredi 8 avril, lors du conseil d’administration de l’organisme. M. Costes, qui dirigeait l’OFDT depuis seize ans, ferait les frais de divergences de conception avec le président de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Etienne Apaire. Des divergences qui se sont notamment exprimées sur le traitement, sensible pour le gouvernement, des informations sur la drogue et les addictions.
L’OFDT est un organisme public réunissant des chercheurs qui collectent, produisent et analysent les données épidémiologiques sur les drogues, l’alcool et le tabac. Depuis sa création, en 1993, il est devenu l’institution de référence sur les questions de drogue : que ce soit sur le cannabis, les drogues de synthèse ou les stimulants, comme la cocaïne. Ses observations forment un corpus scientifique qui fait consensus, malgré le caractère très polémique du sujet. « Le diagnostic que nous avons réussi à établir est partagé par tout le monde, parlementaires, observateurs et scientifiques », souligne M. Costes, qui a cherché, pendant son mandat, « à rester en dehors de l’influence du politique pour sauvegarder l’indépendance scientifique » de l’observatoire.
Selon M. Costes, cet équilibre fragile a été progressivement rompu après l’arrivée de M. Apaire, magistrat, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère de l’intérieur, nommé à la tête de la Mildt en 2007. Bras armé des pouvoirs publics sur la drogue, la Mildt coordonne les actions gouvernementales en matière de prévention et de lutte contre les addictions. C’est aussi le principal financeur de l’OFDT : « Depuis l’arrivée d’Etienne Apaire, les relations sont très difficiles, explique M. Costes. Il y a d’abord eu la suppression de notre collège scientifique, qui n’a jamais été renouvelé. Et, surtout, beaucoup de tensions à propos des données que nous rendions publiques, et que la Mildt cherchait à communiquer comme elle l’entendait. » Le conflit s’est notamment cristallisé sur les salles de consommation, ces lieux déjà ouverts à l’étranger où les héroïnomanes peuvent venir s’injecter de la drogue sous contrôle sanitaire. M. Costes avait participé, en 2010, à l’expertise collective de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) préconisant l’expérimentation de ces salles, alors que M. Apaire y était farouchement opposé. Quelques jours avant que l’Inserm rende ses conclusions, M. Apaire avait avancé la publication d’une enquête de l’OFDT insistant sur le fait que 73 % des personnes interrogées étaient défavorables aux salles de consommation. « La communication était univoque : impossible de nuancer et d’expliquer que, quand on prend le temps d’exposer le principe des salles de consommation au public, les personnes passent d’une opposition de principe à un soutien pragmatique », explique aujourd’hui M. Costes.
Contacté, le président de la Mildt récuse toute instrumentalisation des données de l’OFDT. « Il n’y a jamais eu de restrictions dans la communication, il n’y a pas de sujet là-dessus, affirme-t-il. Mais s’il y a une nécessité d’indépendance dans l’observation, il faut une objectivité dans l’interprétation. » Pour M. Apaire, M. Costes « n’a pas démérité, mais l’OFDT a besoin d’un élan supplémentaire. Il doit s’ouvrir à la recherche, notamment par le biais de publications internationales ».
Cet axe stratégique avait été proposé par M. Costes en 2010, sans succès. Vendredi, le conseil d’administration devrait désigner Maud Saporta, polytechnicienne, médecin de santé publique, qui travaille actuellement pour Sanofi, à la tête de l’OFDT.
Article paru dans l’édition du 07.04.11 Cécile Prieur | lemonde.fr| © Le Monde.fr
 

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