La politique Sarkozy vue par les économistes

Emmanuel Cugny – 08:35 France Info 20 avril 2011
En déplacement dans les Ardennes hier, le Président de la République en a profité pour revenir sur la problématique du pouvoir d’achat. Primes, niches fiscales, ISF… question, ce matin, Emmanuel : quel regard les économistes portent sur la politique de Nicolas SARKOZY ?
Je ne sais pas si vous vous souvenez mais, il y a deux ans, alors que la France était au creux de la vague économique mondiale, les plus critiques disaient en substance : « la crise permet de masquer l’échec des réformes annoncées en 2007 et on verra réellement les conséquences quand l’économie repartira ». Aujourd’hui malgré un certain frémissement de la conjoncture – pour l’instant difficilement perceptible au niveau national – la plupart de ces économistes n’a pas changé d’avis et continue à dire que l’exécutif est incapable de moderniser le marché du travail, que la France a perdu en compétitivité et que les déficits se sont creusés. Nous voilà arrivés au cœur du problème : on parle de l’amorce d’une reprise de l’économie mais tous les pays dont la France doivent se mettre à la diète.
Vous voulez dire que le contexte économique global douche les ambitions de réformes de Nicolas SARKOZY ?!!
Ce n’est pas aussi tranché mais, quelles que soient leurs sensibilités, les économistes reconnaissent que les marges de manœuvre sont extrêmement réduites. Prenons l’exemple qui fait l’actualité : le pouvoir d’achat et la prime de 1000 euros. Hier dans les Ardennes, Nicolas SARKOZY est allé de nouveau vanter les mérites du partage des dividendes. Exercice difficile car il y a, certes, le discours tenu pendant la campagne électorale de 2007 mais, en face : des patrons qui refusent que l’Etat ne vienne marcher sur leurs plates-bandes. Après tout, le secteur privé, c’est le secteur privé ! Quel est alors le seul levier d’action pour le Chef de l’Etat, celui sur lequel il a un réel pouvoir ? : c’est le salaire des fonctionnaires. Là encore, il se retrouve coincé : comment augmenter les salaires du secteur public alors que le pays doit faire des économies pour ne pas alourdir ses déficits sous peine d’être montré du doigt par la communauté financière internationale ?! On pourrait ainsi multiplier les exemples dont celui des impôts qui n’ont pas pu baisser parce que, crise oblige, les recettes fiscales ont chuté.
Comment faire alors ?
Et bien comme le dit un des observateurs sondés : « la crise doit être le moyen de renouveler la politique économique ». Facile à dire, pas facile à faire. Beaucoup ne parviennent pas à dégager une ligne directrice dans le programme du chef de l’Etat : il y a un feu d’artifices de mesures mais pas de véritable colonne vertébrale. En revanche, des mesures précises sont saluées, comme le renforcement d’OSEO (la structure publique qui aide les entreprises innovantes…), ou la réforme des niches fiscales. Mais il est tard… Nicolas SARKOZY aurait dû, et pu, s’y prendre plus tôt… on aurait gagné du temps, de l’énergie et de l’argent. Un économiste conclue : ce qu’a fait Sarkozy, un candidat de gauche libéral aurait pu le faire. La critique est facile, l’art est difficile… d’où une dernière idée : rendre plus homogène les décisions politiques et le travail des économistes pour ne pas agir dans l’urgence… c’est à dire ne pas se cantonner au seul temps politique.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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