Claude Guéant : la peur est son métier !

Charlie Hebdo du 27 avril 2011 – Gérard Biard 
Le premier qui prononce le mot « proximité » est un homme mort, parole de Claude Guéant. Pas question, pour le ministre de l’Intérieur, de laisser dire qu’avec ses flics « patrouilleurs » il réactive un dispositif socialolaxiste. La police de proximité est morte le 3 février 2003 à Toulouse, exécutée à bout portant par Nicolas Sarkozy en personne. Et ce n’est certainement pas lui, le chevalier Guéant, le croisé présidentiel qui a arrêté les Sarrasins à Vintimille, qui la ressuscitera. D’ailleurs, il a bien précisé que la mission de ces policiers ne sera pas de « se transformer en assistants sociaux », paraphrasant avec servilité son chef bien-aimé, qui lui, avait décrété que les forces de l’ordre n’étaient pas là pour « organiser des matchs de football ».
  
Claude Guéant n’a pas de souci à se faire. Même si, à première vue, sa « police de quartier » ressemble à celle mise en place par le gouvernement Jospin, même si ses flics iront par deux, « à pied, en vélo, en rollers ou en voiture », et seront entre autres chargés « d’entretenir le contact avec la population, d’observer et d’écouter », il n’y a aucun risque qu’on se méprenne sur leur fonction, pas plus que sur les intentions de leur créateur. Leur nom, qui n’a certainement pas été choisi au hasard – on connaît assez l’importance accordée au vocabulaire et aux « éléments de langage » dans l’entourage élyséen -, ne laisse planer aucune ambiguïté. Patrouilleurs…
 
A Paris comme à Misrata
Une patrouille, ça n’évoque pas vraiment la proximité, le dialogue, l’écoute, la médiation. Ca évoque la tension, le danger, l’embuscade, le sang et la poudre, bref, la guerre. Contrairement à ce que prétend Guéant, il n’attend pas de ses flics patrouilleurs qu’ils créent « un climat, une ambiance de sécurité », amis exactement l’inverse. Il attend d’eux, qu’ils confirment aux français, par leur seule appellation, qu’ils ont raison d’avoir peur, qu’un ennemi rôde, prêt à leur tomber dessus à tout moment. On n’envoie pas des patrouilles dans les rues d’une démocratie en paix, on envoie des patrouilles dans les zones de conflit ou dans les zones à risques.
 
Que certains quartiers, certaines cités, soient le cadre régulier de violences et soumis à la loi du plus fort, – et accessoirement du plus con – imposée par des « bandes organisées », comme on dit au journal de Jean-Pierre Pernaut, personne ne le conteste. Mais Guéant veut faire croire que toute la France est en état d’alerte, qu’à chaque coin de rue on peut se faire dégommer par un sniper, égorger par un mercenaire, enlever par un rançonneur, que nous sommes tous destinés à nous retrouver dans la rubrique faits divers… Après avoir dit que les Français ont « le sentiment de ne plus être chez eux », il dit aujourd’hui qu’ils ne sont plus en sécurité nulle part.
 
Au fond, Guéant se fout bien de savoir ce que feront concrètement ses « patrouilleurs ». A la limite, ils peuvent bien s’adonner à l’assistanat social si ça les amuse. Leur nom seul suffit à son bonheur. Il assume sans états d’âme les contradictions d’une politique qui s’affirme sécuritaire, mais qui a supprimé près de 11 000 postes de policiers et gendarmes en quatre ans. Le but recherché, ce n’est pas une police efficace, c’est une France terrifiée. Une France paranoïaque, qui se vit assiégée, envahie d’immigrés, rongée par le crime, la délinquance et les violences.
 
Visiblement pas découragé par sa dégringolade dans les sondages et contraint à la surenchère par ses propres manœuvres électoralistes, Nicolas Sarkozy semble convaincu qu’il sera réélu, non plus sur une promesse de sécurité, mais sur une psychose d’insécurité, entretenue et, au besoin, renforcée.
 
Il ne s’agit plus seulement de plagier les idées du Front national, mais de s’inspirer de sa stratégie électorale. Si ça continue, il va se teindre en blonde…

A propos werdna01

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