Vivre libre de Claire Gallois : Du désespoir à la révolte

 En retraçant dans Vivre libre le parcours de Mohamed Tarek Bouazizi, 26 ans, devenu – malgré lui – le héraut de la révolution tunisienne, Claire Gallois fait la lumière sur les événements qui ont conduit le peuple tunisien à se soulever contre la dictature.
Dans ce texte court et engagé, la romancière rappelle que la « révolution du jasmin » a fleuri sur les flammes du désespoir. Celui qui a poussé Mohamed à s’immoler en face de la préfecture de Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010.
« Un choc considérable » pour Claire Gallois. Qui nécessitait d’écrire ce petit livre d’opinion. Car, selon l’auteur, le geste et son exécution n’ont rien d’anodin. Pour ce petit vendeur à la sauvette, dont la marchandise avait été saisie pour la énième fois, l’immolation était perçue comme l’« ultime protestation contre l’insoutenable ». La seule issue possible pour échapper aux tracasseries policières et aux humiliations.
Le seul tort de Mohamed était de vouloir obtenir une autorisation officielle pour continuer légalement son petit commerce et subvenir aux besoins de sa mère et de ses six frères et soeurs. Un rêve trop ambitieux dans la Tunisie de Zine El-Abidine Ben Ali. Surtout quand, comme lui, on n’a pas les moyens de se plier à la corruption du régime, au « bakchich » généralisé.
Le geste de désespoir de Mohamed Bouazizi aurait pu rester au rang de fait divers tragique si des millions d’autres Tunisiens n’avaient pas partagé sa détresse. Un mal de vivre dont Claire Gallois dénonce – sans ménagement – le coupable : le système Ben Ali.
Elle décrit une dictature impitoyable et sournoise, rongée par la corruption et le népotisme. Où les richesses et les médias sont concentrés dans les mains d’un petit cercle. Où la censure règne. Où, malgré un niveau d’éducation exemplaire – le taux d’alphabétisation est de 83 % -, le taux de chômage des 15-29 ans s’élève à 72 %.
Mohamed, lui, a sacrifié ses études pour nourrir les siens. Sans horizon, il a opté pour la solution ultime : attenter à sa vie. Il mourra le 4 janvier, au centre de traumatologie des grands brûlés de Ben Arous, dans la banlieue de Tunis. Mais celui qui pensait sombrer dans l’oubli « est entré dans la légende ». Les flammes du désespoir ont « allumé l’espoir ». Ni la mascarade communicationnelle de Ben Ali, ni ses promesses de distribution de grâces ne l’éteindront.
Le courage du peuple
Des premières émeutes au lendemain de l’autodafé à la fuite précipitée de Ben Ali, le 14 janvier, l’essayiste revient sur ce vent de révolte lancé par la jeunesse qui a soufflé sur le pays. Mis un terme à vingt-trois ans de dictature… et essaimé en Egypte, en Algérie, au Yémen, en Iran, en Libye, à Bahreïn…
Au-delà du seul cas de Mohamed Tarek Bouazizi, c’est le courage du peuple tunisien dans sa totalité que salue Claire Gallois. Elle rend aussi hommage à Rachid Ammar, ce chef des armées qui a refusé de tirer sur la foule. Surtout, elle lance un appel pour que la Tunisie ne « laisse pas faner la fleur du jasmin avant qu’elle n’éclose ». Après avoir refusé que la transition soit faite par des personnes qui appartenaient au gouvernement Ben Ali et récusé son parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le peuple tunisien semble aujourd’hui maître de son destin.
A l’heure où certaines révolutions sont réprimées dans le sang, Vivre libre apparaît comme un cri en faveur de la démocratie. Pour Claire Gallois, « la caravane de la liberté ne s’arrêtera pas là ».
Vivre libre de Claire Gallois,  L’Editeur, 32 p. 4 euros
Pauline Machard Article paru dans l’édition du Monde le 22.04.11

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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