UDAF 17 – Familles au bord de la crise

Sud Ouest 30 avril 2011 06h00 | Par pierre-marie lemaire

Plan d’économies et suppressions de postes : l’UDAF 17 est touchée à son tour par la crise du secteur social. Des salariés mettent en cause sa gestion et son mode de fonctionnement.
L’union départementale des associations familiales de la Charente-Maritime est rattrapée à son tour par la baisse des financements publics qui affecte l’ensemble du secteur médico-social. Son conseil d’administration a annoncé en mars des mesures de rigueur destinées à remettre le lourd navire à flots. Elles prévoient notamment la suppression de cinq postes, trois licenciements économiques et deux départs volontaires, dont celui de Jean-Luc Gauthier, directeur général depuis 15 ans.
La nouvelle a semé l’émoi parmi le personnel. Une cinquantaine de salariés se sont invités à la réunion que le CA tenait mardi dernier au siège de Lagord pour y exprimer leur « indignation » et leurs « inquiétudes ». Ils ont lu une sorte de motion de défiance dans laquelle ils demandent le départ des deux directeurs généraux et la démission du conseil d’administration.
Déficit chronique
9 millions d’euros de budget, 192 salariés : l’Udaf 17 est l’une des plus grosses institutions de la Charente-Maritime. Elle revendique 65 associations adhérentes qui rassemblent 5 800 familles. Elles étaient deux fois plus nombreuses il y a quinze ans. Médiation, logement, aide à domicile, tutelles, rien de ce qui concerne la famille ne lui est étranger.
Son budget repose à 90 % sur les financements de l’État. Et c’est bien là que le bât blesse. « Nous sommes touchés comme d’autres par la réforme en profondeur du secteur médico-social, affirme Marie-Laurence Ramaïoli, la présidente. Des projets ne sont plus financés, des postes budgétés, des dotations réévaluées. Un exemple, nous avons perçu en 2010 une dotation pour notre service de tutelles inférieure à ce qu’elle était en 2006. »
Depuis 2008, l’UDAF 17 souffre de déficit chronique. « Il a atteint 140 000 € l’an dernier, précise Carol Connan, directrice générale adjointe. Et il aurait été deux fois plus lourd sans une recette exceptionnelle. Il s’agit d’un déficit structurel que nous ne pouvons laisser filer sous peine d’obérer l’avenir. »
L’Udaf maîtrise ses charges, assurent ses responsables, mais cela ne suffit pas à équilibrer les comptes. D’où la nécessité de tailler dans le vif. « Ce n’est pas de gaieté de cœur, c’est même une première chez nous et je comprends l’émotion des salariés. Mais il faut relativiser aussi : on parle de cinq suppressions de poste sur près de 200 salariés, dont deux départs volontaires. Et puis, si j’ai bien compté, la motion dont il est question ne porte que 49 signatures. »
Armée mexicaine
Les salariés, on s’en doute, n’ont pas la même vision de l’histoire. Si l’Udaf 17 a basculé dans le rouge, disent certains, c’est à cause « d’une gestion hasardeuse, voire peu transparente. »
Des exemples ? En 2008, le directeur est promu directeur général, quatre chefs de service deviennent directeurs. Ces promotions ont « profondément alourdi les dépenses de personnel » qui représentent aujourd’hui 85 % des dépenses de l’association. En 2009, la liquidation d’une entreprise d’insertion, créée deux ans plus tôt malgré l’opposition des tutelles, a laissé une ardoise de 130 000 €. Et puis il y a l’inflation des voitures de fonction, la mutuelle d’entreprise plus favorable aux cadres qu’aux simples salariés, etc, etc.
À entendre les salariés en colère, l’Udaf est devenue une sorte d’armée mexicaine, où les cadres sont légions et où le fossé entre la base et la hiérarchie ne cesse de se creuser. Sans oublier le « mépris » dont ils se disent l’objet. La psychologue dont le poste doit être supprimé s’est vu proposer comme reclassement 15 heures par mois de bricolage et de jardinage pour 225 euros bruts, ou un mi-temps d’aide à domicile pendant un mois. Pour un gestionnaire de tutelles, c’est un poste d’animateur du RSA.
Saisie par plusieurs salariés, la médecine du travail aurait lancé l’hiver dernier une alerte sur les risques psychosociaux au sein de l’entreprise. Gros malaise. Dont l’annonce du plan de rigueur a servi de détonateur.
« Garantir l’avenir »
Marie-Laurence Ramaïoli dit « avoir entendu la colère du personnel ». « Les inquiétudes sont compréhensibles. Des propositions seront faites lors de la prochaine réunion du comité d’entreprise. »
Mais sur le fond, la présidente maintient la nécessité pour l’Udaf 17 de se restructurer « pour retrouver une situation saine et garantir l’avenir ». « La donne a changé. La dotation globale a entraîné une baisse des financements. Nous sommes passés d’une logique de moyens à une logique de résultats, à nous de nous adapter aujourd’hui pour ne pas disparaître demain. »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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