Bayonne : un prévenu en état de manque gazé au tribunal – Le juge gaze un prévenu, la police obéit : une complicité écoeurante.

Sud-Ouest 06 mai 2011 Par Emmanuelle fère
Un homme en état de manque a été « calmé » au gaz
Me Myriam Unal, avocate de Nicolas, 18 ans, est finalement parvenue à l’apaiser. PHOTO E.F
Il est des audiences comme des jours en geôle Interminables. Ainsi, au tribunal de Bayonne, hier après-midi, avec cette affaire de petit trafic de stupéfiants. Mais derrière les débats, on entend très distinctement des coups sourds, et des vociférations. Ils proviennent de la « souricière », cette geôle au sous-sol pour les prévenus en détention provisoire.
Une bonne heure et demie plus tard, le vacarme n’a pas cessé. Il est même monté d’un étage et de quelques dizaines de décibels. Dans la salle des comparutions immédiates, un homme jeune, torse nu, se tord de douleur en même temps qu’il crache des insultes au visage des policiers qui l’entourent. « Je vais les crever. Ils m’ont gazé putain. Ils se sont mis à trois sur moi et il y a un c… qui m’a gazé. » Il s’éponge les yeux, et à la fois se débat comme un diable.
De la semi-nudité du prévenu, de son état de souffrance évident, de ses cris de bête que l’on égorge, on ne sait ce qui est le plus choquant dans une salle d’audience. Les policiers se tiennent à quelques mètres, les magistrats se sont retirés dans l’arrière-salle. Me Myriam Unal, l’avocate du prévenu ne le quitte pas. Avec Me Colette Capdevielle, elle maintient le contact avec l’homme en crise de nerf, qui vient de se frapper la tête contre les murs pendant trois heures. Elles le touchent pour le rassurer, et lui prodiguent des soins, de fortune.
« Inhumain et dégradant»
La dose de gaz lacrymogène administrée au détenu n’a manifestement pas été dosée. Ceux qui l’approchent sont pris de picotements des yeux, d’irritations de la gorge. La salle d’audience a des relents de manifestation qui aurait mal tourné. Le grand-père du prévenu a les yeux rougis. Son avocate, après être parvenue à le calmer, s’échappe quelques minutes pour se laver les yeux, bouffis par l’irritation.
« Traitement inhumain et dégradant », entend-on dans les rangs des avocats. « Ce n’est pas du gaz dont il a besoin mais d’un médecin », lance Marie-Hélène Ville, la présidente de l’audience de comparution immédiate. Quant au président du tribunal de grande instance, Alain Tessier-Flohic, il confirme que c’est lui qui a donné l’ordre de gazer le prévenu, tout en faisant visiter les geôles. « Quand vous avez un énervé de première, en train de casser la geôle en bas pendant deux heures, au bout d’un moment, on se sent obligé d’employer la force. C’était le gaz ou la piqûre, mais ce n’était pas possible car il allait comparaître. »
Nicolas, le prévenu a eu 18 ans en octobre dernier. Il habite le Pays basque intérieur, chez ses grands-parents, présents hier. En détention provisoire depuis lundi soir, il comparaissait pour six vols à l’arrachée, commis depuis le début de l’année, à Biarritz et à Bayonne. Nicolas connaît bien le juge des enfants, et que trop les stupéfiants – cocaïne, résine de cannabis, etc.
Encore gosse aux yeux bleus ébahis, déjà un peu boxé par la vie, Nicolas avait demandé hier à comparaître dès 14 heures. Phobie de l’enfermement, envies déclarées de suicide. En sevrage depuis deux mois. « Ils ne m’ont pas donné le bon dosage de cachets à la maison d’arrêt », a t-il dit lorsque l’audience a finalement repris, après intervention des pompiers, et du Samu. Nicolas comparaîtra mardi a t-il été décidé. Il a été maintenu en détention. Remenotté. « Je ne peux pas voir mes grands-parents ? Je ne peux rien faire alors ? » Et encore ce regard traqué, sans réponse
  Le juge gaze un prévenu, la police obéit : une complicité écoeurante.
Le Post 07/05/2011 capusliber
Un toxicomane de dix-huit ans devait être jugé en comparution immédiate (procédure expéditive réserve aux flagrants délits) devant le TGI de Bayonne. On lui reprochait des vols à l’arraché.

Le président du TGI de Bayonne, Alain Tessier-Flohic, est un homme qui ne badine ni avec l’ordre, ni avec la justice : comme le prévenu, en manque, hurlait et se débattait dans la cellule où il était gardé à vue, le magistrat a tout simplement ordonné à l’escorte policière de l’asperger avec du gaz lacrymogène ! Dont acte : quand on donne à la police l’ordre de torturer un prévenu, elle ne se le fait pas dire deux fois…

Et elle n’y va pas avec le dos de la cuiller, la police ! D’après la journaliste de Sud-Ouest qui rapporte cette affaire, « la dose de gaz lacrymogène administrée au détenu n’a manifestement pas été dosée. Ceux qui l’approchent sont pris de picotements des yeux, d’irritations de la gorge. La salle d’audience a des relents de manifestation qui aurait mal tourné. Le grand-père du prévenu a les yeux rougis ».

Heureusement, la présidente d’audience, Marie-Hélène Ville, a réagi immédiatement en suspendant l’audience et en appelant les services médicaux d’urgence. Que soit saluées ici l’intégrité et l’humanité de ce magistrat.

Interrogé sur l’affaire, Alain Tessier-Flohic ne voit pas pourquoi on fait tant d’histoire : « on pouvait soit le ramener à la raison, soit lui faire administrer une piqûre par un médecin, mais, en ce cas, il n’aurait plus été en mesure de se défendre. Nous avons choisi une autre solution pour qu’il puisse comparaître : le gaz pour le neutraliser ».
C’est clair, net, et, si j’ose dire, sans bavure : on pourrait penser cette dernière phrase tirée du livre de Littel, Les bienveillantes

Marie-Hélène Ville n’a pas hésité, elle, à dénoncer une « affaire gravissime », des « procédés inhumains et dégradants »,sans craindre d’affronter  ainsi son supérieur hiérarchique : espérons que, la jugeant « agitée », il ne la gazera pas !

Ainsi vont de pair la justice et la polices ordinaires…

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Justice, Police, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.