Gironde – A Bordeaux la scientologie dans le collimateur

Sud-Ouest 08 mai 2011 Par Leila-Mathilde mechaouri
Pour la première fois, des élus se sont opposés, hier place de la Victoire, à la diffusion de tracts par l’association Non à la drogue, oui à la vie, affiliée au mouvement scientologue
 Des élus, Fabien Robert en tête, ont alerté les Bordelais sur les messages véhiculés par une association antidrogue liée à la scientologie. Photos Stéphane Lartigue
Ils étaient face à face hier, place de la Victoire. D’un côté, les écharpes tricolores. De l’autre, les t-shirts bleu turquoise. Durant une heure et demie, ils se sont livré bataille. Leurs munitions : des tracts, et quelques arguments.
Les t-shirts bleu turquoise, ce sont les membres de l’association Non à la drogue, oui à la vie. Les écharpes tricolores, des élus de la Ville de Bordeaux, de la Région, et des militants antisectes, avec à leur tête Fabien Robert, maire adjoint (Modem) du quartier
Sur la voie publique
Hier, près de l’association antidrogue, deux stands des Témoins de Jéhovah ont investi la place de la Victoire. « À la mairie, nous n’avons pas les moyens juridiques de lutter contre les dérives sectaires », regrette Fabien Robert, maire adjoint de Bordeaux. Car c’est la préfecture qui délivre le permis de s’installer sur la voie publique. Il revient au préfet de trancher si cela peut constituer un trouble à l’ordre public. Mais s’il refuse une autorisation, le mouvement en question peut se retourner en intentant une action en justice. Malgré le contexte actuel, l’élu Fabien Robert compte proposer à Alain Juppé de signer un courrier destiné au préfet afin de trouver un moyen pour empêcher les mouvements soupçonnés de dérives sectaires de recruter de nouveaux adeptes légalement dans la rue.
Derrière leur stand, les t-shirts turquoise distribuent leurs fascicules alertant sur les méfaits de la drogue. Mais, à la minute où un passant ose s’emparer du petit livret, une écharpe tricolore lui court après, un tract à la main : attention, derrière l’association Non à la drogue, oui à la vie, se cache l’Église de scientologie. « Elle me colle, elle me suit partout », se désole Françoise, bénévole de l’association. « Chacun son combat ! », lui rétorque l’élue bordelaise Anne-Marie Torres.
Un lien assumé
L’affiliation de Non à la drogue, oui à la vie à la Scientologie est parfaitement assumée. La Scientologie, considérée comme une secte dans un rapport parlementaire de 1995, mais qui se présente comme une religion, parraine l’association antidrogue. « C’est vrai que la plupart des membres de l’association sont scientologues, mais je pense qu’il y a une confusion. On ne parle jamais de Scientologie sur nos stands », assure Samuel Bendhaiba, responsable de l’association en Aquitaine.
À première vue, les livrets distribués gratuitement ne semblent pas y faire allusion. Mais à y regarder de plus près, Ron Hubbard – le fondateur de la Scientologie – y est bien cité, en tant qu’« auteur et philanthrope ». Au dos du fascicule, il est précisé que pour obtenir d’autres informations sur « les découvertes de Ron Hubbard sur la drogue », le lecteur peut contacter la mission de Scientologie de sa région.
Une méthode controversée
Par ailleurs, l’association soutient un programme de désintoxication très controversé, sous l’appellation Narconon. Une technique de « purification » basée là encore sur les écrits de Ron Hubbard. Elle a pour but de mettre fin à l’addiction du patient sans la moindre utilisation de médicament de substitution, qui « reviendrait à remplacer une addiction au vin rouge à une autre au vin blanc », estime Samuel Bendhaiba. Pourtant, la France a interdit les centres Narconon après le décès d’une patiente en 1984. « Cette méthode soigne sans médicament, sans médecin, pour 3 000 euros par mois, accuse Fabien Robert. Nous sommes là pour rappeler qu’en cas de problème de drogue, il faut consulter de vrais professionnels. »
Le message est donc sérieux. La scène, en revanche, est parfois cocasse. Tout le monde n’est pas convaincu par la forme. Passant sur son vélo, François est dubitatif : « Quand je lis des slogans comme « la vérité sur la drogue » avec tout ce que cela peut éveiller comme fantasme, je me doute bien que cette campagne n’est pas sans arrière-pensée. Je trouve même bien que les élus soient mobilisés. Mais a-t-on vraiment besoin d’une écharpe tricolore pour donner de la crédibilité à son action ? »

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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