Machiavel à Bercy

Le livre – Bercy au coeur du pouvoir Thomas Bronnec et Laurent Fargues Denoël,  280 pages, 18 euros  
A travers plus de 150 entretiens avec des personnalités ou des anonymes qui ont exercé au ministère de l’économie et des finances ou au budget, les auteurs, deux journalistes, l’un de L’Expansion puis L’Express et l’autre d’Acteurs publics, livrent une enquête aux allures de roman et s’infiltrent derrière les barrières de cette citadelle,  » monument à la Kafka  » qui domine la Seine.
La rivalité entre Christine Lagarde et François Baroin, les dessous de l’affaire de l’appartement d’Hervé Gaymard, furtif ministre de l’économie en 2004, la poigne de fer d’un Strauss-Kahn ou d’un Fabius… derrière ces anecdotes se jouent des luttes de pouvoir dont les conséquences orientent les décisions économiques de la France. Voire plus : la machine administrative de Bercy  » pèse, beaucoup plus qu’ailleurs, sur les choix politiques « , écrivent les auteurs.
Indispensables, les technocrates du ministère sont habiles pour brouiller les chiffres et utiliser les procédures dans le sens d’une certaine idéologie, la fameuse  » pensée unique «  de Bercy, baptisée ainsi par les politiques qui l’ont fréquenté. C’est une  » doxa  » qui prône la concurrence, fait confiance au marché plus qu’à l’Etat et ne redoute qu’une chose, la dégradation de la note de la France, le prestigieux triple A.
Raison pour laquelle, selon l’enquête, l’administration du ministère n’a pas accepté l’idée d’un grand emprunt à 100 milliards d’euros, lancée par Henri Guaino, conseiller du président de la République, Nicolas Sarkozy, début 2009. Bercy n’a pas voulu aller au-delà de 35 milliards d’euros et, au moyen de montages financiers, a réussi à réduire l’impact de l’emprunt sur le déficit… et sur les investissements qu’il promettait. Un exemple parmi d’autres qui révèle l’ampleur de l’influence des  » technos  » de Bercy et en fait un cadeau empoisonné pour ses ministres.
Souvent un tremplin pour Matignon ou l’Elysée – le destin de Valéry Giscard d’Estaing, Laurent Fabius ou M. Sarkozy en témoigne -, le ministère est surtout la direction d’une puissante administration, difficile à dompter.  » Bercy mène à tout, à condition d’en sortir « , concluent les auteurs.
Aglaé de Chalus
 © Le Monde Le monde du 22 mars 2011

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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