France – Lettre ouverte des étudiants en médecine au Président de la République et ministres

Sarkozy, Pécresse, Bertrand : lettre ouverte des étudiants en médecine
Rue 89 Par Ingrid Bastide | Etudiante en médecine | 03/06/2011 
► Lettre adressée à monsieur Nicolas Sarkozy, président de la République ; monsieur Xavier Bertrand, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé ; madame Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; madame Nora Berra, secrétaire d’Etat auprès du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé, chargée de la Santé ; madame Danielle Pupillier, directrice générale du CNG ; monsieur le doyen Jean-Michel Rogez, président du conseil scientifique du CNCI ; monsieur le doyen Déteix, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine.
Par la présente lettre, l’ANEMF, seule organisation représentative des étudiants en médecine de France, souhaite attirer votre attention sur les conséquences humaines intolérables d’un drame et de l’incertitude dans laquelle se trouve une promotion de 7 800 étudiants en médecine de sixième ou septième année, ayant présentés les épreuves classantes nationales en ce début de semaine.
En effet, mercredi 1er juin 2011, ces étudiants ont tenté de passer la dernière épreuve des ECN, les épreuves nationales classantes, examen dont le classement leurs permettra de choisir en septembre leur poste d’interne et leur ville d’affectation, et ainsi de décider de leur carrière pour le reste de leur vie, sans possibilité de retour en arrière.
Cette épreuve, la lecture critique d’article (LCA), a été annulée une première fois mercredi matin en raison de problèmes de forme empêchant l’examen de se dérouler dans de bonnes conditions. Les étudiants ont donc été convoqués à nouveau l’après-midi même pour composer sur le sujet de réserve.
Après avoir attendu plus d’une heure que l’épreuve de secours commence, celle-ci a finalement été annulée pour des raisons logistiques cette fois, sans réelles explications, ni excuses, ni même une quelconque information, laissant ainsi les étudiants rentrer chez eux, désemparés, et dans l’expectative sur ce qu’il allait advenir.
Un amateurisme flagrant
Deux jours plus tard, la colère des étudiants en sixième année de médecine se fait de plus en plus entendre. Fatigués physiquement et moralement, épuisés par trois voire quatre années de préparation intensive à un concours, au prix de nombreux sacrifices, ils refusent et ne comprennent pas aujourd’hui la position du ministère de la Santé et ce qui leur est imposé : repasser cette épreuve d’ici au 24 juin.
Ce refus est partagé par la très large majorité des étudiants, en témoigne le sondage fait par l’ANEMF – en annexe à cette lettre ouverte : 85% des étudiants en DCEM4 – soit 3 546 sur 4 167 étudiants DCEM4 sondés en sixième année – sont pour la neutralisation de l’épreuve de LCA des ECN, 3% pour le report à une date ultérieure, 1% pour le repassage des ECN en entier.
Les raisons d’un refus si catégorique sont multiples. Les étudiants s’insurgent d’un amateurisme flagrant, c’est pourquoi, tout d’abord, l’ANEMF dénonce les surcoûts engendrés par la représentation à un examen, qui se déroule généralement à plusieurs centaines de kilomètres de leur domicile et les étudiants refusent de les prendre en charge.
Frais financiers et psychologiques
Cela implique des frais de transport, mais aussi de logement en urgence et en plein mois de juin. Aussi, l’organisation de cette nouvelle épreuve implique d’ores et déjà pour un certain nombre d’entre eux, l’annulation de déplacements (stages d’été à l’étranger ou bien vacances) prévus de longue date et le report à une date encore indéterminée.
Il est anormal et in-envisageable qu’un pareil surcoût revienne à la charge d’étudiants, dont l’indemnité mensuelle durant leur sixième année d’étude n’excède pas 277 euros (3 330,61 euros annuel brut), sans compter le mois sans solde pris par les étudiants afin de pouvoir appréhender au mieux la dernière ligne droite avant les épreuves.
Ensuite, l’aspect psychologique des étudiants ne doit pas être mis de côté ou pris avec légèreté. Il s’agit là d’un véritable drame humain. Pour beaucoup, les ECN signent la fin d’un calvaire et le tournant de leur carrière. Leur détresse est une réalité.
De plus, la communication des instances reste pauvre pour ces étudiants qui demeurent donc dans le flou le plus complet depuis l’annonce de l’annulation de l’épreuve de secours. A l’heure actuelle, aucune communication n’est faite sur le site web du Centre national de gestion (CNG) qui gère les épreuves de ce concours.
Menaces d’actions
Les étudiants en sixième année, mais aussi les internes repassant les ECN, reprendront également dès lundi leurs stages et gardes pour la plupart, mais de façon hétérogène selon les facultés : une occasion pour certains de pouvoir bachoter cette épreuve tandis que d’autres retourneront travailler à l’hôpital. Ceci va à l’encontre de l’égalité des chances et les volontés de saisir le tribunal administratif par les étudiants sont nombreuses.
Enfin, pour une partie des étudiants, la semaine prochaine verra également la reprise d’activité de leur job étudiant, qui leur imposera un emploi du temps contraignant ne leur permettant pas forcément d’être disponibles à une date encore totalement inconnue.
Les étudiants en médecine ne sont pas là pour subir l’incompétence de ceux ayant rédigé, corrigé, et organisé les épreuves ratées de lecture critique d’article des ECN 2011. L’ANEMF exige que soit pris en compte l’avis représentatif et très majoritaire des étudiants qu’elle représente : la neutralisation de l’épreuve de LCA des ECN en prenant les mesures qui s’imposent.
L’heure est à l’urgence, et l’ANEMF demande de prendre en compte l’aspect humain de la problématique. Si notre voix représentant plus de 80 000 étudiants en médecine n’est pas entendue, les 7 800 étudiants en sixième année de médecine, futurs internes, et l’ANEMF prendront acte et réagiront en conséquence.

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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