Douces Nuits de Fourvière – Carolyn Carlson et Bartabas signent un ballet au triple galop

 Le festival lyonnais ouvre sa 17e édition avec le spectacle équestre We Were Horses, de Bartabas et Carolyn Carlson. A l’affiche également Sting, Lou Reed, Brian Ferry, Rain Dogs Revisited, une Nuit du Fado.

 Bruay-la-Buissière Envoyée spéciale – La friche industrielle Plastic Omnium à Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) sent bon le crottin de cheval. C’est ici que la chorégraphe Carolyn Carlson et le metteur en scène Bartabas ont découpé le dispositif de 1 400 mètres carrés de leur spectacle We Were Horses. Programmé du 27 mai au 1er juin, il rassemble seize danseurs du Centre national chorégraphique de Roubaix dirigé par Carlson et vingt chevaux pour neuf écuyers (dont huit femmes) issus de l’Académie du spectacle équestre de Versailles, pilotée par Bartabas.

Ce somptueux ballet équestre exige une énorme superficie de travail. De chaque côté du plateau de 400 mètres carrés couvert de sable noir et surmonté d’une galette de terre ocre rouge, des « coulisses » de la même surface sont nécessaires pour accueillir les évolutions des chevaux lancés le plus souvent à fond. Ce dégagement, invisible aux yeux des 1 500 spectateurs, rendait palpable la course continue des cavaliers qui apparaissaient et disparaissaient comme s’ils ne s’arrêtaient jamais.
Mardi 7 juin, pour quatre représentations, We Were Horses s’installe dans le Grand Théâtre romain, à Lyon, en ouverture du festival Les Nuits de Fourvière. Comment va s’opérer la transposition en plein air et dans un cadre plus restreint de cette production ? Mystère. Les chevaux de l’Académie du spectacle équestre de Versailles sont certes habitués. C’est pour Fourvière et le concert « Récital équestre » avec le pianiste Alexandre Tharaud, mis en scène par Bartabas, qu’ils ont quitté pour la première fois la Grande Ecurie de Versailles en 2006. Deux ans plus tard, ils participaient à « Partitions équestres », cosignées avec le compositeur Philip Glass. Les voilà aujourd’hui dans We Were Horses, troisième volet de cette complicité entre Bartabas et les Nuits de Fourvière.
We Were Horses se place sous le signe du cercle, de l’ovale, de la chaîne, celle du manège, mais aussi de la partition répétitive de Philip Glass, Music in Twelve Parts. La lenteur, très douce, du début du spectacle est peu à peu rattrapée par la nervosité et l’accélération musicale. Les mailles de la partition font parfois couvercle sur les images alors même que les danseurs semblent vouloir en contrecarrer le rythme. Les silences, qui entrecoupent les différentes séquences, semblent trop courts. La scène finale lorgne évidemment (trop) du côté du film de Sydney Pollack On achève bien les chevaux (1969).
Difficile d’échapper à l’impact de ces animaux imposants et de leur masse musculaire. Si Carlson et Bartabas réussissent à conditionner l’énergie des uns et des autres sans créer de déséquilibre marquant, quelques scènes font passer les danseurs aux oubliettes. Lorsque les huit écuyères surgissent, les mains libres, dirigeant leur monture à coups de ports de bras nets, on ne voit plus qu’elles. Le risque de cet exploit superbe explique aussi son attrait.
Bartabas rêvait de transformer le groupe de chevaux en corps de ballet. C’est chose bien faite.
Captivant exercice de rencontre, We Were Horses est une sorte d’hypothèse sur la possibilité d’un territoire commun aux danseurs et aux cavaliers. La « galette » reste le lieu privilégié de la danse, encadrée par la frise vivante des chevaux. Elle est parfois prise d’assaut par une écuyère lorsqu’elle n’est pas traversée par des hommes prenant leurs jambes à leur cou devant un cheval les poursuivant au galop. La sensation d’observer un peuple protégé par des cavaliers fait surgir nombre d’associations d’idées. La beauté de l’alliance entre les groupes, la force de l’écoute qui les soude dans un « faire ensemble » pudique éclatent tout au long de la pièce.
Les rythmes des chevaux et des danseurs composent une partition ondulante. Vagues des croupes et des crinières, des cheveux longs des femmes, swing des costumes emportés par le mouvement s’accordent dans des contrepoints visuels. Ce paysage impressionniste doit beaucoup à l’écriture de Carlson. Front contre front, dos à dos, les danseurs se soutiennent, se plient et se tordent, pour se détendre dans des jets voltigeurs. En privilégiant le duo homme-femme, Carlson rappelle le couple cheval-cavalier et donne une nouvelle vigueur à l’idée de « faire corps avec ».

 We Were Horses, de Carolyn Carlson et Bartabas. Nuits de Fourvière, Lyon 5e (Rhône). Les 7, 8, 10 et 11 juin, à 22 heures. Théâtres romains de Fourvière, 6, rue de l’Antiquaille. Tél. 04 72 57 15 40 de 28 à 33 e
Monaco Dance Forum, Monaco les 8 et 9 juillet à 230 h 30. Le 10 juillet à 19 h Tél 377 97 70 65 20 de 12 e à 39 e
 
Le Monde dimanche 5 et Lundi 6 juin 2011

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans animaux, Culture, Loisirs Tourisme, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.