Toujours les mêmes farines .. (animales)

Le Canard Enchaîné du 8 juin 2011

SCANDALE ! Cala fait presque dix ans que cochons, vaches et poulets sont privés de farines animales. Tout ça parce qu’une poignée de vaches n’avaient pas supporté qu’on leur fasse manger leurs congénères réduites en farine et en étaient devenues folles. En 1992, au pic de l’épidémie en France, il avait fallu en abattre 37 000 ! 

C’était pourtant une riche idée de vouloir transformer les vaches en cannibales. Afin de les faire tourner comme des usines sur pattes à 10 000 litres de lait par an, l’agroalimentaire avait mis au point un supercarburant pas cher : les « FVO », des farines de viande et d’os fabriquées à partir des déchets récupérés dans les équarrissages et les abattoirs. Un énorme gisement de protéines presque gratis comparée aux tourteaux de soja, colza ou tournesol. 

Qu’on se rassure, sur fond de sécheresse et de flambée des prix des céréales et du tourteau, les fameuses FVO pourront de nouveau figurer au menu des cochons, des poulets… et des poissons.  Le très officiel Conseil national de l’alimentation (CNA), qui dépend du ministère de l’Agriculture, vient en effet de pondre un rapport d’étape sur le sujet, dans lequel il propose de resservir des FVO à tout le bétail, excepté les ruminants. L’autre restriction c’est que chacun évite de becqueter des farines issues de sa propre espèce. 

Afin de ne pas effrayer le consommateur, les FVO ont été rebaptisées « PAT », pour « protéines animales transformées » : pure poésie. Pour rendre son avis définitif, le CNA n’attend plus que le coup de tampon de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation. Il y a quatre ans déjà, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture d’alors, avait promis aux représentants de la filière porcine de « porter le débat » à Bruxelles sur le retour des FVO (« Conflit », 31/12/07). Message reçu cinq sur cinq par la Commission européenne, qui désormais pousse à la roue. 

Et tant pis si, dans un rapport de juin 2007 consacré à la vache folle, des chercheurs de l’INRA (Institut national de recherche agronomique) alertaient sur « le risque de réémergence de la maladie qui pourrait résulter d’une réautorisation des farines animales pour l’alimentation des espèces monogastriques (dont font partie cochons et poulets), sans mesures drastiques destinées à contrôler le risque de contamination croisée entre les aliments ».

Des PAT oui, mais des FVO !

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