Que faire des avoirs de dictateurs ou autres ? Liaisons dangereuses …

Que faire des avoirs de dictateurs ou autres « personnes politiquement exposées » ? Cette question agite la place financière suisseL’argent des potentats ou le malaise suisse  (Le Temps). Le Monde du 9 juin 2011
Le Temps Suisse et région  6 juin 2011
L’argent bloqué des dictateurs aujourd’hui déchus devait-il être accepté? Le débat monte. Le Conseil fédéral se refuse à dresser des listes de «PEP» indésirables. Les banques ont encore des clients risqués
La lettre est signée de Micheline Calmy-Rey. Elle est adressée au Fonds Bruno Manser, à Bâle, du nom du Suisse disparu dans la jungle du Sarawak, l’un des Etats fédérés de Malaisie. Elle est datée du 8 avril. C’est le moment où la présidente de la Confédération vante le rôle pionnier de la Suisse dans le gel de l’argent des dictateurs. Mais sa lettre va tiédir les espoirs des amis de Bruno Manser. Berne ne peut rien, explique en substance la ministre des Affaires étrangères, pour bloquer l’argent en Suisse d’Abdul Taib Mahmud, premier ministre du Sarawak accusé d’être corrompu jusqu’à la moelle par le Fonds Manser.
Tant que des «politically exposed persons» (PEP) sont en place, explique la lettre, une procédure d’assistance judiciaire n’a aucune chance d’être lancée par le pays concerné, et donc la Suisse ne peut bloquer les fonds. Autrement dit, il faut être un dictateur déchu, à tout le moins mis au ban de la communauté internationale, pour risquer de voir ses fonds gelés. «Tant qu’une personne est au pouvoir, vous ne pouvez pas faire grand-chose, reconnaît Valentin Zellweger, chef de la Direction du droit international public au Département fédéral des affaires étrangères. Ce qui change avec la chute d’un régime, c’est qu’une demande d’entraide judiciaire devient possible.»
Et le diplomate de préciser: «Ce n’est nullement interdit pour un intermédiaire financier d’avoir des relations avec un PEP. Ce qui est interdit, c’est d’accepter de l’argent d’origine illicite.» Mais le haut fonctionnaire l’admet: «La frontière entre la simple politically exposed person et le potentat peut être difficile à définir. Le passage d’une catégorie à l’autre peut se produire de manière soudaine.»
Une fois le dictateur tombé, la réaction des autorités suisses peut être prompte. Micheline Calmy-Rey n’est pas peu fière d’annoncer que sur les 5 milliards de dollars restitués aux Etats floués par des dictateurs ces quinze dernières années, selon les statistiques de la Banque mondiale, 1,7 milliard, soit plus du tiers, l’a été par la Suisse. «Le dispositif applicable en Suisse est en avance sur celui des autres pays en ce sens qu’il permet au gouvernement de bloquer provisoirement des fonds appartenant à des potentats, hors des procédures judiciaires, au nom des intérêts supérieurs de l’Etat», explique Valentin Zellweger.
Denis Masmejan et François Pilet
 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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