Grande-Bretagne – Chelsea Flower Show 2011 – A Chelsea, l’art du jardin anglais

 
Pour sonder le moral de nos voisins d’outre-Manche, rien de tel que le Chelsea Flower Show.
Ce concours de jardins que la Royal Horticultural Society organise tous les printemps au coeur de Londres, dans le très chic quartier de Sloane square, permet de prendre le pouls de la société britannique. Et ce d’une manière bien plus divertissante qu’en allant voir des sondeurs ou des experts de l’Office pour les statistiques nationales. Le cru 2011, qui a fermé ses portes le 28 mai, n’a pas fait exception.
Le nombre d’espaces aménagés pour concourir est un premier indicateur. Cette année, ils étaient dix-sept, soit quatre de plus qu’en 2010 et 2009, au temps du  » Chelsea de la récession « . Mais encore cinq de moins qu’en 2008. A lire dans les fleurs, donc, le pire de la crise serait passé, pour autant le pays ne s’en serait pas encore relevé.

Il faut ensuite regarder les oeuvres des candidats. Et là, c’est le retour de l’exubérance et de l’audace. Il n’y a plus, comme en 2009, d’enclos baptisé  » crise du crédit « , pour témoigner de la difficulté des exposants à trouver des sponsors. Ni de  » jardin de l’artiste à découvert « , en référence à cette appétence des Anglais pour le crédit qui a plongé la City dans des affres sans précédents depuis 1929.
En lieu et place, on a pu voir un  » jardin volant  » que l’Irlandais Diarmuid Gavin a imaginé après avoir vu le film de James Cameron, Avatar, : une sorte de navette en forme d’oeil, envahie par le vert, qui emmène une demi-douzaine de passagers à 25 mètres dans les airs. Ou encore un hymne au passé industriel du Yorkshire avec la reconstitution par la mairie de Leeds d’un moulin en pierre avec une véritable roue hydraulique de 3 mètres de diamètre pour irriguer la terre avoisinante couverte de fleurs. Et même au rayon pratique, le jardin de la chaîne B&Q, le spécialiste national du  » do it yourself « , laisse sans voix : un mur de 9 mètres de haut, avec six étages sur lesquels poussent aussi bien des tomates que des salades, représente l’avenir du citadin écologiste.

On pourrait croire que l’heure est à l’euphorie. Mais ce serait oublier que le marqueur du Chelsea Flower Show, pour être fiable, doit être assorti d’un coefficient réducteur. Car si le flegme de nos voisins n’est pas un mythe, il s’oublie dès lors que l’on parle jardins et institutions, deux passions britanniques que le Chelsea Flower Show comble.
Et il faut plus qu’une grosse récession suivie d’une reprise mollassonne pour gâcher la fête. Même la première guerre mondiale n’y est pas totalement parvenue : le show ne s’est interrompu que deux saisons, en 1917 et en 1918. Durant la seconde guerre mondiale, la Royal Horticultural Society a en revanche dû renoncer sans tarder – l’armée avait réquisitionné le terrain – mais elle a repris ses bonnes habitudes dès 1947, dans une ville où les bombes avaient pourtant laissé des trous béants et où la nourriture restait rare. Quant à la grève générale de 1926, elle avait tout juste eu pour conséquence de retarder les réjouissances d’une semaine.
Imperturbable comme à son habitude la reine a une nouvelle fois ouvert les festivités. Un filet discret dans les cheveux, pour empêcher le vent, très énervé ce jour-là, de la décoiffer, Elizabeth II a complimenté les uns et les autres, se réjouissant d’être à la tête d’un royaume aussi féru de traditions. Côté people, le Chelsea Flower Show a également reçu, entre autres, la visite du chanteur Ringo Starr, de l’actrice Gwyneth Paltrow ou de l’ancien premier ministre John Major.
Sans oublier ces messieurs de la City, qui en profitent souvent, entre un Pimm’s et une coupe de champagne, pour avancer leurs affaires : comme le dit Philip Remnant, banquier chez Credit suisse,  » c’est le cocktail le plus couru de Londres « . On y croise aussi des oligarques russes, des Américains fortunés et autres millionnaires de Dubaï qui, dans les semaines suivantes, feront peut être appel aux heureux primés pour s’offrir des jardins dignes de ce nom, à l’anglaise bien sûr. L’empire n’existe plus mais le rayonnement international de l’île d’Albion est assuré.
Ceci dit, pour l’essentiel, c’est la Middle England qui se précipite à Chelsea. Les 157 000 billets mis en vente pour l’occasion se sont d’ailleurs arrachés en seize jours, un record historique. Les costumes de lin, les panamas et les tenues griffées se sont mêlés aux robes Laura Ashley, aux minijupes et aux tongs, avec un naturel encore rare dans ce pays.
 » Chelsea, c’est le spectacle « , explique M. Gavin. Et au pays de Shakespeare, on adore. De fait, ce qu’on y voit ne ressemble en rien à la mère nature dans sa plus simple expression. Il suffit de longer le Royal Hospital où se tient l’événement, dans les semaines qui le précèdent pour s’en convaincre : c’est un véritable chantier de BTP qui se tient sous nos yeux, avec des grues, des camions… Pendant ce temps, les fleurs se préparent pour le grand jour : certaines reposent au réfrigérateur, d’autres se bronzent à la lampe à UV, selon leurs besoins et le climat du moment. On ne va quand même pas se limiter aux variétés de saison !
 » Les gens ne vont pas à Chelsea pour y voir la réalité, mais pour le rêve « , explique Tim Richardson, chroniqueur jardinage au Daily Telegraph. Avant d’ajouter :  » Ils aiment vraiment jardiner pour la difficulté. Et cela sans aucun doute fait écho à l’identité britannique. « 
Virginie Malingre  malingre@lemonde.fr

article paru dans le Monde édition abonnés du 03 juin 2011 © Le Monde
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Culture, Europe, Loisirs Tourisme, Nature, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.