Rencontres économiques d’Aix-en-Provence – diagnostic impitoyable sur l’impuissance de l’Etat.

A Aix, les économistes réunis règlent son compte à l’Etat
La cravate n’était pas de rigueur. Le ton des débats se voulait enjoué, presque complice. Mais sous cette apparente décontraction, les économistes, grands patrons, représentants du monde politique et d’institutions internationales qui participaient, vendredi 8 juillet, au premier jour des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, se sont livrés à un diagnostic impitoyable sur l’impuissance de l’Etat.
Pauvre Etat ! Venu, en 2008, sauver le système financier et contrer la récession à coups de milliards de dollars, d’euros ou de yens, le voilà ployant sous les dettes. Acculé, privé de marges de manoeuvre, démonétisé.
 » Le monde dans tous ses Etats «  : c’était le thème de ce mini-Davos et, serrés sur les bancs de l’université Paul-Cézanne, les intervenants n’y sont pas allés de main morte.  » Les Etats ont perdu leur crédibilité « , assène dès l’introduction Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, organisateur de l’événement.  » Leur intervention – lors de la crise – n’a pas ouvert une nouvelle phase de retour au keynésianisme, enchaîne l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine. La légitimité des Etats reste toujours contestée, d’abord par les marchés. « 
Le patron de la Caisse des dépôts, Augustin de Romanet, enfonce le clou :  » L’Etat-providence est en faillite, il doit être réinventé. «  La charge ultime est lancée par l’économiste Jacques Attali, venu clore les débats du vendredi. Après avoir évoqué le processus de  » somalisation de la planète «  (la disparition de la puissance publique au profit de mafias économiques), il tance ces  » Etats mythomanes «  qui se disent capables de régler leurs problèmes, mais se contentent de les reporter. Le vrai  » maître à penser de l’économie d’aujourd’hui « , affirme-t-il, n’est ni Walras, ni Keynes, ni Schumpeter, mais  » Madoff « , cet escroc qui trompait son monde en construisant de formidables pyramides de dettes.
Dissensions
Constat désabusé, sans appel, suscité par une actualité peu réjouissante. Aux Etats-Unis, le trou dans les finances publiques atteint des proportions colossales. Le président Obama est engagé dans une course contre la montre pour éloigner les menaces de défaut. La zone euro est dans un état aussi grave, sinon pire, avec une Grèce au bord de la faillite. A force d’hésitations et de dissensions, les responsables politiques ont échoué à convaincre. Les marchés doutent et imposent leur loi.
L’élan qui avait signé le retour des Etats et l’émergence d’une gouvernance mondiale est-il donc retombé comme un soufflé ?  » Les G20 successifs sont devenus des sommets incantatoires sans prise réelle sur la montée inexorable de la dette, l’emballement des matières premières, le manque de vigueur de la reprise mondiale « , soulignait jeudi un communiqué des organisateurs.
Marie de Vergès (Aix-en-Provence, envoyée spéciale)
Le Monde dimanche  10 Lundi 11 juillet 2011 abonnés © Le Monde
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Débats Idées Points de vue, Economie, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.