La puce de téléphone, mouchard de poche par Georges Moréas

 « Police et cetera » ancien commissaire de police
En plein séisme de l’affaire DSK, un ami m’envoie un mail sur des faits alors peu connus de la presse, et notamment la manière dont avait été informé le président de la République. Je le lis dans le métro, sur mon téléphone portable, me promettant de l’étudier avec soin plus tard.

Quelques heures après, une fois chez moi, aucune trace de ce mail dans ma boîte.
Je reprends mon smartphone : surprise, le message a disparu !

A une autre époque et dans d’autres circonstances, je me serais traité de tous les noms, persuadé d’avoir fait une fausse manoeuvre, un mauvais clic. Pas cette fois ! Sans plus réfléchir, j’ai tout de suite imaginé que mes communications étaient surveillées et qu’un mystérieux personnage calfeutré dans un blockhaus secret de la DCRI – Direction centrale du renseignement intérieur – avait fait disparaître ce texte compromettant.

Je suis parano. Mais je ne suis pas le seul. Il y a quelques jours, un ami flic m’appelle pour m’inviter à déjeuner :  » On se retrouve où ?
– Euh, tu sais, me dit-il, le resto où nous nous sommes vus l’autre fois…  » Il est parano.

Autour de moi, je vois des gens qui ne sont ni des truands ni des espions, éteindre ostensiblement leur téléphone portable lorsqu’ils ont une conversation  » sérieuse « . Une amie, même pas flic, retire la batterie lorsqu’elle se rend à un rendez-vous confidentiel. (…)

La puce est la meilleure amie de l’espion (et du flic). Et même parfois du journaliste, comme nous le montre l’affaire du News of the World. Notre téléphone cellulaire est devenu le traceur de notre vie. Notre mouchard de poche en quelque sorte.

Dans le temps, les amants clandestins devaient se méfier de la glace sans tain, au-dessus du lit des petits hôtels de rendez-vous. Certains, près desChamps-Elysées, étaient d’ailleurs bien connus des RG – Renseignements généraux
– . Mais aujourd’hui, comment détecter la caméra miniature qui filme vos ébats ?
Et il ne suffit pas d’éteindre la lumière, car même dans le noir, ça marche.
Sans compter la vidéoprotection, implantée au coin de la rue et dont le zoom puissant se glisse dans l’interstice des rideaux…

 » Dépoussiérage « 

Aujourd’hui, l’une des principales activités des cabinets de sécurité est le  » dépoussiérage  » des bureaux. Les techniciens agissent le plus souvent de nuit, pour ne pas inquiéter le personnel. Pas un chef d’entreprise sérieux n’envisagerait un conseil d’administration dans une pièce qui n’aurait pas été sécurisée.

Ceux qui sont le plus atteints par ce mal étrange font installer (à prix d’or) de véritables cages de Faraday. Et l’on est prié d’éteindre les portables, voire de les laisser au vestiaire. Ce qui pose un autre problème de sécurité : les services secrets français conseillent aux  » hommes d’affaires  » de ne jamais se séparer de leur téléphone portable sans en avoir auparavant effacé les données et retiré la puce ainsi que la batterie.

En 2009, les possesseurs de BlackBerry résidant au sein de la fédération des Emirats arabes ont été invités à télécharger une mise à jour qui était en fait un logiciel espion.

En Chine, il y a quelques mois, un mystérieux virus s’est attaqué aux téléphones en utilisant le système Android, lequel permettait d’en visualiser le contenu et même d’en prendre le contrôle.

En fait, piéger un téléphone portable semble être un jeu d’enfant. Google, par exemple, a retiré de son panel plusieurs applications qui se sont avérées être des logiciels espions. (…)

Georges Moréas,  » Police et cetera  » : http ://moreas.blog.lemonde.fr/

 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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