La Grèce sauvée au sommet européen de Bruxelles ??

Le Canard Enchaîné du 27 juillet 2011 J.-L. P.

Le sauveteur sauve toujours deux fois…

Ils sont tous tellement contents ! L’euro est sauvé ! La Grèce est sauvée ! Sarkozy gagne 6 points dans les sondages ! Angela Merkel triomphe ! Trichet est satisfait ! « Les marchés sont rassurés » ! Qu’on se le dise : ce sommet européen du 22 juillet est un succès historique, tout le monde y gagne, personne n’y perd, un vrai conte de fées. 

Mais voilà. L’année dernière, la Grèce avait déjà été sauvée une première fois. Le plan de sauvetage s’était élevé à 110 milliards d’euros. Celui-ci se monte à 109 milliards d’argent public, prêté par le contribuable européen et le FMI. La France va y contribuer à hauteur de 15 milliards. Pas grave, nous explique t-on : même si cela plombe un peu plus la dette française, nous finirons bien par récupérer cette somme le jour où la Grèce sera remise à flot. Faut voir… Pour faire bonne mesure, 50 milliards supplémentaires devraient venir du privé, ainsi que l’a voulu Merkel pour calmer ses électeurs. Mais, comme le note « La Tribune » (25/7), « banques et assurances s’en sortent bien », ce chiffre de 50 milliards est « en trompe l’œil ». D’ailleurs, dans toute l’Europe, les dirigeants des banques ont poussé un ouf de soulagement. En fait, chacun comte bien se payer sur la bête. Merkel a annoncé la couleur : « En Grèce, il y a beaucoup de biens publics à privatiser, et beaucoup de secteurs encore fortement réglementés et verrouillés qui sont à développer. » Amis grecs, vous n’êtes pas encore sortis de l’auberge de la rigueur… 

Reste un petit problème : ce deuxième plan de sauvetage, qui vient après dix-huit mois d’alternoiements, ne règle rien, au fond. La Grèce étant endettée jusqu’au cou, il lui permet juste de couvrir ses besoins de financement jusqu’en 2014, mais pas de redémarrer son économie. Il « rassure les marchés », comme on l’a entendu jusqu’à plus soif. Dûment rassurés, les marchés vont donc continuer à spéculer contre ce pays étranglé, à parier sur sa faillite, laquelle leur rapporterait gros, et s’attaquer à d’autres pays faibles ou lourdement endettés de l’Europe : Irlande, Portugal, Italie, et pourquoi pas la France, qui en est à 7% de déficit ? Et, à tous ces pays, comme seul traitement préventif, on promet la rigueur… 

Merkel et Sarkozy ont beau se pousser du col après ce sommet tardif, ils n’ont donc en rien enrayé la machine financière infernale qui va continuer à imposer sa loi à l’Europe. A croire que ça les arrange ! A chaque crise, en effet, chaque plan de sauvetage, chaque nouvelle ponction dans les caisses publiques, ils triomphent : « nous avons évité le pire ! »  

Mais comme rien ne change sur le fond, d’autres secousses du même tonneau sont à prévoir, suivies d’autres plans de sauvetage. Sarkozy va sauver la situation à chaque fois. Sa cote de popularité va encore monter. Champagne ou mousseux ?

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