Pour un monde en crise, une issue inéluctable

 
Une crise est caractérisée par un changement d’état subit et décisif. Pour les économistes, le retournement d’un indicateur de “croissance” constitue un tel signe. L’indicateur de référence est habituellement le PIB, un agrégat de la Comptabilité Nationale mesurant “l’ensemble des activités économiques génératrices de revenus (en monnaie ou en nature)”. Un tel indicateur est purement quantitatif et ne prend pas réellement en compte toutes les activités, notamment les travaux domestiques effectués par chacun de nous. Et le plus important, il ne prend pas en considération les impacts des activités économiques sur la société et l’environnement. Or les aspects sociaux, environnementaux et institutionnels sont déterminants dans le développement d’un pays. D’où, l’idée de créer un PIB vert prenant en compte les incidences de l’économie sur les ressources naturelles. La tâche conduit à évaluer les ressources et à mesurer les prélèvements et les impacts de l’activité économique sur l’environnement à l’aune d’un étalon monétaire. Évaluer tout cela constitue une tâche complexe qui n’a guère fait avancer les choses jusqu’à présent. Prendre des mesures, voilà qui est mieux. Les appliquer, voilà qui serait opportun en ces temps de crise profonde.
 En effet, nous faisons face aujourd’hui à une crise bien plus profonde qu’un simple retournement d’indicateur dont l’aspect financier ne représente que la partie émergente. Il n’est plus possible de nier que les fabuleuses ressources de la planète ne sont pas indéfiniment extensibles, que la répartition des revenus est de plus en plus inégale et que les institutions ne remplissent trop souvent qu’un rôle de façade. Les faits parlent d’eux-mêmes: 
  • Les populations de sans-logis, de démunis et de pauvres croissent constamment;
  • Les réserves pétrolières et de matières premières se font de plus en plus rares;
  • Les zones côtières sont dévastées et les océans se vident de leurs ressources;
  • Les terres cultivables se dégradent ou sont menacées par l’érosion et la désertification;
  • L’air, l’eau et les sols se gorgent de composés organiques et chimiques;
  • La dégradation des écosystèmes forestiers et marins s’accompagne d’une perte inexorable de biodiversité;
  • L’explosion de la vie urbaine et l’extension des villes jusqu’à la démesure génère des montagnes de déchets et la disparition de terres autrefois cultivées;
  • La fréquence et l’ampleur des catastrophes dites naturelles sont sans précédent. 
Et la liste est loin d’être close. De plus, tout cela surgit au moment même où la croissance démographique continue sur sa lancée, où les pays dits émergents puisent dans les ressources de la planète au même titre que les pays dits développés et où le changement climatique risque d’engendrer des mouvements massifs de population. 
Si nous nous en tenons à cette approche extérieure du monde, nous devons admettre qu’une “crise de croissance” dans le monde actuel trouve son origine dans la détérioration des aspects sociaux, environnementaux et institutionnels du développement. Nous avons atteint un point critique où un changement d’orientation est inévitable, de gré ou de force, où il n’est plus possible de limiter son horizon à la “croissance économique”, même forte. De toutes façons, si nous prenions en compte les impacts sociaux et environnementaux de la “croissance”, les taux de croissance, qui ne sont guère brillants, seraient constamment dans le rouge.
 Sortir d’un monde en crise passe en conséquence par la prise en considération des divers aspects du développement. D’où, la résurgence du concept de développement durable destiné à élargir nos vues. Élargir, un maître mot, car il importe de considérer tous ces aspects dans leur ensemble, d’avoir une vision intelligente (du latin “intellegere” ou prendre ensemble) du monde. 
Une vue uniquement économique ou exclusivement environnementale est vouée à l’échec. Créer des réserves écologiques au beau milieu de la pollution environnante n’a pas plus de sens que de développer des zones industrielles sans tenir compte de leurs impacts sociaux et environnementaux. Nous vivons dans un monde inter relié où toute action dans un domaine a des répercussions dans les autres, où ces interrelations ne font que refléter l’unité profonde du monde.
Cette unité du monde se reflète dans toutes les créatures qui l’habitent, y compris les hommes. Ils sont tous appelés à traverser différents états au cours de leur existence, depuis les plus physiques jusqu’aux plus spirituels en passant par les états psychiques. Or, l’homme actuel développe principalement les états physiques et guère les états psychiques. Ce faisant, il reste amputé de lui-même et éprouve les plus grandes difficultés du monde à accéder à l’unité profonde qui le gouverne. Comment l’homme pourrait-il dès lors com-prendre (i.e. prendre ensemble) le monde environnant quand il ne se connaît même pas lui-même ? Aujourd’hui, le monde souffre surtout d’une crise de développement de l’être. Ouvrir les yeux sur le monde extérieur est un premier pas, mais les ouvrir sur le monde intérieur est le pas ultime.
En savoir (beaucoup) plus Le  site : « Lotus, au coeur du symbolisme« 

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Le sacré et le profane 
Monnaie crétoise décrivant un swastika-labyrintheOriginellement, la monnaie était placée sous le contrôle de l’autorité spirituelle comme en témoignent les symboles et de devises qui couvraient les pièces de monnaie anciennes. En effet, dans ces civilisations, l’ensemble des activités sociales baignait dans un environnement sacré. Tout objet pouvait servir de support à la méditation en plus de son usage courant. La société traditionnelle, loin de réduire la monnaie à un moyen d’échange d’un système marchand purement quantitatif, permettait de relier l’individu à une réalité d’ordre supérieur, proprement spirituelle et qualitative.
Lorsque l’autorité sur la frappe et la circulation de la monnaie tomba entre les mains exclusives du pouvoir temporel, elle fut réduite à un simple instrument d’échange, de précaution et de réserve. En somme, à une pure quantité, objet d’accumulation. Ce passage a ouvert la voie au règne de la valeur numérique figurant aujourd’hui sur les pièces et billets de banque. Une valeur devenue très vite purement symbolique. Cette transformation a permis d’étendre à la planète entière la réduction des êtres et des choses à de simples données numériques.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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