Tourisme nautique et cycliste – Le canal de Garonne tient à ses platanes – Le chancre coloré aux portes de Toulouse

La maladie mortelle des platanes fait des ravages sur le canal du Midi. Elle progresse vers le nord et menace de s’inviter au bord du canal latéral.
 Amoureux du canal, qu’il connaît comme sa poche, le batelier Pierre Barnieu ne peut pas l’imaginer sans platanes. « Le canal du Midi doit sembler tout nu… » photo claude petit
Sud-Ouest Samedi 6 août 2011 Par jean-denis renard
On n’a pas relevé de foyer en amont. La maladie n’est pas constatée à ce jour sur le canal latéral à la Garonne. » Responsable de la communication à la direction toulousaine de Voies navigables de France (VNF), Jacques Noisette est formel. Le chancre coloré, ce champignon microscopique qui dévore à toute vitesse les platanes du canal du Midi, épargne les 193 kilomètres du canal latéral à la Garonne. Or, les deux voies sont dans la continuité l’une de l’autre. Mises bout à bout, elles forment le canal des Deux-Mers, de l’Atlantique à la Méditerranée.
La maladie est d’autant plus redoutée qu’elle conduit invariablement à la mort et à l’abattage des arbres atteints. Pour qui fréquente le boyau de verdure qui s’étire de Castets-en-Dorthe, au sud de la Gironde, jusqu’à Toulouse, une possible contagion a de quoi faire frémir. Les platanes centenaires justifient à eux seuls l’attrait de cet axe dédié au tourisme nautique et cycliste.
« Regardez, naviguer à l’ombre des platanes, c’est ravissant », sourit Pierre Barnieu devant un spectacle dont il ne parvient pas à se lasser. Enfant de Puybarban, sur la partie girondine du canal, il a grandi à l’ombre des… peupliers qui le bordaient dans son village. « Amoureux des bateaux, amoureux du canal, amoureux de la région », le patron de « L’Escapade » balade ses clients entre Fontet, en Gironde, et Meilhan-sur-Garonne, dans le Lot-et-Garonne.
Également formateur sur un bateau-école, Pierre Barnieu franchit quotidiennement les écluses. Il faut passer avec lui celle de Hure, la dernière commune girondine, pour saisir l’enjeu. Majestueuse, la perspective du double alignement s’enfuit vers Meilhan. Elle dessine une voûte où la fraîcheur le dispute à la douceur de la lumière. Sur les berges, cyclistes et pêcheurs goûtent aux joies estivales dans une symphonie de chants d’oiseaux.
« Pour les gens d’ici, le canal n’a pas l’importance qu’il prend dans le Lot-et-Garonne puis dans le Midi. On est trop gâtés, en Gironde. Pourtant, il est tout aussi beau ! On ne peut pas l’imaginer sans les platanes. Le canal du Midi doit sembler tout nu à l’endroit où ils font tomber les arbres… » suppute Pierre Barnieu, qui connaît comme sa poche l’itinéraire fluvial jusqu’à Sète.
Le capitaine ne semble pas vraiment inquiet. Il a appris l’existence du problème il y a deux ou trois ans. « Mais personne n’en parle ici. C’est trop loin », tranche-t-il.
Pas de cordon sanitaire
Depuis le recensement du premier foyer sur le canal du Midi, en 2006, la propagation du champignon n’incite pourtant pas à l’optimisme. Les controverses n’ont pas manqué, mais la communauté scientifique s’entend maintenant sur les causes de la remontée de la maladie vers l’Atlantique : le chancre coloré se mue en passager clandestin sur les supports en contact avec un arbre malade. Il peut s’agir d’une amarre de bateau ou de la lame d’un outil utilisé pour la fauche de l’herbe. Le mouvement des hommes, de leurs bateaux et de leurs vélos interdit la mise en place d’un cordon sanitaire.
« Il y a moins de navigation sur le canal latéral que sur le canal du Midi, ce qui limite le risque mais ne l’élimine pas. Il passe de 2 500 à 3 000 bateaux par an sur le canal latéral quand on en dénombre 6 000 à Carcassonne et 10 000 à Béziers. La continuité de la voie d’eau est bien sûr un facteur aggravant », évalue Jacques Noisette à VNF Toulouse.
Le danger des racines
Achevé il y a cent cinquante ans, le canal latéral est prémuni par sa conception plus récente que le canal du Midi, construit au XVIIe siècle. « Au XIXe siècle, on protégeait déjà les rives avec des palplanches en métal et des plaques de béton. Il y a moins de racines au ras de l’eau », ajoute-t-on à VNF.
Moins, mais il y en a. En Sud-Gironde, un tour en aval de l’agréable base nautique de Fontet permet de constater le problème. Plantés à 3 ou 4 mètres de l’eau sur la rive droite, les platanes présentent d’énormes racines qui traversent le talus et terminent dans le canal. Certaines d’entre elles offrent autant de points d’amarrage aux plaisanciers…
Les arbres tiennent les berges
La surveillance des plantations n’apporte malheureusement aucune solution préventive. « Quand on identifie la maladie, il est déjà trop tard », soupire Jacques Noisette. Autre inquiétude, on recense des foyers de chancre coloré dans la région traversée par la voie d’eau. Dans les départements de la Haute-Garonne, du Lot et de la Dordogne notamment.
Au-delà de ses seules conséquences paysagères, l’abattage des arbres et le dessouchage mettraient à mal la structure même du canal latéral, aménagé en talus au-dessus de la vallée de la Garonne pour résister à ses crues dévastatrices. « C’est l’une des contraintes supplémentaires. L’une des fonctions principales des platanes consiste à tenir les berges. On ne pourrait pas retirer les arbres sans refaire ces berges, on risquerait des effondrements », explique VNF. Le canal latéral est une carte postale en sursis. Un sursis que ses amoureux espèrent ne jamais voir révoquer.

Le chancre coloré aux portes de Toulouse : 4000 platanes à abattre

La prolifération du chancre coloré a réuni la semaine dernière un second comité de pilotage à la préfecture de Haute-Garonne, sous la houlette du préfet et du président de Midi-Pyrénées, avec les représentants des Conseils régionaux de Languedoc-Roussillon et d’Aquitaine et le président de l’Association des communes riveraines du canal des Deux-Mers.
Le champignon tueur serait arrivé en Provence en 1944, dans les malles en bois des GI américains. La bactérie se propage maintenant le long du canal du Midi, classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Un premier foyer a été découvert en 2006 dans l’Aude, à Villedubert. Depuis, le phénomène enfle : 60 foyers ont été détectés en 2010 entre Castelnaudary et l’étang de Thau, près de Sète.
L’impact sur le tourisme reste néanmoins limité. « À part les inquiétudes de quelques clients, nous ne subissons pas de répercussions pour l’instant », assure Felipe Escobar, chargé des partenariats commerciaux chez Le Boat, grande société de croisières qui possède une flotte de 200 bateaux sur le canal. Il craint cependant que celui-ci ne perde de son charme avec les abattages.
10 % de platanes touchés
Plus de 10 % des platanes bordant le canal du Midi seraient atteints. « La prolifération nous a fait changer de braquet », affirme Jacques Noisette, à Voies navigables de France (VNF). « Nous devons passer de 2 000 à 4 000 abattages par an pour faire face à l’épidémie. »
À partir du 15 août, VNF distribuera 10 000 plaquettes d’information pour sensibiliser grand public et usagers des voies d’eau. « On ne peut pas concevoir le canal sans arbres. Nous devons nous inscrire dans une logique de replantation », explique Jacques Noisette, qui alerte les promeneurs et les navigants sur les dangers de graver des cœurs de Cupidon sur l’écorce des platanes. La blessure d’un arbre favorise l’infection. L’amarrage des bateaux aux troncs serait un vecteur de transmission capital.
Les 42 000 platanes du canal du Midi devront peut-être tous être abattus d’ici quinze ans et remplacés par des variétés de platanes plus résistantes, ainsi que par d’autres essences, comme les frênes. Un chantier estimé à 200 millions d’euros. « Nous nous préparons à toutes les éventualités », confie Michèle Bleuse, conseillère déléguée aux espaces verts à la Ville de Toulouse. « Nos équipes d’élagueurs, formées, inspectent les arbres tous les ans. » Et d’ajouter que la maladie oblige à remplacer plus vite des arbres qu’il aurait de toute façon fallu renouveler.
VNF va engager une étude de replantation des platanes. En réponse à la demande expresse de la Commission supérieure des sites et paysages, deux premiers chantiers démarreront cet hiver pour remplacer les 4 000 platanes de Villedubert et du centre-ville de Trèbes, dans l’Aude.
Enjeu de taille pour le canal, qui devra sortir indemne de la prochaine inspection de l’Unesco, en 2012, ainsi que de la conférence mondiale des canaux, prévue à Toulouse en 2013.
Armelle Parion 

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