Portrait d’un blogueur – L’infirmier impertinent

William Réjault : « Ron l’infirmier »

William Réjault a publié ses premiers billets comme on pose un exutoire : pour se débarrasser d’une angoisse et d’un trop-plein. C’était en 2004 : six ans après son diplôme d’infirmier, alors qu’il enchaîne les missions d’intérim, son sentiment d’isolement devient trop fort : « Dans le milieu médical, je ne pouvais pas me confier. Mes collègues n’avaient pas le temps, et je n’allais pas raconter ma vie aux patients… »
 
« Des messages contre le système »
Le blog qu’il ouvre, sous le pseudonyme de Ron l’Infirmier, lui permet d’exprimer des sentiments qu’il ne peut partager ailleurs : sa révolte devant la maltraitance, son impuissance face au pouvoir absolu des médecins, sa sensibilité dans le contact quotidien avec la maladie et le handicap. Son succès, avec plusieurs centaines de lecteurs pour chaque billet, il l’explique par la sincérité perçue de son écriture. « Ce qui plaît, c’est de sentir la faille, de percevoir l’être humain derrière le blogueur… Mais j’avais du mal à parler de mes propres erreurs. Je faisais passer des messages contre le système. »
Un jour, un éditeur le contacte par Internet, évoque l’idée d’un livre. En guise de manuscrit, William Réjault lui imprime les cinquante billets les plus populaires de son blog. La Chambre d’Albert Camus et autres nouvelles paraît chez Privé en 2006. Le texte n’est quasiment pas retouché. « C’était la première fois qu’un blog devenait un livre », affirme l’auteur. Pour les infirmiers, la nouveauté est ailleurs : l’un des leurs osait élever le ton, sortir du rang d’une profession soumise à la loi du silence et à une hiérarchie implacable.
Malgré lui, William Réjault devient un porte-parole, un invité récurrent des plateaux de télévision, notamment pour parler de la maltraitance en maison de retraite, thème d’un nouveau livre (Maman, est-ce que ta chambre te plaît ?, Privé, 2009). « Je détestais cette responsabilité, que je trouvais trop lourde et biaisée, dit-il. Dans une profession si diversifiée, comment un seul pourrait-il parler au nom de tous ? Je souffrais du syndrome de l’imposteur. »
Au même moment, il décide de tourner la page. « J’aimais mon métier d’infirmier, mais je ne pouvais plus travailler. Les conditions étaient inhumaines, j’assistais à une faillite programmée du système de santé. On ne demandait plus au soignant de montrer une sensibilité, mais de faire de l’abattage. Moi, je n’avais plus rien à donner. »
La profession perd sans doute le plus impertinent de ses chroniqueurs. Lui, ferme son blog, en ouvre un nouveau, dans lequel il raconte sa vie, ses émotions, ce qu’il a « de plus juste et de plus sincère ». Sa visibilité lui a permis de décrocher un autre travail : rédacteur en chef d’Off TV, la chaîne Web d’Universal Music. Dans chacune des émissions, il sélectionne un artiste maison, à qui il demande de dialoguer avec un blogueur. A ceux qu’il rencontre aujourd’hui, il ne parle plus de son ancien métier : « Je ne correspondais pas à ce qu’ils imaginaient des infirmiers, alors, ils croyaient que je me moquais d’eux. »
« Ron l’Infirmier » : http://ron.infirmier.free.fr/
Adrien Le Gal Article paru dans le Monde édition du 09.08.11

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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