Ministre des Affaires étrangères français : Le silence d’Alain Juppé

Sud-Ouest 14 août 2011

La nouvelle règle d’or de Juppé : le silence
Le ministre des Affaires étrangères ne dit plus que du bien de Nicolas Sarkozy, qu’il n’épargnait pourtant pas.
 Alain Juppé fêtera demain ses 66 ans. Peut-être appréciera-t-il pour son anniversaire cette dépêche AFP annonçant la mise sous protection policière de Bernard-Henri Lévy, en raison de l’engagement de l’écrivain en faveur de la rébellion libyenne. S’il n’y avait ce BHL qui s’interpose entre Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères sur le conflit libyen, Alain Juppé aurait toutes les bonnes raisons pour souffler gaiement ses 66 bougies. Mais BHL gâche un peu le plaisir
En février dernier, Alain Juppé avait réclamé et obtenu de Nicolas Sarkozy d’avoir la main libre sur le volant du Quai d’Orsay, exfiltrant ainsi le secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant vers le ministère de l’Intérieur. Bernard-Henri Lévy rappelle de trop mauvais souvenirs à Alain Juppé, dont il critiquait déjà l’action à l’égard de la Bosnie entre 1993 et 1995. Et puis le maire de Bordeaux n’a qu’un mot clé : le professionnalisme. Pour lui, la diplomatie doit être conduite par les diplomates et pas par les écrivains. Le professionnalisme, c’est d’ailleurs le lien qui, malgré la férocité de leurs duels et de leurs rivalités, a toujours uni Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.
A défaut d’une réelle amitié, du respect mutuel teinté d’un peu d’admiration sur la façon dont chacun a surmonté les épreuves qui ont jalonné leur parcours. Quoi qu’il ait pu dire au printemps dernier sur ses doutes à rejoindre « le « Titanic » gouvernemental » et sur ses éventuelles ambitions présidentielles en 2012, Alain Juppé sait que Nicolas Sarkozy sera candidat à sa réélection et, n’étant pas du genre à jouer contre son camp, il veut l’aider à réussir ce combat auxquels les sondeurs ne croient pas beaucoup. Et chaque fois qu’il en a l’occasion, notamment en juillet dernier dans une interview accordée à « Sud Ouest », il répète sa surprise de pouvoir travailler en si bonne harmonie avec un homme dont il disait, par le passé, que « la seule chose dont on soit certain avec Nicolas, c’est qu’il va vous trahir ».
De son côté, tacticien hors pair, Nicolas Sarkozy a bien compris qu’il ne devait pas se formaliser des commentaires parfois acerbes que le maire de Bordeaux semait sur son blog à propos du bouclier fiscal, du discours ultrasécuritaire de Grenoble ou de la suppression de la taxe professionnelle. Rue 89 vient également d’exhumer le peu de considération que professe Alain Juppé pour cette règle d’or budgétaire que Nicolas Sarkozy veut faire voter par les parlementaires. Mais les propos datent déjà de plusieurs mois.
La nouvelle règle d’or d’Alain Juppé, c’est de se taire. Son blog est en sommeil depuis le mois de mars et on n’entend pas le ministre des Affaires étrangères sur les rivalités qui secouent actuellement l’UMP, le parti qu’il a fondé. à en croire certains médias, Nicolas Sarkozy penserait même à nommer Alain Juppé à Matignon si les Français l’élisaient pour un deuxième bail élyséen et, pour y parvenir, à lui confier la direction de sa campagne. Sur ces rumeurs, là aussi, Alain Juppé se tait.
Benoît Lasserre

 

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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