Amazonie : manifestation mondiale pour s’opposer à la construction de l’usine hydroélectrique Belo Monte

 Une manif mondiale contre un barrage monstre

 par Chris Van Hamme, Défenseur de la cause indigène le 20 août 2011 Rue 89 Planète
Une journée de manifestation se déroule à l’échelle mondiale ce samedi, y compris en France, pour la défense de l’Amazonie, pour s’opposer à la construction de l’usine hydroélectrique Belo Monte, sur le bassin du fleuve Xingu dans l’Etat du Para.
Une controverse qui dure déjà depuis plus de vingt ans, et qu’explique ici Chris Van Hamme, un documentariste et activiste français vivant en Amazonie.
Si le barrage de Belo Monte, désormais considéré comme la plus grande œuvre du Programme d’accélération de la croissance (PAC) du gouvernement fédéral brésilien, a fait l’objet de polémiques intenses dans la région depuis 2009, quand a été présentée l’étude d’impact environnemental (EIA), les débats se sont intensifiés depuis février 2010, lorsque le ministère de l’Environnement (MMA) a accordé la licence environnementale définitive pour sa construction.

En octobre 2009, la Fondation nationale indigène (Funai), organe du ministère de la Justice pour la protection des tribus indiennes, se joint aux dirigeants de la tribu Kayapo du Xingu, pour envoyer une lettre de menace au président Lula avisant que les travaux de la centrale, une fois entamés, seraient considérés comme une « déclaration de guerre ».
En guise de réponse, sous le gouvernement de Dilma Rousseff, courant février 2010, le ministère de l’Environnement a accordé la licence environnementale, sans clarifier les questions centrales en relation avec les impacts sociaux et environnementaux.
Une machette pointée au visage du directeur de la S.A. Eletronorte
La première rencontre des peuples autochtones fut le résultat d’un long processus de préparation commencé en janvier 1988. Le chercheur Darrell Posey et les Indiens Kayapo Paulinho et Paiakan Kuben, lors d’un séminaire à l’université de Floride, dénoncent le triste fait que la Banque mondiale (Bird) vient de libérer d’énormes fonds pour la construction d’un complexe hydroélectrique géant sur le fleuve Xingu, sans consulter les Indiens, la Funai, ou autre entité représentant les autochtones.
Un an plus tard, entre les 20 et 25 février 1989, à Altamira (Paaá), a lieu la première rencontre des peuples autochtones du Xingu. Sont réunies près de 3 000 personnes – dont 650 Indiens – criant au Brésil et au Monde leur mécontentement avec la politique de construction de barrages sur le fleuve Xingu.
Le premier, « Kararao » (qui sera rebaptisé Belo Monte, en signe de respect aux Indiens), est un complexe de cinq barrages hydroélectriques plannifiés par la S.A. Eletronorte.
Selon les caciques Paiakan Paulinho, leader Kayapo et organisateur de l’événement, Raoni, Krenak et Marcos Terena, l’organisation de cette manifestation est destinée à mettre un terme définitif aux décisions prises dans l’Amazonie sans la participation des Indiens. Une protestation claire contre la construction des barrages dans la région.
Dans la mémoire des Brésiliens, cette rencontre a été marquée par un geste d’avertissement historique commis par l’Indienne Kayapo Tuira, qui a pointé la lame de sa machette au visage du directeur de la S.A. Eletronorte, José Antonio Lopes Muniz.
Survenu un peu plus de deux mois après l’assassinat du leader des récolteurs de latex, Chico Mendes à Xapuri – Acre, ce geste fort de Tuira a eu des répercussions internationales attirant non seulement les mouvements environnementaux et sociaux, mais aussi les médias nationaux et étrangers.
Dix neuf ans plus tard, en 2008, a lieu la deuxième rencontre d’Altamira des peuples autochtones du Xingu et la naissance du mouvement « Xingu Vivo para Sempre », Xingu vivant pour toujours. Il rassemble régulièrement, de par le monde, des opposants à la construction du barrage de Belo Monte et autres barrages sur le fleuve Xingu.

Le « Belo Monstre », cadeau empoisonné fait à Lula
La persistance du gouvernement brésilien à vouloir construire l’UHE Belo Monte provient d’une stratégie solide basée sur la logique des arguments et des avantages comparatifs de la matrice énergétique brésilienne. Les rivières de la rive droite de l’Amazone ont des pentes propices à la production d’énergie, et le Xingù se distingue aussi pour sa position sur les fronts d’expansion économique dans la région centrale du pays.
Inscrite durant le mandat Fernando Henrique Cardoso comme l’une des nombreuses œuvres du programme stratégique « Avança Brasil », la construction du complexe hydroélectrique sur le fleuve Xingù est une partie de l’héritage laissé au gouvernement Lula élu en novembre 2002. Ce que l’on appelle au Brésil « un présent grec », un cadeau empoisonné.
La conception de Belo Monte a, depuis, été révisée et son impact réduit depuis la proposition initiale de 1980. Le lac, prévu à l’origine sur 1 200 km2, a été réduit à 400 km2.
Face à cette expérience, en ce qui concerne Belo Monte, on se doit de questionner, encore une fois, la forme antidémocratique avec laquelle le projet a été mis en route, le rapport coût-bénéfice de « l’œuvre », le sort commercial de l’énergie produite par ce « Belo Monstre », et enfin, l’inexistence d’une politique énergétique au Brésil qui favoriserait la production d’une énergie de forme alternative.
Les écologistes et mouvements sociaux sont convaincus qu’au-delà des impacts directs et indirects, « Belo Monstre » est un cheval de Troie. D’autres barrages viendront à être implantés en toute tranquillité et détruiront définitivement la vie dans la région.
le chef indien Raoni,, manifeste contre le barrage de Belo Monte,).
En partenariat avec Aujourd’hui le Brésil

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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