Air Sarko One, parce qu’il le vaut bien

Courrier International – 16 août 2011 – David Mitchell

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy descendent de l'avion présidentiel, décembre 2010.

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni-Sarkozy descendent de l’avion présidentiel, décembre 2010.

La décision de Nicolas Sarkozy d’installer deux fours – des vrais, pas des micro-ondes – à 75 000 euros dans son nouvel avion présidentiel est pour le moins étonnante. Quelle mouche l’a donc piqué ? Jamais les avions ne sont équipés de fours. Même les milliardaires qui parcourent le monde dans leur jet privé se sont faits à l’idée que, pendant les quelques heures de vol, ils devront se contenter de plats froids ou réchauffés au micro-ondes. Et les multimillionnaires qui ne voyagent qu’en première classe et ne boivent que de la Fiji [l’eau minérale des stars] et du champagne millésimé consentent généralement à attendre l’atterrissage pour déguster une omelette norvégienne. Il ne viendrait à l’idée de personne de suggérer à Nicolas Sarkozy de grimper tous les jours dans un train bondé avec des gens qu’il vient peut-être de mettre au chômage. Mais n’est-il pas préférable de se passer pendant quelques heures de croissants frais plutôt que de passer pour un enfant gâté ?

Pourquoi pas de la soupe, Nicolas ? Tu n’y as pas pensé ? C’est délicieux au micro-ondes – cela réduit le risque de la faire chauffer trop longtemps, et donc d’en altérer le goût. Beaucoup de gens aiment en manger, même au sol. Elle peut être mitonnée aux petits oignons à l’avance, sans compter que tu récupérerais un peu de monnaie sur tes 75 000 euros. A propos, 75 000 euros pour un four ? Je veux dire, d’un côté, zut ! C’est le président de la République française, il fait aménager un nouvel appareil, autant faire dans le cossu. Mais, d’un autre côté, pourquoi des fours ? C’est là prendre un risque politique qu’il serait si simple d’éviter. Peut-être cela lui a-t-il échappé. Un moment d’inattention en somme tandis qu’il levait amoureusement les yeux sur son épouse. Cela semble néanmoins peu probable. A aucun moment de la discussion sur l’aménagement de l’appareil, le responsable des travaux ne dit : « Passons maintenant aux fours… On part sur le modèle à 75 000 euros ? Super ! Voyons maintenant pour le jacuzzi. »

Peut-être les choses sont-elles perçues différemment de notre côté de la Manche, parce qu’ici la reine est obligée d’emprunter le yacht d’un type qui a fait fortune dans la gestion de parkings pour célébrer les soixante ans de son règne. Son rôle est exclusivement représentatif, elle est censée être cousue d’or, elle est notre carte de visite de luxe. Mais la mode est aux signes extérieurs de frugalité, et elle ne peut pas posséder son propre yacht ni dépenser les deniers du contribuable pour en affréter un. Et, pendant ce temps, Sarkozy commande le seul avion au monde dans lequel vous pouvez faire cuire des puddings. Or je ne suis pas sûr du tout que la France soit mieux lotie que nous sur le plan économique. La seule conclusion à laquelle je parviens est que, pour reprendre le slogan célèbre, Sarkozy veut ces fours parce qu’il le vaut bien – retombées politiques incluses.

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