La note AAA de la France ne vaut pas son pesant d’or…

Le Monde.fr – 22 août 2011 –

Depuis quelques semaines, la question de la notation AAA de la France a été au centre des préoccupations, tant des milieux politiques que des entreprises et des medias. On en a même fait un enjeu de la réélection du Président de la République. 

C’est un jeu dangereux.

Il semble que l’Elysée et Matignon considèrent cette notation comme essentielle, et justifiant des efforts supplémentaires. C’est confondre substance et apparence.

Le rôle des agences de notation est de publier une estimation de la qualité du crédit d’une entreprise ou d’un pays. Pour ma part, je n’y attacherais pas autant d’influence. Se battre pour une telle notation n’est pas un objectif qui se justifie socialement, politiquement, économiquement et financièrement.

Cela consiste a dépendre du jugement de quelques technocrates qui font un métier sur lequel des nuages sombres se sont accumulés depuis trois ans. C’est leur donner infiniment plus de légitimité qu’ils ne le méritent. La débâcle de la baisse de notation des Etats-Unis ne les a certainement pas grandis dans la mesure ou l’essentiel de leurs arguments étaient de nature politique. 

La baisse de la notation a deux dimensions : la première est ce que j’appellerais « l’opinion publique ». On a vu lors de la baisse de la notation des Etats-Unis l’émotion considérable et le chaos politique qui ont entouré cette décision qui apparaissait comme un camouflet pour Barack Obama et se sont retournés contre le parti républicain.

A ce niveau-là il est évidemment satisfaisant d’un point de vue narcissique de pouvoir se prévaloir d’une notation supérieure aux Etats-Unis.

Face aux rumeurs du 11 août, il est cependant apparu que la crédibilité d’un maintien de la note française n’était pas à toute épreuve. Ce jour-là, la question de la note de la France faisait l’objet de « rumeurs » plus ou moins bien intentionnées. Depuis, la faiblesse des banques française s’est accrue en bourse, et la chute de leurs valeur boursiere a atteint de  entre 35 et 45% en un mois. C’est un avertissement sérieux.

Depuis, la porte parole qui rassure est Carol Sirrou, Présidente de Standard & Poor’s France,  dont les responsabilités en France sont administratives et commerciales. Elle n’a pas de responsabilité en matière de notation.  Celle-ci n’a plus été réaffirmée par Standard & Poor’s depuis le lendemain de la baisse de la note des Etats-Unis . 

Mais le vrai enjeu est ailleurs. Une baisse de notation a, en principe, un effet négatif sur un élément clé de la dette publique, à savoir un renchérissement du coût de financement du pays concerné.

Apres la baisse de leur notation, les Etats-Unis ont vu les cours de leurs bons du Trésor augmenter et le coût de leur financement diminuer. En d’autres termes, la baisse de sa notation a eu « seulement » un impact psychologique et politique, mais ne s’est pas traduite par une sanction sur ses taux de financement. La prime de risque représentée par les CDS des Etats-Unis ont continué à se situer a 0,50% par an. 

La situation de la France est loin d’être rose. Son espoir de déficit budgétaire de 5,60% pour 2011 est basé sur une croissance de 2% qui semble irréaliste. Le budget 2012 s’inscrit dans une confusion dont nous devrions sortir cette semaine. La perspective d’un deficit de 3% en 2013 semble d’autant plus optimiste qu’elle devra etre executée apres les élections présidentielles . Comme l’endettement de la France a augmenté de près de 50% depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, la question des taux d’intérêt est cruciale.

Or la France a vu sa prime de risque (CDS) augmenter récemment. Elle est maintenant le triple celle des Etats-Unis et du double de l’Allemagne. La France est le pays AAA dont les taux sont les plus élevés.

La France est aussi un des pays AAA les plus endettés. Elle gagne sur l’apparence mais est de moins en moins bien positionnée sur ce qui compte vraiment : le cout de sa dette de 1.600 milliards d’euros.

La notation de la France est dès lors précaire et pourrait continuer a évoluer sur la pente glissante qui l’a caractérisée dans les dernières semaines. 

La confiance ne se décrète pas, elle se mérite. Aujourd’hui, elle est ébranlée : les investisseurs requièrent des rendements qui semblent anticiper une baisse de la note du pays.

Une notation AAA ne vaut son pesant d’or que si les réalités financières correspondantes sont solides.

Est-ce le cas de la France? La question mérite d’etre posée.

Lier son sort a une notation est périlleux et ne traite pas le cœur du problème.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
Cet article, publié dans * Train de vie de l'Etat, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.