Les socialistes n’ont toujours rien compris à l’affaire DSK

Marianne2 – Jacques Dion – mardi 23 août 2011

Il aura suffi que le procureur Cyrus Vance décide d’abandonner les poursuites contre DSK pour que la plupart des responsables du PS enterrent Nafissatou Diallo et saluent le retour annoncé du fils prodigue. A croire qu’ils n’ont rien compris à l’affaire et à ses retombées ! 

Du début à la fin (provisoire) du dossier judiciaire américain, l’affaire DSK aura rendu fous la plupart des responsables socialistes. Il aura suffi que le procureur Cyrus Vance décide d’abandonner les poursuites contre l’ancien directeur général du FMI pour que l’on entende certaines stars de la grande famille lancer des propos proprement ahurissants, comme si leur poulain était blanchi, et comme si Nafissatou Diallo était une affabulatrice avérée. C’est à croire qu’ils n’ont rien compris à l’histoire et à ses retombées (politiques et éthiques).
 
En effet, DSK n’est en aucune façon reconnu innocent des accusations portées à son encontre par la femme de chambre. Le procureur américain considère seulement qu’il n’a pas assez de preuves pour poursuivre DSK au pénal et faire reconnaître sa bonne foi par les douze membres d’un jury qui doit être unanime pour en juger ainsi « au-delà du doute raisonnable ».
 
C’est tout, et c’est déjà énorme pour DSK, désormais libre de quitter le territoire américain. Mais cela n’en fait pas un homme lavé de tout soupçon puisque la procédure se poursuit au civil, où la plaignante devra convaincre une majorité de jurés qu’il y a « prépondérance de preuves en sa faveur ». En général, une telle procédure se termine par un accord financier, ce qui atteste du caractère détestable de la justice à l’américaine, où la recherche de la vérité semble être une question annexe.
 
En attendant, un minimum de décence s’impose dès lors que l’on traite cette affaire obscure où une femme dit avoir été violée tandis que celui qu’elle désigne comme son agresseur prétend juste avoir eu avec elle une relation « consentie » et digne d’une performance olympique (sept à neuf minutes montre en mains, négociation préalable comprise).
    
En dépit de toutes les zones d’ombres qui demeurent, les principaux dirigeants socialistes ont donc enterré Nafissatou Diallo et salué le retour annoncé du fils prodigue, nonobstant les questions que pose un étrange comportement récurrent. Harlem Désir, secrétaire général par intérim, connu pour son goût des bourdes à répétition, a parlé d’un « heureux dénouement ». François Hollande s’est dit « très réjoui », ajoutant que DSK pouvait vite « être utile à son pays ». Martine Aubry a confié qu’elle était « très heureuse ». Calculette en mains, Jean-Christophe Cambadélis, s’est félicité d’un « dénouement positif » pour DSK, alors que « 131.000 unes de journaux l’ont mis à bas ». Quant à Bertrand Delanoë, vitupérant le règne de « l’emballement » et de la « rumeur », il a formé le vœu « que la voix désormais libre de Dominique Strauss-Kahn puisse contribuer, au moment et sous la forme qu’il choisira, à l’effort collectif pour le progrès et la justice, en France et en Europe ». Va-t-on voir DSK débarquer en vedette américaine aux universités d’été du PS à La Rochelle ?
        
Tant d’impudence laisse pantois. Certes, il y a de quoi s’offusquer du traitement réservé par la justice américaine (digne des westerns) à l’ex directeur général du FMI.  Certes, la traque médiatique de DSK et de sa famille est parfaitement détestable. Mais de là à en faire l’équivalent du capitaine Dreyfus, c’est ne rien avoir compris au film.

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