Palais du Luxembourg – l’alternance est-elle possible ?

par Patrick Roger

Le Sénat n’a jamais été aussi près de basculer à gauche

Le Sénat s’apprête-t-il à connaître un changement historique ? Les élections sénatoriales du 25 septembre constituent un enjeu majeur. Droite et gauche ne s’y trompent pas, qui se livrent une bataille féroce. Les uns pour conserver la majorité au Palais du Luxembourg, les autres pour faire basculer le Sénat à gauche pour la première fois depuis le début de la Ve République. A quelques mois de l’élection présidentielle, l’événement revêtirait une dimension considérable.
Forte des succès enregistrés aux élections municipales, cantonales et régionales depuis 2004, la gauche, qui gère actuellement la quasi-totalité des régions, six départements sur dix et près de 1 500 communes de plus de 3 500 habitants contre 1 400 à la droite, veut toujours croire l’alternance possible. « Les primaires des sénatoriales, ce sont les élections locales. On les a gagnées », assure le président du groupe socialiste du Sénat, Jean-Pierre Bel.
Sauf que remporter les primaires ne garantit pas la victoire au tour décisif, celui qui déterminera la majorité sénatoriale et, en définitive, le prochain président du Sénat, dont l’élection aura lieu le 1er octobre. Pour que la gauche devienne majoritaire, il lui faut un gain net d’au moins 22 sièges. Les estimations de gains et de pertes par département réalisées par Le Monde lui accordent une progression de 20 sièges.
Même si la composition des collèges électoraux est connue – les conseils municipaux ont élu leurs délégués le 17 juin -, les estimations en matière électorale ne sont pas une science exacte. Nul n’aurait prédit, pas même les premiers intéressés, que le Parti socialiste gagnerait 21 sièges en 2008, alors que le renouvellement ne concernait qu’un tiers des effectifs. Le collège électoral étant composé à 95 % des délégués des conseils municipaux, avec une surreprésentation des petites communes, nombre de « grands électeurs » n’ont aucune appartenance partisane. Leurs votes ne sont pas « fléchés ». « Ce qui est important, ce sont les vents dominants, ceux qui, en 2008, ont permis d’engranger des résultats supérieurs à ceux qu’on attendait », note M. Bel.  Reste à savoir dans quel sens iront les vents de 2011.
Insondable mystère
Autre facteur d’incertitude : le nombre de candidatures et de listes présentes. Le dépôt des déclarations de candidature ne sera ouvert que le 5 septembre, jusqu’au 16. La majorité avait fait les frais, en 2008, de la division et des dissidences. Elle a déployé de considérables efforts, cette fois, pour en limiter le nombre, sans toujours y parvenir. Dans les scrutins de liste à la proportionnelle selon la règle de la plus forte moyenne, le résultat final peut varier à quelques voix près en fonction de la dispersion des candidatures.
Enfin, la personnalité des candidats, leur notoriété et leur implantation locale, restent des facteurs déterminants dans un scrutin de nature si particulière, où l’on connaît quasiment chacun des électeurs, et où il faut savoir les convaincre un par un ou presque, jusqu’au vote, et parfois, quand il s’agit d’un scrutin majoritaire, entre les deux tours. Les alliances, les reports de voix, les défections se scellent bien souvent autour des tables réservées aux abords des préfectures, entre le dépouillement du premier tour le dimanche matin et l’ouverture du second dans l’après-midi.
Si les succès enregistrés par la gauche dans les scrutins intermédiaires lui garantissent d’importantes marges de progression dans une douzaine de départements métropolitains et d’outre-mer, elle va en revanche faire les frais du changement du mode de scrutin dans les départements élisant trois sénateurs, où la droite a rétabli le scrutin majoritaire, alors qu’en 2001 ceux-ci étaient concernés par la proportionnelle.
Aussi un changement de majorité n’apparaît-il pas comme l’hypothèse la plus probable. Reste un insondable mystère : pourquoi, en dépit de l’imposante majorité dont elle dispose dans les collectivités territoriales, la gauche ne parviendrait-elle toujours pas à devenir majoritaire au Sénat, la Chambre qui, selon la Constitution, « assure la représentation des collectivités territoriales » ?
Article paru dans le MONDE  l’édition du 26.08.11

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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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