Rigueur – La France ménage plus les riches que ses voisins – Tableau : taux d’imposition pays européen

Eco 89 Par MyEurop regarder ailleurs, mieux comprendre 25 août 2011

 Le premier ministre français, François Fillon, a finalement tranché : la contribution des plus haut revenus à l’effort de rigueur budgétaire prendra la forme d’un prélèvement exceptionnel de 3% sur l’ensemble des revenus dépassant 500 000 euros annuels. On s’attendait à une taxation de 2% sur les revenus supérieurs à un million
Cela dit, le produit de cette mesure restera symbolique puisque François Fillon a évoqué le chiffre de « 200 millions environ ». Un montant dérisoire à l’aune des 11 milliards d’économies budgétaires supplémentaires annoncées.
Devant l’insistance de l’Elysée, le gouvernement a finalement renoncé à créer une tranche supplémentaire de l’impôt sur le revenu – on parlait d’un taux marginal de 46% (contre 41% actuellement à partir de 71 000 euros) pour les revenus supérieurs à 250 000 euros annuels.
Outre le fait qu’elle aurait présenté un caractère pérenne, une telle initiative aurait fait rentrer beaucoup plus d’argent dans les caisses de l’Etat, compte tenu du nombre plus élevé de contribuables concernés. Elle aurait également rapproché la France des politiques fiscales mises en œuvre récemment par ses voisins.
Allemagne : un « impôt sur les riches »
En Allemagne, le taux marginal de l’impôt sur le revenu a fortement reculé sous le gouvernement de Gerhard Schröder, passant de 53% en 1999 à 42% en 2004. L’idée du leader social-démocrate était de freiner la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.
Néanmoins, en 2008, au temps de la grande coalition entre la CDU d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD, un nouveau taux marginal de 45% a été introduit pour les revenus supérieurs à 250 000 euros. A l’époque, cet « impôt sur les riches » avait été justifié par la baisse récente de l’impôt sur les sociétés.
En 2009, CDU et Libéraux ont remporté les élections sur des promesses de baisses de l’impôt sur le revenu. Les Libéraux, notamment, souhaitaient l’introduction de cinq paliers d’impôts à la place de la progressivité très linéaire de l’impôt allemand actuel. Mais ils n’envisageaient pas de remettre en cause « l’impôt sur les riches » et donc le taux de 45%. La réforme fiscale a, de toute façon, été ajournée sine die par la Chancelière en mai 2010 devant la nécessité de consolider le budget.
En revanche, depuis qu’il est dans l’opposition, le SPD réclame le relèvement du taux marginal. Son programme prévoit même de fusionner les deux derniers paliers et d’imposer tous les revenus de plus de 53 000 euros annuels à 49%.
Les Verts, actuellement bien placés dans les sondages, prévoient quant à eux de ramener le taux de 42% à 45% et donc d’imposer tous les revenus de plus de 53 000 euros à ce dernier taux. Il s’agit pour les deux partis de mener à la fois une politique ambitieuse sur le plan social et environnemental sans renoncer à la consolidation budgétaire. Cette question fiscale apparaît comme une vraie ligne de rupture entre droite et gauche en Allemagne, et elles sont assez rares, car CDU et FDP refusent de revenir sur le système actuel.
Espagne : contribution des plus aisés
En Espagne, à l’occasion du budget 2011, le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero a rempli sa promesse de faire participer les plus aisés à l’effort d’austérité en augmentant l’impôt sur le revenu pour les ménages gagnant plus de 120 000 euros et 175 000 euros.
Ont été ainsi créées deux nouvelles tranches d’imposition imposées respectivement à hauteur de 44% et 45% contre 43% auparavant. Ce taux peut atteindre jusqu’à 49%, en fonction des normes en vigueur dans les communautés autonomes.
En Espagne, ces communautés autonomes gèrent 50% de l’impôt sur le revenu. Ainsi, en 2010, le gouvernement catalan avait annoncé l’augmentation de deux et quatre points de l’impôt sur les revenus supérieurs à 120 000 euros et 170 000 euros respectivement.
Italie : la taxe de solidarité
Le président du Conseil Silvio Berlusconi vient d’annoncer, il y a quelques jours, l’instauration d’une taxe de solidarité sur les plus hauts revenus. Entre 90 000 et 150 000 euros de revenus annuels, cette taxe sera de 5%. Elle sera portée à 10% pour tous les revenus supérieurs à 150 000 euros.
En outre, les revenus du capital se voient désormais frappés d’une taxe de 20% contre 12,5% précédemment.
Royaume-Uni : la rigueur « juste »
Au Royaume-Uni, le premier ministre conservateur David Cameron a inventé le concept de rigueur « juste » pour faire passer une douloureuse cure d’austérité.
Mesure phare : le taux marginal de l’impôt sur le revenu est passé à 50% au-delà des 150 000 livres (175 000 euros environ) de revenu annuel alors qu’un tel taux n’existait pas avant l’année fiscale 2010/2011. Les revenus au-delà des 37 400 livres annuelles étaient auparavant taxés à 40% maximum.
Dans le même temps, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, a indiqué une baisse du taux d’imposition des sociétés à 24% contre 28% actuellement pour rendre l’économie britannique plus « compétitive ».
Belgique : le matraquage
« Malheureux comme un contribuable en Belgique », devrait-on dire. Dans ce pays, tous les revenus sont en effet « matraqués ». En bas de l’échelle, un taux de 25% s’applique dès le premier euro de revenu. A partir de 11 300 euros (à peine le niveau du smic en France), on passe à un taux de 40%. Et le taux marginal de 50% s’applique à partir de 34 300 euros.
Les voisins de la France, on le voit, pratiquent des taux marginaux plus élevés. Certes, il faut remarquer que le taux maximum français s’applique aux revenus seulement supérieurs à 70 000 euros alors que les taux « aggravés » en Allemagne, Royaume-Uni et Espagne ne frappent qu’à partir de montants de revenus beaucoup plus élevés (respectivement 275, 175 et 120 000 euros).
Il n’empêche : dans ces trois pays, le taux qui suit immédiatement le taux marginal est soit plus élevé, soit presqu’équivalent au taux marginal français (42%, 40% et 43%). Quant à la Belgique, son taux marginal de 50% frappe déjà des revenus de cadres moyens.
Marc Deger (Paris), Fernando Navarro (Paris), Tristan de Bourbon (Londres) et Jan Fränkel (Francfort)

Illustration et graphique : le prince Jean dans « Robin des Bois » de Walt Disney ; taux d’imposition marginal maximal dans des pays européens.
En partenariat avec MyEurop.info
 
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
Cet article, publié dans Economie, Europe, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.