Valérie Pécresse lâche le petit secret de la « règle d’or » : C’est dit, cash. La « règle d’or » est avant tout un moyen de protéger les citoyens contre leurs néfastes élus ….

Par Pascal Riché | Rue89 | 27/08/ 2011
Déclaration sans fard de Valérie Pécresse, ministre du Budget, dans Le Figaro :
« La règle d’or protégerait les Français de tous les aléas politiques. C’est une ceinture de sécurité. N’oublions pas que nous allons entrer en campagne électorale, moment de toutes les promesses imprudentes. »
C’est dit, cash. La « règle d’or » est avant tout un moyen de protéger les citoyens contre leurs néfastes élus. La démocratie (qui veut que le pouvoir soit conféré au peuple et à ses représentants) doit être bridée pour que les « aléas politiques » n’affectent pas la vie de la cité.
Car quels sont ces aléas auxquels pense Valérie Pécresse ? Les élections. Les engagements des candidats. Peut-être même l’alternance ?
A la lire, la politique budgétaire serait une chose trop sérieuse pour être laissée à des gouvernements, fussent-ils responsables devant un parlement. Il faudrait l’encadrer strictement, constitutionnellement.
En 1993, même débat autour de la politique monétaire
Il y a dix-huit ans, un tel argument était avancé en France, mais il concernait alors la politique monétaire. Il fallait « retirer le pot de crème de la garde du chat », pour reprendre une expression alors en vogue. Comprendre : empêcher les hommes politiques de « faire tourner la planche à billets », c’est-à-dire de contrôler la création monétaire.
Le Premier ministre Edouard Balladur avait donc fait voter une loi donnant l’indépendance à la Banque de France. Cinquante députés de droite (dont quarante gaullistes) avaient refusé de la voter, pour afficher leur attachement au primat du politique sur les experts.
Les hommes politiques ne sont pas suffisamment sérieux pour piloter l’industrie, nous disait-on en 1986 au moment des grandes privatisations. Ils ne sont pas suffisamment sérieux pour gérer la monnaie, a-t-on décrété en 1993. Ils ne sont pas suffisamment sérieux pour gérer la politique budgétaire, nous dit-on aujourd’hui…
Le pouvoir continue de basculer de l’élu au spéculateur
Le libéralisme économique a beau laisser un bilan calamiteux, un monde malade de ses inégalités, il reste triomphant dans les discours des dirigeants.
Et peu à peu, en s’appuyant sur la défiance des électeurs vis-à-vis de leurs élus, on remplace la politique par des règles d’or, l’intervention publique par la « régulation », le gouvernement par la gouvernance, les élus par des autorités économiques indépendantes, des organisations internationales d’experts, des agences de notation.
Toujours sous la pression des marchés financiers. En 1993, c’était la spéculation sur le franc, aujourd’hui, c’est la spéculation sur les dettes souveraines. Craquement après craquement, loi après loi, le pouvoir continue de basculer peu à peu : du politique vers l’économique, de l’élu vers le spéculateur.
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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