Internet – Le « kit anti-censure » progresse aux États-Unis

Le Point.fr – 31/08/11 – Guerric Poncet

Baptisé « Commotion », un nouveau logiciel doit permettre de déployer un réseau sans fil sur de grandes étendues, sans forcément passer par un FAI.

Internet - Le "kit anti-censure" progresse aux États-Unis

Un accès à Internet parallèle pourrait être déployé dans les pays totalitaires.

Dans son grand discours sur la cyberpolitique américaine, Hillary Clinton avait prévenu : les États-Unis, « berceau » de l’Internet, ont la « responsabilité » de le protéger. En juin dernier, le New York Times indiquait que dans cette optique, l’administration Obama travaillait sur plusieurs projets de « valise anti-censure du Net », afin de créer plus facilement des réseaux fantômes dans les zones sensibles du globe, où les communications sont filtrées. L’un de ces projets, baptisé Commotion, semble aujourd’hui bien avancé, comme le relève Le Monde.
L’installation du logiciel sur n’importe quel ordinateur équipé du Wi-Fi suffirait à déployer le réseau. « Le seul outil indispensable, c’est une clé USB », déclare au quotidien un responsable du projet. Ensuite, chaque appareil équipé du Wi-Fi (ordinateur, smartphone, tablette, etc.) pourrait s’y connecter, sous réserve d’être dans une zone couverte, et ainsi étendre la couverture autour de lui. Comme sur tout réseau, l’accès à Internet pourrait être de la partie si un ou plusieurs appareils, éventuellement situés dans un autre pays, partagent leur connexion avec les autres.
Le problème du cryptage
On peut ainsi imaginer un réseau installé aux frontières d’un régime dictatorial et couvrant une bande de territoire au-delà de la frontière, permettant ainsi aux habitants opprimés d’utiliser les connexions à Internet du pays voisin. Avec suffisamment de relais, il n’y a virtuellement pas de limite à la zone de couverture. Si les antennes de nos box émettent sur quelques dizaines de mètres, la technologie Wi-Fi est capable d’atteindre plusieurs kilomètres de portée avec du matériel adéquat.
Le réseau est techniquement simple à déployer, et l’apport essentiel de Commotion sera un système de cryptage. En effet, le Wi-Fi tel qu’on l’utilise en France ou aux États-Unis est une véritable passoire. Les cryptages WEP et, dans une moindre mesure, WPA, ne sont pas fiables. Fournir une connexion à des dissidents ne doit pas les exposer davantage à l’espionnage des autorités : si réseau il y a, il doit être parfaitement sécurisé. C’est ce point qui retient toute l’attention des ingénieurs, et qui repousse la sortie d’une version finale du logiciel à 2012.
Chez les tyrans oui, pas chez nous
Commotion est financé à hauteur de 2,3 millions de dollars par an par la New American Foundation, via sa branche high-tech, l’Open Technology Initiative (présidée par Éric Schmidt, l’ancien P-DG de Google). Le projet est aussi soutenu par le Département d’État, qui a accordé une subvention de 2 millions de dollars en 2011, dans la lignée de la stratégie définie par Hillary Clinton. L’objectif du gouvernement américain est de disposer d’outils facilement déployables sur les zones de conflit, officiellement afin de défendre la liberté d’expression même lorsque les tyrans filtrent le Web. Et officieusement, afin d’aider la CIA et autres services secrets à influencer le cours des événements en leur donnant une fantastique arme dans la guerre de l’information.
L’idée de créer un réseau sans fil parallèle aux réseaux de télécommunications des opérateurs ne date pas d’hier. En juin 2000, un collectif d’habitants de Seattle (à quelques kilomètres du siège mondial de Microsoft…) avait créé Seattle Wireless, un réseau Wi-Fi qui permet aux habitants de partager des contenus sans passer par Internet, ou d’accéder au Web sans abonnement chez un FAI (pour peu qu’un autre membre partage sa propre connexion sur les ondes). C’était une première. En France, de nombreuses associations avaient ensuite créé de tels réseaux, de Lille à Marseille, en passant par Paris, Lyon, Nantes, Albertville ou encore Brest, via la Fédération France Wireless.
Mais aucun de ces projets, où qu’il soit, n’a connu de grand succès populaire. La guerre menée par les opérateurs télécom, qui craignent d’être partiellement court-circuités, ainsi que la peur des autorités de France et d’ailleurs face à ce qu’elles ne peuvent contrôler, y sont sans doute pour quelque chose. Un réseau libre, parallèle et gratuit, c’est bon pour lutter contre les dictatures, mais pas vraiment compatible avec le business, avec le Patriot Act américain, ou avec la Hadopi française…

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