LIBYE. Les enjeux inavoués de la Conférence de Paris

 Le Nouvel Observateur    01-09-11
Si la France a pris l’initiative de convoquer ce jeudi les représentants d’une soixantaine de pays, c’est aussi avec d’autres idées en tête. Par Sarah Halifa-Legrand et Sarah Diffalah.
 Vers Ben Jawad, le 30 août 2011, à 100 km de Syrte. AFP /ERIC FEFERBERG
Préparer l’instauration d’un Etat de droit et la reconstruction du pays après 42 ans dictature et une guerre de six mois : c’est un travail de Titan qui attend la Conférence des « amis de la Libye » qui se tient à Paris ce jeudi 1er septembre.
 Mais les grand-messes étant rarement le théâtre de prises de décisions concrètes, le but est avant tout, souligne un diplomate français, de « porter le message que nous sommes disposés, nous, communauté internationale, à aider cette Libye nouvelle » et d’écouter le Conseil national de transition (CNT), l’organe politique de la rébellion, « préciser sa feuille de route politique et formuler ses demandes », comme l’a souligné Alain Juppé. Il va falloir reconstruire, voire construire tout bonnement le pays : sécurité, financement, santé, éducation, infrastructures… Autant de défis qui ont fait l’objet de réunions préparatoires, notamment à l’Onu. On y a en particulier discuté de l’organisation d’élections dans un pays où, « de mémoire d’homme, aucune élection n’a jamais été organisée« , comme l’a observé Ian Martin, le conseiller spécial du secrétaire général de l’Onu Ban-Ki-Moon pour la préparation de l’après-conflit.
Ce sont les raisons avancées par Paris pour justifier la tenue de cette Conférence. Mais si la France a pris l’initiative de convoquer cette Conférence, c’est aussi avec d’autres idées en tête.
Légitimer l’opération
Paris entend dissoudre le Groupe de contact, créé en mars pour coordonner la réponse internationale à la crise libyenne, dans cette Conférence des amis de la Libye à la base bien plus large puisqu’elle rassemble une soixantaine de délégations. Or, « tous ceux qui seront là manifesteront leur reconnaissance effective du nouveau gouvernement libyen« , estime un diplomate – ce que la Russie a fait à la dernière minute, ce jeudi matin. L’idée est d’assoir la légitimité du CNT et d’obtenir, rétrospectivement, une sorte de reconnaissance tacite du bien-fondé de l’intervention de l’Otan en Libye.
La manœuvre n’a d’ailleurs pas trompé ceux qui, depuis le début, y sont réticents. Alors que la plupart des Etats seront représentés au plus haut niveau, la Chine et la Russie, qui n’ont jamais cautionné les frappes de l’Alliance, n’envoient à l’Elysée que le vice-ministre des Affaires étrangères chinois et l’émissaire spécial du Kremlin pour l’Afrique.
Mais la France avait probablement fait le pari qu’en dépit de leurs réserves, Pékin et Moscou seraient de la partie pour ne pas perdre une miette de la reconstruction. L’Allemagne a bien compris le message : Angela Merkel a répondu présente, renvoyant au passé son abstention lors du vote de la résolution 1973 autorisant le recours à la force pour protéger les civils libyens et son refus de participer aux opérations de l’Otan.
La suite :
La bataille économique
Sécuriser discrètement le pays
Le chantage de Moscou et Pékin
 
: Libye, Syrte, Kadhafi, CNT, rebelles, renforts

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