Fulgurants progrès de la dissidence au Sarkozistan

Arrêt sur images – 2 septembre 2011 – DS.

Arrivé en urgence au Sarkozistan qui vient d’entrer en crise, l’envoyé spécial que nous avions déjà accueilli l’an dernier câble ici son reportage. .

En quelques heures, la classe politico-médiatique du Sarkozistan est sortie de sa léthargie estivale, pour entrer dans un de ces pugilats furieux, aveugles, dont elle semble avoir le secret. Ce ne sont pas les inextricables difficultés financières, dans lesquelles le Sarkozistan, à force d’exempter ses riches de tout impôt, se débat comme ses voisins, qui ont produit la déflagration. Ce n’est pas l’insolente aumône proposée par une poignée d’oligarques, en échange d’une violente pression (« un tour de vis supplémentaire », disent pudiquement depuis vingt ans les commentateurs locaux) sur la masse des habitants. Ce n’est même pas la taxation des sodas sucrés ou des parcs de loisirs, ultimes expédients inventés par un régime aux abois pour retarder encore le moment de la grande mise à plat de tous les privilèges.

Non. Le détonateur a été la publication surprise d’un livre dans lequel 27 disgrâciés, anciens nomanklaturistes pour beaucoup d’entre eux, racontent leur voyage sans retour vers les oubliettes du régime. Et étonnamment, les auteurs de ce livre n’appartiennent pas à un de ces sites Internet dissidents, sulfureux et confidentiels, qui mènent une interminable bataille contre les abus du système. Non. Ils travaillent tous deux dans un journal d’opposition modérée, toléré par le régime, un de ces journaux que lisent, et dans lesquels s’expriment volontiers les oligarques. Pour accélérer encore le déclenchement de la crise, on apprenait le lendemain que la police secrète, contrairement aux serments officiels, avait bel et bien espionné le téléphone portable de l’un des deux auteurs. La servilité et la versatilité des journalistes du Sarkozistan n’étant tempérées que par leur corporatisme, cette révélation pourrait bien, au moins pour un temps, braquer contre le régime une bonne partie de la presse (ainsi, le succès diplomatique réel remporté le même jour par l’Homme Fort dans la guerre contre la Libye, est presque passé au second plan).

C’est bien d’ailleurs ce qui semble confusément paniquer le noyau dirigeant. Il faut comprendre que ce noyau ne tient que par l’intimidation et la peur. Attention: ce n’est pas le peuple, qui tremble. Accablé par la pauvreté et le chômage, le peuple balance seulement entre haine et fatalisme. Mais la peur de l’élite, qui redoute de tomber en disgrâce, et de perdre ses privilèges. Etrangement, cette concentration de récits d’humiliations, pourtant déjà individuellement connus, et que l’on se colportait en chuchotant dans les cercles dirigeants, a produit un de ces effets de révélation qui, en fin de règne, peuvent être irréversibles, accélérer radicalement la décomposition, voire produire d’imprévisibles révolutions de palais. Le petit Etat voyou va-t-il enfin être acculé à se voir tel qu’il est ?

Sarkozistan Sarkozy téléphone

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