Education : la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves s’en prend à l’hypocrisie du gouvernement

 Jean-Jacques Hazan, le président de la FCPE, dresse un sévère état des lieux

« Tout va bien », affirme Luc Chatel, en cette rentrée 2011. Les syndicats font mine de ne pas comprendre : « mais qu’entend-il par là ? » demande un communiqué de la FCPE du lundi 5 septembre, dans lequel la fédération de parents d’élèves se joint au mouvement de grève du 27 septembre.
« Dégradation des conditions de scolarisation des élèves », « éviction du système des enfants et des jeunes », « renoncement à la lutte contre l’échec scolaire », abandon des « milliers d’enfants qui n’iront pas en maternelle »…
Les griefs énumérés dans le communiqué sont nombreux. Et la colère se renforce face au discours du ministre de l’Education, qui enchaîne sa troisième rentrée à ce poste.
Sur-mesure
L’école se doit de pratiquer le « sur-mesure », dit le ministre. « On n’a pas la même notion de la « mesure » ! », rétorque Jean-Jacques Hazan, le président de la FCPE, contacté par le Nouvel Observateur. « Quand on ne remplace pas un départ à la retraite sur deux, on ne fait pas du « sur-mesure » ! », continue-t-il en s’indignant : »dans certaines régions très touchées par la crise, comme le Nord-Pas-de-Calais, le gouvernement refuse de maintenir des postes dans des écoles maternelles ! »
Luc Chatel souhaiterait mettre en avant une « une pédagogie individualisée ». Mais « le gouvernement a anéanti toute pédagogie« , estime le président de la FCPE. « Ce n’est pas en assurant une demi-heure de soutien scolaire aux enfants en difficultés, souvent une simple aide aux devoirs, qu’on résoudra quoi que ce soit. Mais au contraire en formant véritablement les professeurs à l’enseignement », explique-t-il.
« Il faut plus de maîtres que de classes, il faut arrêter d’externaliser les élèves en difficultés du dispositif scolaire », continue-t-il. « Être professeur, ce n’est pas faire écouter un cours, pour peu que les élèves écoutent. C’est être acteur. Nous avons besoin qu’une nouvelle relation pédagogique se forme ».
Et que fait le gouvernement ? Il plonge dans le grand bain les jeunes diplômés du Capes, les « professeurs stagiaires », sans formation. Alors que sont arrivés hier sur les bancs du collège le fruit du « boom de l’an 2000 », soit 35.000 élèves de plus, pour 14.000 postes de profs de moins.
Mobilisation
La FCPE s’associe donc à la « mobilisation intersyndicale du 27 septembre dans l’Education nationale », avec Ferc-CGT, FSU, Sgen-CFDT, Unsa Education et même la principale fédération du secteur privé, Fep-CFDT.
« Nous voulons réaffirmer notre cohérence et notre détermination », déclare Jean-Jacques Hazan, malgré l’inaction du gouvernement qui reporte les débats à l’après 2012. Car l’approche de l’élection présidentielle ne laisse pas présager une meilleure écoute des syndicats par le ministère.
« Parfois le gouvernement cède à l’approche des échéances électorales, mais pas la plupart du temps », explique le président de la FCPE, qui espère néanmoins que les presque 70.000 signatures rassemblées par la pétition « De l’ambition pour l’Ecole publique ! », dont celles de nombreux élus locaux, aura un impact sur les parlementaires.
« L’accès à l’Ecole maternelle doit être un droit pour tout enfant dont la famille le demande, dès l’âge de deux ans ! L’Education nationale doit assurer la continuité du service public et remplacer les enseignants absents dès la première heure ! La formation des enseignants à la pédagogie et à la psychologie de l’enfant et de l’adolescent doit être rétablie », réclame la pétition, signée notamment par Cécile Duflot, secrétaire nationale d’Europe Ecologie – Les Verts, et Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale.
Poudre aux yeux
Un des soucis des syndicats, c’est le retour régulier de polémiques surfaites, de « digressions destinées à faire regarder ailleurs » comme les qualifie Jean-Jacques Hazan. Le retour de la morale à l’école est l’une d’elle. « Ce débat n’a rien de nouveau », commente-t-il. Effectivement, dès la rentrée 2008, Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, remplaçait l’éducation civique par « l’éducation civique et… morale ».
« Quand reviendra le débat sur la Marseillaise à l’école ? » s’interroge Jean-Jacques Hazan. Probablement quand il faudra éviter d’aborder de nouveau des non-remplacements de professeurs, très hypocritement. 
 Nouvel Obs 6 septembre 2011

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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