Les dindons de la dette

Siné mensuel n°1 – 7 septembre 2011 – Pierre Concialdi

Depuis plus de trente ans, « la crise » a servi d’alibi pour tondre la laine sur le dos des salariés. Avec la dette, sarkozy veut désormais leur faire la peau.

LA FRANCE VIT « AU-DESSUS DE SES MOYENS ! », il faut donc que les salariés se serrent davantage la ceinture. C’est la fable du gouvernement pour faire avaler son plan d’austérité. Une fable contredite par plusieurs rapports officiels. Car les dépenses ne se sont pas envolées. La sévère récession de 2009 a, bien sûr, fait grimper la part des dépenses publiques dans le PIB, comme en 1993 ou en 1975. Mais celles-ci ont baissé de façon régulière de 1993 à 2007 (d’environ 55% à 53%). Cette baisse est essentiellement le résultat du désengagement de l’Etat, lequel est par ailleurs le principal responsable (à près de 80%) de la dette publique.

Si le déficit a continué à se creuser malgré cette baisse des dépenses, c’est parce que les recettes ont fondu avec les cadeaux fiscaux offerts aux riches et aux entreprises. Cette tendance s’est accélérée avec la droite au pouvoir : les recettes de l’Etat sont passées d’environ 21% du PIB en 1988 à 19% en 2002 pour dégringoler à 17% environ en 2008. Un rapport parlementaire (rapport Carrez) chiffre entre 100 et 120 milliards le manque à gagner dû à ces gâteries. L’audit rendu en avril 2010 par le directeur général de l’Insee et son prédécesseur le confirme : sans ces pertes de recette, « la dette publique serait environ 20 points plus faible aujourd’hui qu’elle ne l’est en réalité ». Autrement dit, ce sont ces cadeaux fiscaux qui ont plombé les finances publiques depuis dix ans.

Sans ces mesures et même après la récession de 2009 qui a fortement gonflé les déficits, la France serait à peu près dans les clous européens, avec une dette à peine supérieure à la limite des critères de Maastricht (60% du PIB). Il faut bien du culot au gouvernement pour faire payer aux salariés le coût de sa gabegie fiscale ! D’autant que la dette est une manne pour les bénéficiaires de ces cadeaux fiscaux qui souscrivent aux emprunts d’Etat.

C’est le double jackpot pour les nantis. On allège leurs impôts et les dépenses de l’Etat servent en plus à leur payer une rente. Sur cent euros dépensés par l’Etat, dix vont aujourd’hui dans l’escarcelle de ces heureux prêteurs. On dépense de moins en moins pour l’école publique et l’hôpital, mais on continue à bien soigner les rentiers.

C’est clair : les salariés n’ont pas à faire les frais de cette politique qui fait grossir de façon délibérée des dettes illégitimes. L’annulation d’une large partie de cette dette, détenue par des fonds spéculatifs et des milliardaires est désormais à l’ordre du jour.

C’est le sens de l’appel à la constitution d’un audit citoyen de la dette publique, lancé par l’association Attac cet été.

A propos werdna01

Hors des paradigmes anciens et obsolètes, libérer la parole à propos de la domination et de l’avidité dans les domaines de la politique, de la religion, de l’économie, de l’éducation et de la guérison, étant donné que tout cela est devenu commercial. Notre idée est que ces domaines manquent de générosité et de collaboration.
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