Témoignage – La spirale infernale pour un père de trois enfants

 Arnaud, trois enfants et moins de 1000 euros mensuels, est menacé de coupure de courant à Saint-Pierre-de-Buzet (47). La semaine dernière, il luttait pour son fils Mathis, 4 ans, privé de cantine scolaire à cause d’impayés…

Sud Ouest Mardi 6 septembre 2011 Par Jean-Marc Lernould
 
Arnaud est désormais menacé d’une coupure de courant. e. p. ( Pédezert Emmanuelle)

 Jean-Michel Mespoulède et François Gibert soutiennent la famille d’Arnaud, qui pourrait se voir privée d’électricité à partir d’aujourd’hui. Photo j. -m. l.( lernould)
La rentrée 2011, Arnaud s’en souviendra. Ce père de trois enfants, domicilié à Saint-Pierre-de-Buzet, s’avouait hier matin « soulagé, mais encore tendu » après le bras de fer qui l’a opposé au Conseil municipal de Calonges.
 Le maire du village avait dans un premier temps refusé d’accueillir à l’école son fils de 4 ans, Mathis, arguant d’une dette de 458 euros. Désavouée par le sous-préfet et par l’Inspection de l’Éducation nationale, la mairie a laissé rentrer normalement le bambin, « très bien accueilli par sa maîtresse », selon son père, qui précise que « la cantine et la garderie sont payées jusqu’en décembre ». Pas le temps de souffler pour autant.
D’autres échéances inquiètent en effet le père de famille, à savoir l’injonction faite aux agents d’ERDF de lui couper le courant aujourd’hui. Arnaud, qui vit avec trois enfants à charge, reçoit 450 euros du Pôle emploi, et 509 de la CAF – trop juste pour régler dans les temps ses factures d’électricité, et il cumule actuellement 2 300 euros de dettes. Paradoxalement, cet avis de coupure précéderait de quelques jours le passage du dossier d’Arnaud devant la Commission nationale de surendettement, prévu pour le 16 septembre, ainsi qu’une formation et des perspectives d’emploi.
Des perspectives d’emploi
Toujours à partir du 16 septembre, Arnaud doit débuter une formation de trois mois qui lui permettra de conduire de gros engins de BTP. Ce qui tombe bien, car le chômeur a justement constaté que le Pôle emploi proposait des offres dans ce domaine et qu’il est fort possible qu’il trouve un travail à la mi-décembre, à l’issue de cette formation.
« Pourquoi, alors, le priver, lui et sa famille, d’électricité ? » demande François Gibert, membre du Parti de gauche et de la CGT, qui soutient Arnaud dans ses démêlés. « Pourquoi couper le courant à quinze jours de la réunion de la Commission nationale ? Et même si celle-ci répondait par la négative, ce serait mettre cette famille en danger. »
Une analyse partagée par l’association aquitaine des Robins des bois et de l’un de ses responsables, Jean-Michel Mespoulède. Celui-ci est venu hier de Gironde pour apposer des autocollants sur le compteur d’Arnaud, « mettre ce compteur sous surveillance et prévenir les agents qui viendraient le couper que si nous ne l’empêchons pas de tourner, nous signalons ainsi un acte de résistance et de justice sociale ».
Une mesure qui se veut dissuasive « et, s’il y a coupure, nous viendrons remettre le courant ! » « Nous voulons permettre la délivrance de l’énergie », explique Jean-Michel Mespoulède, qui tient un fusible entre ses deux doigts : « Cette petite chose de 7 grammes est la dernière marche avant de se voir jeté à la rue… C’est à ça que tient parfois la dignité humaine. »
« Précarité énergétique »
« Nous déplorons qu’il n’existe pas un cadre de loi pour des cas comme celui-là, alors qu’il ne s’agit que de patienter durant trois mois, le temps que durera cette formation diplômante et rémunérée », appuie François Gibert, qui regrette que « la précarité énergétique ne soit pas définie ».
« Si on me coupe le courant, je vais devoir m’endetter pour racheter ce que je vais perdre dans le congélateur », constate Arnaud, qui souhaiterait bien voir s’interrompre cette spirale infernale…
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Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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