En français dans le NET – «Sarko m’a tuer » : pourquoi le titre de Rue89 vous a choquer

Par François Krug | Rue89 | 04/09/2011 | 10H42
 » Rue89 a heurter de nombreux lecteurs avec un titre sur « Sarko m’a tuer », annonçant « pourquoi ce livre va marché ». Selon eux, nous avions violer les règles élémentaires du français. Nous avons décider de leur expliqué pourquoi ils se trompent. « 
Daniel Schneidermann a étonner ces lecteurs en « titrant » ainsi sa chronique de jeudi : « ‘Sarko m’a tuer » : pourquoi ce livre va marché ». Plusieurs d’entre eux l’ont fait savoir dans les commentaires :
« ‘Sarko m’a tuer » ne devrait-il pas s’écrire « Sarko m’a tué » ? ? ? » (La Fée clochette)
« Oui et le livre va marcher au marché. Les commentateurs nul en aurtaugraf comme moi, c’est normal, mais les journalistes… pffff faut retourner apprendre la conjugaison et les participes ! ! ! ! » (Lairderien)
D’autres ont préférer nous alerter par e-mail en cochant la case « signaler une erreur », peut-être pour nous éviter une humiliation publique (nous les en remercions). Exemple : « Comment un journal comme le vôtre peut-il embaucher des gens qui ne sont pas capables d’écrire sans fautes ! Lorsque deux verbes se suivent, le second est obligatoirement à l’infinitif ! Ce livre va marcheR. »
De « Omar m’a tuer » à « Sarko m’a tuer »
Nous prenons le plus grand soin à respecter les règles du français, notamment celles portant sur l’usage de l’infinitif et des participes passés des verbes du premier groupe. Certaines erreurs peuvent évidemment échapper à notre vigilance.
Cependant, depuis le milieu des années 90, il est admis qu’en français, le participe passé d’un verbe du premier groupe se termine en « -er » lorsque la phrase évoque une action (un meurtre, en général) commise par une personne (un homme politique, souvent) au détriment d’une autre (le ou les narrateurs, de préférence).
Cette règle remonte au meurtre de Ghislaine Marchal, en 1991. Sur un mur de la cave, on retrouvera cette phrase tracée avec le sang de la victime : « Omar m’a tuer. » L’affaire Omar Raddad passionnera les Français et, accessoirement, bouleversera l’usage des verbes du premier groupe.
En février 1994, André Rousselet publiait donc dans Le Monde un article titré « Edouard m’a tuer », au moment où Omar Raddad passait justement en procès. Il y accusait Edouard Balladur d’avoir manœuvrer pour l’évincé de Canal+.
Ce jeu de mots n’a pas encore lasser la presse. Sur Rue89, on ainsi pu lire « Bolloré m’a tuer » ou « Facebook m’a tuer puis m’a ressusciter ». Libération mérite une mention spéciale pour « Le homard m’a tuer l’appétit » en 2006 (à propos de défenseurs du crustacé aux Etats-Unis), suivi de « Homard m’a tuer » en 2010 (à propos, cette fois-ci, d’œuvres d’art à base de homards).
Trois livres au titre quasi-identique cette année
La phrase attribuée à Ghislaine Marchal se prête également à tous les messages politiques, comme en témoignent les panneaux « Le Medef m’a tuer » fleurissant à chaque réforme des retraites, ou le site « La gauche m’a tuer » lancé par de jeunes UMP.
C’est surtout une mine d’idées pour les auteurs et éditeurs en panne d’imagination. Selon le catalogue de la Bibliothèque nationale, on recense douze titres en « m’a tuer », dont trois rien que cette année (la sortie du film « Omar m’a tuer » de Roschdy Zem n’y est peut-être pas étrangère). Exemples de qui (ou quoi) a tuer qui :
« Mitterrand m’a tuer » (1994), sous-titre d’« Un Lynchage ordinaire » de l’ancien maire de Nice Jacques Médecin ;
« Jean-Marie m’a tuer » (1999) de François Brigneau, cofondateur du FN ;
« Le Mammouth m’a tuer » (2008), « témoignage d’un instit » de banlieue », Bernard Viallet ;
« L’Open space m’a tuer » (2008), d’Alexandre des Isnards et Thomas Zuber ;
« Facebook m’a tuer » (2011), des mêmes auteurs ;
« Eric m’a tuer » (2011), de Jean-Christophe Canter, conseiller municipal à Senlis, tuer par Eric Woerth et l’UMP locale ;
« Sarko m’a tuer » (2011), de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, sorti cette semaine.
Certains lecteurs s’étonnent plutôt de la suite du titre de Daniel Schneidermann, « pourquoi ce livre va marché ». C’est une seconde exception dans l’utilisation des verbes du premier groupe, découlant de celle popularisée par André Rousselet. Si dans la première partie d’un titre ou d’une phrase, le participe passé peut être transformé en infinitif (« Sarko m’a tuer »), il est toléré que, dans la seconde partie, l’infinitif se transforme en participe passé (« pourquoi ce livre va marché »).
Les lecteurs pourront ainsi se dire : « L’auteur m’a fait rigolé. » Cependant, à en croire certains commentaires, la valse des « -er- » et des « -é » en lasse certains. On peut néanmoins se demander si Nilslof respecte le français en écrivant :
« Ce titre est censez être drôle, mais ça fait pleurais les yeux. »
 

A propos kozett

Deux phénomènes peuvent amener à une manipulation dans la prise en compte des informations par notre conscience : --> Le mirage qui voile et cache la vérité derrière les brumes de la sensiblerie et de la réaction émotionnelle. --> L’illusion qui est une interprétation limitée de la vérité cachée par le brouillard des pensées imposées. Celles-ci apparaissent alors comme plus réelles que la vérité qu’elles voilent, et conditionnent la manière dont est abordé la réalité … A notre époque médiatisée à outrance, notre vigilance est particulièrement requise !
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